Fonds photographique

 

Bibliothèque de la Société de géographie [en 1921, intérieur du 184 boulevard St Germain, Paris] : [photographie de presse] / [Agence Rol]

Bibliothèque de la Société de géographie [en 1921, intérieur du 184 boulevard St Germain, Paris] : [photographie de presse] / [Agence Rol]

Arrivées spontanément puis collectées et réunies en un fonds sous l’impulsion du bibliothécaire James Jackson à partir de 1881, ces photographies proviennent des dons des membres et correspondants français ou étrangers de la Société : militaires, diplomates, ingénieurs, voyageurs ou explorateurs qu’elle a encouragés.

L’intérêt de la Société de géographie pour la photographie se manifeste dans le dernier quart du XIXe siècle. En 1875 est organisée la première conférence illustrée par des projections photographiques. Un appel à dons pour l’accroissement des collections, lancé en 1885 par la Société auprès de ses membres, connaît un immense succès et, en 1925, le fonds s’enrichit de la bibliothèque du prince Roland Bonaparte, qui lègue à la Société la partie géographique de ses collections.
Ces collections constituent un ensemble prestigieux couvrant, sur plus d’un siècle, tous les continents. Plus de 100 000 documents, épreuves papier, clichés sur verre, cartes postales, sont désormais conservés au Département des Cartes et Plans de la Bibliothèque Nationale de France.

En 2007 a eu lieu dans la Galerie de photographie du site Richelieu de la BnF, l’exposition « Trésors photographiques de la Société de Géographie »  Une exposition virtuelle accompagnait cette manifestation, site toujours visible.

La pièce la plus prestigieuse des collections photographiques de la Société est l’album du voyage en Egypte de Maxime du Camp, voyage réalisé en 1849-1850 en compagnie de Gustave Flaubert. Cet album de 168 photographies a été légué à la Société par Charles Maunoir, exécuteur testamentaire d’Henri Duveyrier, alors propriétaire de l’album.

Parmi les grandes collections que possède la Société figurent aussi l’album de photographies de James Robertson après la prise de Sébastopol (guerre de Crimée) (photographies de Robertson), les photographies du Japon prises par Felice Beato et Raimund von Stillfried dans les années 1880 (voir Mukashi Mukashi, livre présenté dans la section « Livres » de ce chapitre) – ainsi que les collections anthropologiques du Prince Bonaparte sur les Lapons, les Arabes, les Peaux-Rouges … Il faudrait y ajouter les clichés de Timothy O’Sullivan, William Henry Jackson, John Hillers dans l’Ouest américain  dans les années 1870 qui sont parmi les premières grandes collections photographiques.

Bien des grands noms du début de la photographie sont présents dans les collections de la Société : c’est William Notman qui nous laisse ses photos du Canada, Aimé Civiale des albums témoins de ses voyages photographiques dans les Alpes, Adolphe Braun des clichés d’Allemagne ou de Suisse, Marc Ferrez qui documente la ligne de chemin de fer Paranagua-Curitiba dans le sud du Brésil, Linneaus Tripe les monuments du sud de l’Inde.

Ces collections ont diverses origines. Certaines photographies ont été données par des tiers. Tel est le cas de celles prises par Miguel Aleo en Corse lors de l’inauguration de la statue des frères Bonaparte à Ajaccio en 1865 et données par Alphonse Davanne, vice-président de la Société Française de photographie. D’autres furent collectées au hasard des boutiques de photographes. Le plus grand nombre a été offert par les auteurs eux-mêmes : Charnay pour ses clichés de monuments mexicains, Pinart pour ceux de l’Alaska, Foureau pour ses voyages dans le Sahara. Les correspondants étrangers envoient leurs témoignages, ainsi la Société dispose d’un jeu de photographies prises lors de l’expédition Rohlfs en Libye en 1873-74. Chaque continent a ses « découvreurs » ; la Société garde leurs images : celles de Chaffanjon  qui a inspiré Superbe Orénoque à Jules Verne comme celles de Soleillet qui font revivre l’Afrique.

Les dons sont généralement indiqués dans les comptes rendus après les livres et les cartes, le Secrétaire Général de la Société précisant le nombre de planches données et le nom du donateur, parfois l’auteur. Le nom du photographe n’apparaît pas toujours en clair et il reste encore beaucoup à faire pour attribuer toutes les photographies du fonds à leurs auteurs véritables.

Les PLAQUES DE VERRE se répartissent en trois catégories : les positifs sur verre, les négatifs et les plaques stéréoscopiques.

Les positifs de projection sur verre sont les témoins des conférences de la Société de Géographie dont l’apogée se situe à la fin du XIXe siècle. Ils étaient utilisés grâce à des appareils de projections lumineuses pour illustrer les récits des voyageurs ou les comptes rendus que les explorateurs venaient présenter à la Société : Désiré Charnay à Java, Marcel Monnier en Côte d’Ivoire… Les plus anciennes datent des années 1880, les plus récentes des années 1930.

Outre ce fonds légendé, d’autres ensembles de positifs de projection, plaques négatives ou stéréoscopiques légués plus tardivement complètent cette collection. Le fonds Firmin-André Salles sur l’Indochine a été numérisé. Salles vient en Indochine à quatre reprises : en 1882 et 1884, comme commissaire de marine ; en 1896 et 1898, comme inspecteur des colonies. Il pratique la photographie et rapporte plusieurs centaines de clichés conservés à la Société de Géographie.

