[Les géographes face au covid] Olivier Lazzarotti : « L’expérience du confinement a donné lieu à des habiters qui n’ont jamais été aussi locaux… et jamais aussi mondiaux »

La pandémie et les mesures prises pour l’endiguer ont profondément transformé nos géographies individuelles et collectives. Repliés sur notre espace de vie immédiat mais en permanence connectés au monde, nous avons tous vécu une expérience géographique totale. La manière dont cette relation entre local et global construit nos êtres au monde, Olivier Lazzarotti y travaille depuis de nombreuses années. Pour ce troisième entretien de nos série « Les géographes face au covid », c’est ainsi une analyse en cours de construction que nous offre un géographe attaché à « produire les outils aidant chacun et chacune à mieux habiter le Monde »

 

En tant que géographe, quelles leçons tirez-vous de ces dernières semaines marquées par la crise sanitaire et par les mesures prises pour l’endiguer ?

 

Pour répondre à cette question, il me semble important de réfléchir à partir de l’horizon plus large des sciences sociales, qui englobe bien entendu celui du géographe que je suis. Je vois poindre deux grandes leçons. La première est celle des liens définitifs entre ce qui relève de la stricte physiologie, humaine et animale, et les processus et enjeux sociaux. Ainsi, il me semble difficile de comprendre les débuts de la pandémie sans intégrer l’organisation générale de la société chinoise, les modalités de sa « gouvernance », par exemple les relations entre pouvoirs locaux et central. De même, même s’ils sont, de fait, beaucoup plus élaborés que leur compte rendu médiatique le laisse penser, les travaux des épidémiologistes mobilisent largement des données qui relèvent du social. De ce point de vue, la géographie a beaucoup à dire, non seulement dans le champ quantitatif (la diffusion du SARS-CoV-2 dépend de la densité de population, de ses mobilités, entre autres), mais aussi qualitatif (elle dépend des modalités de la cohabitation, celles qui mettent en jeu les « techniques du corps » – se toucher ou non par exemple). Dès lors, il me semble d’utilité publique, dans notre pays, d’accélérer les rapprochements et collaborations entre sciences médicales, sciences sociales et, cela devient une évidence, sciences vétérinaires.

En second point, selon l’idée que je m’en fais, la pandémie a permis la confrontation de nombreux discours (journalistes, hommes politiques, citoyens, etc.). Si l’on devait situer la singularité des discours scientifiques, non pas parce qu’ils sont ceux des « scientifiques », mais scientifiques par leur teneur même, je leur attribuerai une double qualité :

  1. La première est d’aborder les processus sociaux comme des processus à multi-causalités. Une affaire comme celle-ci, a fortiori parce qu’elle est diversifiée dans toutes ses modalités (le cas de Bergame n’est pas celui de New-York), ne s’analyse pas au prisme d’une cause unique, mais d’une chaîne de causalités et, qui mieux est, d’une chaîne dont les maillons et leurs relations me semblent devoir varier en fonction des situations. Réduire la compréhension de la pandémie aux changements climatiques ou la mondialisation contemporaine me semble séduisant, efficace dans le propos, facile à mémoriser et à reproduire, mais rapide. Au passage, je dirai que les réponses simples apportées à des problèmes qui, toujours, sont hautement compliqués et imbriqués, me semble définir au mieux ce que l’on peut définir comme le « populisme ». En l’occurrence, la simplicité est un refuge dangereux, celui de l’apparence de la compréhension qui repousse d’autant l’analyse et le règlement des problèmes. Cela nous rappelle la Ligne Maginot, à l’abri de laquelle les cervelles endormies omettent de considérer les événements qui arrivent ! Revenons maintenant aux faits. Que cela plaise ou non, cette pandémie sera très probablement, et pour autant qu’on puisse le dire à ce jour, la moins tueuse de toutes les grandes pandémies de l’histoire du monde, alors même que l’intégration de la mondialisation n’a jamais été aussi poussée. Faut-il conclure que la mondialisation contemporaine est le meilleur rempart contre les pandémies virales ? Peut-être pas, mais on gagne toujours à d’abord poser des faits, par exemple en les mettant en perspective avec un temps relativement long. Comment traiter un problème si celui-ci est mal posé ?
  1. Les débats médiatico–scientifiques ont été, et le sont encore, passionnants. D’une part, ils marquent une percée d’un corps médical qui avait peut-être l’impression d’être une parole de second rang après les climatologues, en particulier dans la hiérarchie du catastrophisme qui assure la visibilité sociale. Mais, en outre, et cela a été largement commenté, parfois pour être critiqué, tous ces « experts » n’étaient pas d’accord entre eux. Or, il me semble que ce qui a été présenté comme du désordre, avec toutes ces contradictions, parfois même comme un défaut des régimes démocratiques, n’est autre que la vie scientifique normale. La manière d’établir les faits, de les interpréter et les conclusions, thérapeutiques en l’occurrence, à tirer et mettre en œuvre varient. N’est-ce pas cela la recherche ?

