Maria Gravari-Barbas : « Le tourisme nécessite une gouvernance drastique et efficace, prenant véritablement en compte les intérêts des uns et des autres »

Alors que le tourisme est pointé du doigt dans de nombreux hauts lieux du tourisme européen, nous avons demandé à la géographe et architecte Maria Gravari-Barbas, Professeur à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, directrice de la Chaire UNESCO « Culture, Tourisme, Développement » et coordinatrice du réseau UNITWIN UNESCO « Culture, Tourisme, développement » de revenir avec nous sur une contestation qui dépasse le secteur du tourisme et questionne le futur des espaces urbains.

 

Depuis plusieurs semaines, plusieurs villes européennes ont vu se multiplier les protestations contre ce qu’elles considèrent comme les conséquences « néfastes » du tourisme de masse (engorgement, incivilités, augmentation du prix de l’immobilier, etc.). Dans certains lieux (Barcelone, pays Basque, Venise), le tourisme de masse aurait-il atteint ses limites ?

 

L’été 2017 a été révélateur de dysfonctionnements profonds dans plusieurs destinations importantes et en particulier Barcelone, les Baléares, le Pays Basque (San Sebastian), plusieurs villes italiennes (Florence, Rome, Milan) ou des villes de la côte adriatique comme Hvar ou Dubrovnik. On n’avait pas vu dans le passé des manifestations aussi violentes, massives et généralisées.

La violence (verbale, symbolique mais aussi physique) a en effet atteint des limites nouvelles ou, plus correctement, différentes. Il ne s’agit à l’évidence pas d’attentats terroristes comme ceux qui ont marqué dans le passé Bali ou la Mer Rouge ou, plus récemment, la plage de Sousse ou le musée du Bardo à Tunis. Ces attentats avaient comme intention claire de toucher des lieux du tourisme international. Dans ces horribles attentats, les victimes sont les touristes et les sociétés locales qui les « servent ». Les auteurs de l’attentat de Barcelone du 17 août 2017, ont également pris comme cible un des lieux les plus internationaux, festifs et touristiques de l’Europe, les Ramblas. Les victimes sont toutes des touristes venus d’au moins 18 pays.

Or, dans les manifestations et violences anti-touristes récents, comme le dit sans détours le slogan « Tourist you are the terrorist », tagué sur les murs de Barcelone et dans d’autres villes espagnoles, ce sont les touristes qui sont censés être les terroristes. Un panneau brandit par les manifestants anti-touristes à Barcelone affichait en anglais : « Why call it tourism season if we can’t kill them?”. Jamais dans le passé la violence verbale n’avait atteint un tel niveau.

Cette violence verbale mais aussi le passage à l’acte (« attaque » contre les bus touristiques, crevaison des pneus de vélos touristiques) démontrent clairement qu’une ligne a été franchie l’été 2017 à Barcelone de la part de certains segments des populations locales. On constate également une sorte de mise en résonnance des lieux touristiques dans lesquels ces phénomènes étaient plus anciens (Barcelone, Berlin) avec des lieux où ces soucis étaient plus latents et qui semblent aujourd’hui éclater à la lumière du jour dans un mouvement synchronisé. Une caractéristique commune peut toutefois être notée dans tous les mouvements « touristophobes » de l’été 2017 : ils voient le jour dans des pays européens et dans le contexte de sociétés locales développées, touristiquement « matures », qui ont la possibilité d’exprimer haut et fort leur point de vue et leur ras-le-bol.

Il est légitime de se demander pourquoi : quels sont les nouveaux facteurs qui modifient la donne entre 2016 et 2017 ? Il y a certes eu une augmentation importante du nombre des visiteurs vers ces destinations due à la fois à la croissance générale des nombres des touristes à l’échelle mondiale, mais aussi à une concentration des flux dans les pays du nord de la Méditerranée [1], dans le contexte géopolitique actuel. Mais il y a également des phénomènes intrinsèques au champ touristique qui ont connu un boom récent. On peut évoquer deuc raisons principales : les locations touristiques de courte durée (et en particulier AirBnB) d’une part, les croisières de l’autre. Il convient de rajouter un troisième facteur, plus ancien, qui est le développement des vols low cost, très favorables aux séjours de courte durée, souvent « festifs ».