Certains ensembles sont en cours de traitement : Le fonds Henri Duval (voyageur et photographe début XXe siècle, prix Molténi en 1926) a été entièrement inventorié : 959 plaques de verre essentiellement sur l’Inde, l’Egypte, l’Espagne et le Portugal. Le fonds Robert Perret (géographe et photographe, président de la Société de géographie de 1953 à 1959) est en cours. Un premier ensemble concerne ses voyages en Afrique du Nord,  un second, ses voyages photographiques dans les Alpes. La numérisation de ces fonds n’est consultable pour des raisons de droits d’auteurs que dans les salles de lecture de la BnF.

Ce fonds de près de 45.000 photographies sur verre a été transféré du siège de la Société au Département des Cartes et Plans de la BnF en 1995-1996.

 

Les PORTRAITS

 

En 1875, la Société de géographie est sollicitée pour organiser au Palais des Tuileries le second Congrès international des sciences géographiques. Quinze nations représentées à l’exposition qui est organisée à cette occasion offrent aux visiteurs leurs principales réalisations et innovations dans le domaine des sciences géographiques : instruments de mesure et de relevés, travaux cartographiques, atlas et dictionnaires géographiques.

Pour la couverture de l’événement, la Société de géographie s’assure les services d’un photographe, Alexandre Quinet qui doit constituer un album du congrès où figureront les principaux événements et les salles d’exposition. Il est également demandé au photographe de réaliser un album de portraits des membres étrangers du congrès.

Cette dernière idée est reprise quelques semaines plus tard par le secrétaire général Charles Maunoir qui invite les membres de la Société de géographie à envoyer leur portrait pour « l’album des géographes et voyageurs ». Alexandre Quinet nommé photographe officiel de la Société de géographie réalise les premiers portraits de ses membres mais d’autres photographes participent désormais à l’entreprise : Eugène Pirou, Alphonse Liébert, Charles Reutlinger ou Théodore Truchelut.

La Société compte alors plus de 2000 membres : des géographes comme Élisée Reclus, Louis Vivien de Saint-Martin, Franz Schrader ou Paul Vidal de Lablache, des voyageurs et explorateurs français tels Savorgnan de Brazza, Fernand Foureau ou Jules Crevaux, étrangers tels John Hanning Speke, Gerhard Rohlfs, John Wesley Powell ou Adolf Erik Nordenskiöld, des représentants de diverses disciplines, l’égyptologue Auguste Mariette, l’explorateur-photographe Désiré Charnay, l’astronome Jules Janssen, le naturaliste Armand de Quatrefages, des personnalités en lien avec le monde de l’éducation parmi lesquelles Victor Duruy, Emile Levasseur ou bien encore les hommes de lettres Ernest Renan et Jules Verne.

Ce projet est dans les dernières années du XIXe siècle élargi à tout document – photographie, dessin, gravure – d’une personne ayant un nom dans le domaine de la géographie et des voyages. Cette collection comprend près de trois mille portraits, la plupart accessibles désormais dans Gallica.

  • Les photographies se répartissent en plusieurs catégories :
    • Les voyages européens. Ils reflètent l’attrait pour les montagnes, les glaciers (l’évolution des glaciers alpins passionnait Roland Bonaparte) ; fascination aussi pour l’Italie, l’Orient, intérêt présenté aussi par certains très beaux clichés du début du siècle sur les villes, à présent détruites, de l’Europe centrale.
    • Les grandes réalisations requièrent également l’attention : creusement du canal de Suez, ou de Panama, construction du chemin de fer transsibérien.
    • Les photographies d’exploration donnent à la collection tout son éclat. Les terres glacées, bien sûr, ou l’Océanie, mais avant tout les grandes missions, apogée des conquêtes coloniales françaises en Afrique ou en Asie : Doudart de Lagrée au Cambodge qui envoie à la Société les premières photos d’Angkor, mais aussi Brazza    au Congo, Galliéni, Foureau, Lamy, Lenfant, Moll et tant d’autres au Soudan ou au Sénégal, au Gabon ou encore au Tchad.

Là, plus que nulle part ailleurs dans les collections de la bibliothèque, se situent les points d’interférences entre les divers éléments qui la composent : manuscrits, cartes souvent manuscrites aussi, croquis d’itinéraires, correspondances échangées entre les explorateurs et la Société, comptes rendus de missions envoyés à la Société qui bien souvent les patronne, encourage en attribuant crédits, prix ou médailles, tout cela authentifie de manière absolue les clichés. Peu de collections photographiques disposent d’un tel « matériel d’accompagnement ».

    • Les photographies anthropologiques constituent à elles seules une catégorie spécifique. Le plus souvent, elles proviennent de la bibliothèque du prince Roland Bonaparte. On connaît l’intérêt du prince pour l’anthropologie à travers et son entreprise de réalisation d’une collection d’albums de photographies anthropologiques. Dans d’autres ensembles défilent sous nos yeux moeurs, coutumes, paysages, types d’habitat, modes de vie différents, témoins de civilisations étrangères brutalement confrontées à la présence occidentale.

En conclusion, si 80 % de la collection photographique se composent de clichés antérieurs à 1914, des dons, quelques legs l’augmentent encore entre les deux guerres, mais moins de 3 % des documents sont postérieurs à 1945. L’ensemble représente près de 90 000 clichés sur papier, assortis de plusieurs centaines de cartes postales, aquarelles, dessins, gravures même où l’Europe prédomine (plus de 35 000 photos), suivie de l’Afrique (près de 18 000) puis de l’Asie (plus de 12 000) et de l’Amérique (environ 10 000). L’Océanie avec près de 7 000 clichés tient également sa place. On peut noter aussi une série importante, plus de 3 000 photos, classées en « Généralités ».

%d blogueurs aiment cette page :