Du coup, revenons à Maginot. Les certitudes rassurent, peut-être, mais c’est là que l’humanité court les plus grands risques. Les incertitudes font partie des vies, personnelles, sociales et politiques. Plutôt que de chercher à les réduire, mieux vaut apprendre à y faire face. Cela intègre l’erreur qui n’est problématique que si, une fois décelée, elle n’est pas corrigée. Quant à ce « faire face », il n’implique pas que des moyens ou des savoirs. Il implique un dispositif psychologique dont il me semble que, peut-être plus particulièrement, notre pays manque : la confiance en lui.

 

De la fermeture des frontières aux mesures de confinement, en passant par les appels à la « distanciation sociale », le contrôle de l’espace a été (et est encore) un des principaux enjeux de la lutte contre la pandémie. Outre sa dimension sanitaire, la crise que nous avons vécue n’est-elle pas aussi géographique ?

 

La réponse est contenue dans la question. La pandémie a une dimension géographique, mais en cela elle ne révèle rien de bien nouveau. En effet, nombreux sont les phénomènes sociaux déployés dans cette dimension géographique, même si tous ne l’ont pas ou pas de la même manière. Cela dit, la question n’est peut-être pas tant d’étudier la manière dont, au sens strict, ils se localisent, mais de se demander en quoi leur approche par la dimension géographique permet d’y porter un regard singulier.

Pour répondre au premier terme de votre question, l’un de ces regards serait de souligner combien l’espace n’est pas le décor inerte et anodin de ce phénomène, mais l’un de ses enjeux. Au cœur des mesures de confinement, en effet, se joue les relations sociales à travers leur dimension géographique. Limiter les contacts, c’est agir sur ces rapports, et ce, dans ce qu’ils ont de plus premiers peut-être, leur mesure corporelle. Cela dit, les faits sont sans doute plus subtils. Car la distance physique et corporelle est seulement un des termes d’une distance sociale qui se joue aussi autrement, par les réseaux d’informations par exemple. Le dispositif de « crise » n’a donc pas tant rebattu les cartes géographiques que les modalités de leur expérience. Le proche et le lointain, mais aussi le seul et l’ensemble ont été renégociés selon des modalités tout à fait inédites. De toutes les liaisons et autres agencements qui ont été bricolés à cette occasion, il est permis de penser qu’il en restera des choses.

Pour ce qui est du second corps de votre question, je répondrai par un exemple. Les cartes publiées autour de Milan posent une intéressante question. On y constate en effet que si Milan est relativement épargnée, Bergame, en revanche, à quelques kilomètres à l’Est, fut l’un des foyers les plus mortels d’Italie : pourquoi ? Qu’est-ce qui différencie à ce point les deux villes, et ce dans une problématique un peu paradoxale puisque, intuitivement, on pourrait s’attendre à ce que les plus fortes concentrations humaines soient les plus touchées ? Bien que je ne me sois pas personnellement penché en détail sur cette question, il apparaît donc que l’entrée géographique dans la pandémie est non seulement un outil de description, mais aussi un outil de recherche. De mon point de vue, c’est même cette démarche qui fait la force et l’intérêt de la géographie aujourd’hui : une entrée spécifique, capable d’apporter son propre regard à des problématiques générales de sciences sociales.