L’envoi de ces signaux fortes, signifiant l’atteinte d’une certaine limite en termes de tourisme de masse, sont analysés souvent par la presse comme confrontation directe entre deux camps, d’un côté les « touristes » et de l’autre côté les locaux. On décèle parfois dans les commentaires de la presse le constat d’une révolte « juste » des locaux contre les touristes envahisseurs. Il convient toutefois ici de rappeler trois points :

  • Premièrement, la société locale n’est pas homogène. Les personnes qui manifestent à Barcelone, ne représentent pas la majorité des Barcelonais [2]. Plusieurs lignes de fracture séparent ces manifestants d’autres « résidents locaux » qui vivent différemment leur relation avec le tourisme – soit parce qu’ils ne vivent pas dans les quartiers les plus touchés par les nuisances de la fréquentation excessive, ou bien parce qu’ils gagnent leur vie grâce au tourisme (à Barcelone le tourisme représente en effet 15 % du PIB et plus de 150 000 emplois, pour un impact économique de plus de 10 milliards d’euros par an” [3]) ou encore parce qu’ils profitent, en tant que « locaux » des aménités du tourisme (le tourisme a été un des facteurs qui a accompagné et facilité la montée de la « créativité » barcelonaise que ce soit en termes de gastronomie, de design, d’architecture). L’attaque du bus à Barcelone est due aux membres d’Arran, une aile du parti radical Catalan pro-indépendance Candidatura d’Unitat Popular – Popular Unity Candidacy (CUP) qui s’oppose depuis longtemps à l’augmentation du nombre des visiteurs dans la ville. Selon Laura Flores, la porte-parole d’Arran, le vandalisme anti-touriste est : “a response to the violence we face every day. The street must be allowed to speak; it’s the only place where we can fight.” [4]

  • Ensuite, les touristes ne constituent non plus un groupe homogène. Les attaques anti-touristes s’adressent à la figure « du » touriste qui, par définition, n’existe pas. Rien de nouveau dans tout cela bien entendu. Depuis les débuts de l’industrie touristique au 19e siècle et, a fortiori depuis l’explosion du tourisme qualifié de « masse », le touriste a été une figure honnie. Même les touristes détestent les touristes. Souvent par facilité : il est bien plus facile de s’adresser « au touriste » (personne venant de l’extérieur, représentant une altérité usurpatrice des ressources locales et qui en plus ne vote pas dans la localité dans laquelle il séjourne touristiquement) que de se pencher sur des problèmes parfois graves et chroniques de non-planification touristique. Le slogan « Parisien dégage, t’as Paris Plage », vu cette année à Biarritz, dans la côte basque, opère une catégorisation du « parisien » qui n’est pas seulement insultante mais également aberrante. Dans le même ordre d’idées, arroser de confettis des groupes de touristes attablés aux restaurants de Barcelone est un acte qui se dirige vers la mauvaise cible. Car, si un autre slogan anti-touristes scande que « Gaudi hates you », dans la plupart des cas, les touristes qui visitent Barcelone le font par amour pour la ville et pour Gaudi. C’est pour cela qu’ils acceptent de faire la queue pendant de longs moments pour accéder à la Sagrada Familia, la première basilique à être construite par les contributions des touristes. Il y a certes sur Internet et les réseaux sociaux des dizaines de pages sur des touristes qui se comportent mal. Mais ils sont loin de représenter la majorité silencieuse qui a beau être de « masse », n’aspire dans la plupart de cas qu’à visiter et connaître les lieux qui l’ont fait rêver depuis des années. Tous les touristes ne vont pas à Barcelone pour faire la fête, comme peut le démontrer, si besoin est, la prospérité des lieux culturels de la ville dont la majorité a ouvert suite au boom touristique de l’après Jeux Olympiques et est en grande partie financée par les entrées des touristes. Plusieurs parmi les touristes de Barcelone, parce qu’ils font précisément partie de ce « tourisme de masse » ne représentent pas des élites ou le grand capital : ils sont souvent des prolétaires qui économisent toute l’année pour pouvoir s’offrir une semaine de vacances. Les groupes anti-touristes qui « prennent la situation » en main, en appliquant une « justice » sommaire – certes très symbolique, visible et percutante – prennent ainsi le risque de se tromper de cible.

  • Enfin, les responsabilités sont (aussi) locales. Car, si les phénomènes touristiques dépassent les bornes c’est parce que des acteurs locaux ou nationaux, mais aussi la société locale qui profite de tourisme, a échoué à gérer un phénomène économique (le tourisme) comme une véritable activité qui se planifie et se gère. Le tourisme a pendant longtemps été considéré comme une activité autorégulée. Or, de la même façon que n’importe quelle autre activité tertiaire ou secondaire se planifie dans le temps et dans l’espace, le tourisme nécessite une gouvernance drastique et efficace, prenant véritablement en compte les intérêts des uns et des autres. Or, on constate que dans la plupart des cas, ce sont les membres des sociétés locales qui profitent du tourisme qui bloquent ou boycottent des initiatives visant à réguler l’activité touristique. Ainsi, si Venise souffre encore du passage des bateaux de croisière dans le Grand Canal, c’est parce que l’autorité portuaire de Venise a refusé pendant longtemps de prendre les nécessaires décisions, pourtant demandées par la municipalité.