 

La notion d’habiter que vous travaillez depuis désormais plusieurs années peut-elle nous permettre de mieux comprendre les implications géographiques de cette crise ? Si oui, comment ?

 

Dans un premier temps, je serai tenté d’aborder le problème de manière inverse. L’expérience du confinement alimente la réflexion sur l’habiter et, en particulier, sur ses différentes dimensions. J’ai bien conscience des approximations un peu grossières qui sont associées à ce qui suit, – il faudrait d’assez longues pages pour y remédier – mais je poserai qu’elles ne nuisent pas tant que cela à l’idée que je voudrais développer.

Le confinement, c’est d’abord le local, du reste administrativement défini par le cercle du logement (pour ceux qui en ont un), du 1 puis du 100 km. De fait, les habiters des confinés se sont, physiquement, réduit à cela. Pour autant, la dimension nationale n’a pas été absente, loin s’en faut si l’on peut dire, puisque l’organisation géographique de nos vies vient de là. Il serait sans doute exagéré de dire que la dimension européenne s’est totalement effacée. Au contraire, peut-être, car si elle a surtout existé par ses différences au début de la pandémie, les pays membres de l’UE ont produit un retour en force spectaculairement salutaire en fin de parcours. Quant au Monde, le paradoxe de sa privation physique est que, malgré elle, il n’a peut-être jamais été aussi présent. C’est même vertigineux, car jamais un événement n’aura été aussi mondial. Aucune guerre ne l’a été, stricto sensu et, sauf à puiser dans le réservoir éphémère des grands événements sportifs, il n’y a rien de comparable, quantitativement, à ce que nous vivons. Et même si chaque pays l’aura vécu différemment.

Mais, pour un observateur comme moi, il y a mieux encore. C’est l’enchaînement – si l’on peut dire – de toutes ses dimensions ; du microscopique, mais pléthorique, coronavirus aux corps (avec des réactions très différentes selon les uns et les autres à sa présence) des pangolins et autres probables chauve-souris pour atteindre, d’un lieu à tous les autres, celui des homo sapiens pour se diffuser au vaste Monde. Résolument, nous vivons dans la liaison de toutes ses dimensions qui, du reste, ne se réduisent pas aux quatre ou cinq que j’ai mentionnées.

Dès lors, ce qui singularise cet habiter pandémique, ce n’est pas sa multidimensionalité, – qu’il partage avec les autres phénomènes sociaux – mais le poids relatif et les liaisons entre ces dimensions. Concluons ici que l’expérience du confinement a instruit des habiters qui n’ont jamais été aussi locaux et jamais aussi mondiaux, jouant ainsi sur leurs plus grandes amplitudes, les amplifiant à l’occasion. Mais aussi des habiters jamais autant locaux et mondiaux, à la fois. Il me semble que ce point peut prêter à évaluation, mais guère à discussion. N’importe qui, qui prend son smartphone, achète un jean ou un vélo, voire une automobile, etc. mobilise de fait la dimension mondiale.

 

Selon vous, la crise récente doit-elle amener les géographes à réinterroger les notions de mondialisation et d’hypermobilité ?

 

Dans un premier terme, je voudrai préciser la manière dont je comprends ces termes. Dans le cas de « mondialisation », les choses sont finalement assez simples, définissant les lieux liés entre eux. Pour ce qui est de « l’hypermobilité », je suis plus gêné. S’agit-il d’une mesure quantitative ? Mais alors doit-on compter en occurrence de mobilité (donc les déplacements domicile–travail) ou en distance parcourue ? Mais alors, de quelle distance s’agit-il ? Car si passer de Paris à Montréal n’est pas franchir un large saut culturel et social, passer du VIIe arrondissement de la Capitale à certains quartiers de Sarcelles, par exemple, n’est pas du même ordre. J’ai l’impression que l’imprécision arrange. Elle arrange ceux qui voudraient suggérer l’idée que les hypermobilités soulignent qu’il y aurait des gens « trop » mobiles, sans toutefois poser les critères de ce qui serait ainsi dépassé. Cela est du reste compréhensible, puisque ces critères sont ainsi laissés à leur propre appréciation.