Dans la plupart des cas, les oppositions sont donc entre locaux : ceux qui vivent de l’activité touristique et ceux qui en pâtissent. Il est certain que seuls les gouvernements peuvent aujourd’hui apporter une réponse à la question du tourisme dans les destinations très fréquentées. Car seuls les gouvernements peuvent se prononcer sur la question des visas, sur le nombre de bateaux de croisière qui peuvent être accueillis dans chaque port, sur la capacité des marinas, sur le nombre d’autorisation d’hôtels qui peuvent être construits dans les différents quartiers, sur la réglementation des résidences touristiques, sur les transports et leur fonctionnement, et même sur les musées et autres infrastructures culturelles.

Ces décisions sont politiques. On peut citer ici des pays comme le Costa-Rica ou le Bhutan qui ont mis en place une politique de contrôle rigoureux du nombre d’entrées et des pratiques touristiques autorisées. Ce contrôle implique bien entendu de se doter d’autres indicateurs de mesure d’une mise en tourisme « réussie » et de ne pas se limiter à mesurer le succès touristique d’une destination uniquement sur la base des chiffres de fréquentation.

 

La compétition que se livrent les grandes métropoles mondiales pour capter les flux touristiques semble de plus en plus s’opposer aux attentes quotidiennes des populations locales. Une gouvernance urbaine combinant ces deux éléments est-elle possible ?

 

Les mesures qui doivent être prises par les gouvernements dans le but de réguler les flux touristiques, ne sont pas bien entendu sans coût politique, puisqu’elles impliquent de mettre en balance la qualité de vie des uns et les emplois des autres – la possibilité d’assurer les deux pouvant exister mais pas sans compromis. Il faut également prendre en compte les lobbyings du tourisme et dans certains cas les mafias locales qui parfois contrôlent certains « marchés » locaux.

En fait, le mouvement anti-tourisme d’Arran en Catalogne n’exprime pas uniquement une demande de changement du modèle touristique, mais une demande plus générale de changement de modèle urbain, sociétal et économique. Bannir les marinas et les hôtels, exproprier le parc à thème de Port Aventura pour distribuer le profit aux habitants locaux comme cela est demandé par Arran, va bien au-delà du ras-le-bol pour le tourisme de masse [5].

Les mesures à prendre dans le cadre d’une gestion efficace du tourisme ne peuvent pas se limiter aux mesures « punitives » habituelles. A Milan, une loi promulguée au mois de Juillet pour l’été 2017 a ainsi interdit les bouteilles, cannettes, feu d’artifice, food trucks, et selfie sticks dans le quartier de Darsena. Ceci fait suite à l’interdiction de Florence de pique-niquer dans la rue, en particulier devant la place de la Cathédrale, accompagnée par des mesures plus radicales (arroser les marches sur lesquelles sont assis les touristes). A Rome, la loi interdit de déjeuner près des fontaines ou de boire dans la rue.

Il est certes plus facile de poursuivre les touristes qui urinent dans la rue plutôt que d’équiper les villes de sanitaires publics or, force est de constater que la plupart des villes touchées par le tourisme de masse se limitent à « punir » (ou au mieux « à éduquer ») les touristes plutôt que de se doter des infrastructures publiques nécessaires. Il faut peut-être ici associer ces interdictions destinées aux touristes à des considérations plus larges, sur le contrôle, l’accès et l’appropriation de lieux-clé des centres urbains des villes italiennes. L’ancienne loi DASPO URBANO [6], est mise en application depuis avril 2017 : elle permet à la police de réduire et de limiter l’accès des personnes qui sont censés représenter un danger public. Telle qu’elle est pratiquée actuellement, elle permet de pénaliser des personnes qui ont un comportement « inconvenant » (avec toutes les difficultés de définition d’une telle attitude). La réactivation de cette loi en ce moment est à mettre en relation avec la pauvreté de la situation de la plupart des centres urbains en Italie : problèmes de collecte d’ordures, corruption, vacance de plusieurs immeubles en centre-ville, pauvreté des transports publics ou présence dans la ville de vendeurs illégaux ou de personnes jouant des jeux de rôle – des anciens Romains à Rome par exemple – sans aucun statut et régulation. Le tourisme se rajoute dans ces problématiques urbaines plus générales et les exacerbe.

In fine, très peu de gouvernements locaux ont la capacité de réfléchir sur le tourisme de façon plus holistique. Nous pouvons ici citer l’expérience faite par l’ancienne Maire du 4e arrondissement de Paris, Dominique Bertinotti, qui, dans un des arrondissements le plus touristiques de Paris, a cherché à inverser le paradigme touristique : considérer que les touristes font partie de la vie urbaine et chercher des moyens pour mieux les y intégrer, voire les considérer comme une possible ressource.

 

Ces dernières années ont vu l’émergence de flux touristiques en provenance de pays jusqu’alors peu émetteurs (Brésil, Chine, Inde, etc.). Ces nouveaux touristes amènent-ils les villes et les acteurs du tourisme à repenser leurs politiques touristiques ?

 

L’arrivée plus massive de clientèles internationales change la donne. Le changement n’est pas uniquement quantitatif mais aussi qualitatif (en termes de pratiques et attentes des touristes notamment). Plusieurs destinations européennes ont été prises de court. La pratique de la simple « cueillette » des touristes qui « passaient » par la destination a prévalu pendant longtemps.

Les destinations européennes sont toutefois actuellement confrontées à un double problème : la fréquentation jugée excessive de certains territoires et la relativisation du poids de l’Europe dans les équilibres touristiques internationaux. L’Union Européenne s’est récemment penchée sur cette question via un ensemble d’initiatives (telles que, par exemple, la promulgation de l’année 2018 comme année du tourisme UE-Chine) dont le but est d’encourager et de développer le tourisme dans les pays de l’UE.

A un niveau local toutefois nous observons peu de mesures concrètes répondant clairement aux besoins de ces nouvelles clientèles qui demeurent parfois difficiles à cerner. Il convient de saluer ici le travail fait par certains grands établissements culturels et muséaux (tels que Versailles), confrontés à la fréquentation de milliers de visiteurs internationaux issus de ces nouveaux marchés émetteurs. C’est sans doute dans ces établissements que nous pouvons observer une véritable gestion des flux et des attentes de ces nouvelles clientèles touristiques. Mais tout, ou presque, reste à faire dans les grandes destinations urbaines. L’émiettement des décideurs et la complexité du système d’acteurs peuvent en partie expliquer ces difficultés de prise de décisions de mesures efficaces.

 

Votre ouvrage Aménager la ville par la culture et le tourisme montre comment le tourisme amène à reconfigurer les urbanités historiques de certains quartiers et de certaines villes. Si ces transformations visent à séduire les visiteurs, ne risquent-elles pas, à terme, de donner naissance à des villes-musées aux profils finalement assez similaires ?

 

La question de la muséification des centres anciens n’est pas nouvelle. La muséification peut être définie comme l’extraction d’une chose de son milieu d’origine afin de lui donner un statut muséal. Les composantes urbaines (monuments, bâtiments, quartiers, sites) muséifiés, « mis en vitrine » ne serviraient désormais qu’à illustrer ce qu’ils furent dans le temps (Kristof POMIAN prend l’exemple de l’outil agricole posé dans une vitrine de musée : du moment où l’objet y est posé, il ne sert plus qu’à illustrer l’outil agricole – mais ne sert plus à faire le travail qu’il faisait auparavant).  Comme l’outil agricole, les composantes urbaines changent de statut et deviennent le témoin matériel de l’homme et de son environnement, substitut de ce contexte. Cette « mise en vitrine de la ville », présentant un état urbain parfois révolu, s’adresse souvent à des publics venant de l’extérieur. C’est en ce sens qu’en général on associe la muséification aux effets néfastes du tourisme urbain, présenté souvent comme la plus grande menace qui pèse sur les villes touristiques aujourd’hui.

Mais ici aussi, le tourisme n’est que la place visible de l’iceberg ; il convient de prendre en compte un ensemble d’autres facteurs. La muséification est à la fois le symptôme et un prélude à la (dé) et à la (ré)appropriation des contextes urbains par de nouveaux groupes sociaux parmi lesquels les touristes ne représentent qu’une partie. Le patrimoine urbain muséalisé est le fruit d’une construction, à travers des projets, des politiques et des investissements, visant à le mettre en valeur et en scène en vue de sa consommation par de nouveaux publics. La reconfiguration des urbanités historiques et plus généralement la patrimonialisation, correspondent à des processus de réinvestissement et de revalorisation d’espaces désaffectés. Elles revisitent les espaces urbains en fin de cycle de vie. La patrimonialisation permet ainsi la construction d’une nouvelle ressource. La patrimonialisation (et la muséification) des espaces urbains, et plus particulièrement les centres anciens, a permis la revalorisation économique d’espaces en cours de désaffectation fonctionnelle.

Dans la plupart des cas, le tourisme arrive à la fin d’un cycle économique : lorsque Venise n’assurait plus les fonctions de centre décisionnel ou lorsque le Marais n’était plus un centre artisanal actif. Le départ de ces activités crée une vacance qui menace la survie des lieux dans lesquelles elles étaient accueillis. Ces menaces déclenchent des mouvements de patrimonialisation, parfois « romantiques » et désintéressés, parfois dictés par de nouvelles opportunités foncières – souvent les deux à la fois. La restauration du patrimoine produit un nouveau contexte urbain désirable par de nouveaux venus : nouveaux résidents ou nouvelles marques et enseignes dans un premier temps. Ce sont ces nouveaux lieux valorisés que le tourisme découvre et occupe à son tour.

En général, cela arrive dans un deuxième temps – c’est ce qu’il s’est produit dans le cas du Marais où le tourisme n’est arrivé qu’une fois que le processus du Plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSVM) avait déjà scellé l’avenir de ce quartier [7]. Actuellement toutefois, la problématique des locations touristiques temporaires (AirBnB, etc).) modifie considérablement la donne et anticipe la patrimonialisation par et pour le tourisme. On assiste ainsi à des phénomènes de gentrification touristique sans précédent [8].

Il est certain que la régulation des ces locations, mais aussi d’autres activités (hôtellerie, restaurants, etc.) est indispensable car la demande du tourisme international pour les centres urbains historiques est insatiable. L’arrondissement historique du Vieux Québec est un exemple intéressant en termes de mesures prises pour réguler le tourisme. Ces mesures ne sont pas faciles à appliquer et leur portée est parfois mitigée. Mais il est certain que les gouvernements nationaux et locaux doivent inventer aujourd’hui une nouvelle gouvernance touristique et patrimoniale, permettant de sauvegarder non seulement le patrimoine matériel mais aussi le patrimoine immatériel des centres urbains et tout particulièrement les fonctions urbaines.

 


[1] L’Espagne a battu en 2016 son record de fréquentation pour la quatrième année consécutive. Elle a accueilli plus de 75,6 millions de touristes. Barcelone seule a accueilli 9 millions, dans lesquels ne sont pas inclus les croisiéristes et les excursionnistes.

[2] Les “tourismophobes” qui évaluent “négativement ou très négativement que leur ville soit une destination touristique de référence sont évalués par les statistiques municipales à 13 %. http://www.courrierinternational.com/article/espagne-tourismophobie-quand-les-vacanciers-derangent

[3] Pourtant les retombées économiques du tourisme profitent surtout à une petite “bulle touristique”. Le chercheur Ivan Murray s’interroge ainsi : “Comment est-il possible que le tourisme ne cesse d’augmenter dans les îles Baléares, où 15 millions de visiteurs sont venus l’an dernier, et que le taux de chômage y soit encore de plus de 15 % à l’année ?”  (cité in : http://www.courrierinternational.com/article/espagne-tourismophobie-quand-les-vacanciers-derangent

[4] http://www.telegraph.co.uk/travel/news/bus-attack-in-barcelona-adds-to-fears-as-tourism-protests-grow/

[5] http://www.express.co.uk/news/world/838063/Barcelona-Spain-anti-tourist-Arran-protests-Catalonia

[6] DASPO : Divieto di Accedere alle manifestazioni Sportive. Il s’agit d’une loi anti-houligans de la fin des années 1980.

[7] Maria Gravari-Barbas, 2017, “Super-gentrification and hyper-tourismification in Le Marais, Paris”, in Maria Gravari-Barbas et Sandra Guinand (dir) Tourism and Gentrification in Contemporary Metropolises.  International Perspectives. Londres: Routledge. pp 1-21 ;

Chapuis Amandine, Maria Gravari-Barbas, Sébastien Jacquot, Anne-Cécile Mermet, 2012, « Dynamiques urbaines et mobilités de loisirs à Paris : pratiques, cohabitations et stratégies de production de l’espace urbain dans le quartier du Marais », in Les Quartiers Historiques. Pressions, enjeux, actions, sous la direction d’Etienne Berthold, Presses Universitaires de Laval, pp. 27-49.

[8] Maria Gravari-Barbas et Sandra Guinand (dir) Tourism and Gentrification in Contemporary Metropolises.  International Perspectives. Londres: Routledge

 

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