En filigrane, encore, je perçois aussi la critique du Monde contemporain. En l’occurrence, elle est cohérente, tant celui-ci est lié aux mobilités, à toutes les formes de mobilités, des choses aux informations et aux gens. Non, les époques ont leurs immobilités et leurs mobilités. Pour les mesurer, il faut tenir compte des moyens techniques, mais aussi du degré d’intégration du Monde ainsi que des compétences de ses habitants. Personnellement, je vais être clair : je me situe plutôt du côté de ceux qui pensent que les mobilités présentent, pour chacun et chacune mais aussi pour l’humanité tout entière, plus d’avantages que d’inconvénients. Et c’est aussi pour cela que je travaille sur les « sociétés à habitants mobiles ».

Une partie de l’histoire géographique du monde, mais aussi des habiters de toutes et tous, se construit sur la tension entre mobilités et immobilités, soit encore entre ancrages et mobilités. Cette tension se marque dans l’espace habité, des grandes « murailles » aux complexes parcours que doivent accomplir les passagers des avions, pris entre un principe de fluidité et un impératif de contrôle. Notre époque n’échappe pas à la règle. La diffusion de la Covid-19 se solde par un renforcement du « contrôle politique des mobilités », pour reprendre l’expression formulée dans un autre contexte par les géographes structuralistes québécois. Du reste, le Monde lui-même ne s’affranchit pas de la tension : les économies ont besoin de toutes les circulations. Mais les circulations ne doivent pas remettre en cause la stabilité politique des lieux, parfois des États.

Suivons ce qui s’est passé avec le tourisme, autour de Venise par exemple. Cet hiver, quelques articles s’en prenaient à un phénomène aujourd’hui appelé « surtourisme », mais que Victor Hugo et quelques autres avaient déjà critiqué. Venise en était le cas exemplaire. Après quelques mois de confinement, les mêmes journaux faisaient état de la pitoyable situation économique dans laquelle se trouvaient toutes ces villes. Venise en tête. En bout de piste, ils réclamaient l’ouverture la plus rapide possible des frontières et… le retour des touristes. Cela n’est pas nouveau, car des touristes, à écouter les uns et les autres, il y en a soit trop, soit pas assez, et cela dure depuis que le tourisme existe.

Au-delà de l’exemple, je dirai que, dans ce plan, la pandémie, tout comme le terrorisme auparavant, a facilité le renforcement du contrôle politique des mobilités. Dans le cas de la Covid-19, cela va peut-être même au-delà. Le mouvement s’accompagne du grand retour de l’État dans son double rôle. D’un côté, le contrôle des mobilités ; de l’autre celui de la puissance économique, et encore plus lorsque celle-ci se décuple dans les fonds d’une l’Union Européenne heureusement retrouvée. Or, les États, du moins à l’intérieur de leurs frontières, sont plutôt des structures favorables aux immobilités, a fortiori en ce moment.

Je dirai donc ceci. Si les modalités de la fermeture du Monde liées à la Covid-19 sont singulières, elles ne font que scander, à leur manière, une tension qui, elle, la dépasse largement. Elle est donc, et à la fois, un événement tout à fait sidérant et un peu banal, du moins ses conséquences le sont-elles.

 

L’expression « le monde d’après » est désormais omniprésente dans le paysage politique, économique et médiatique. Pensez-vous que la pandémie marquera une rupture dans l’organisation des territoires ?

 

De mon point de vue, votre question appelle plus un parcours de réponse qu’une réponse directe. J’ai été très intéressé par toutes les interventions des intellectuels médiatisés dans ces moments. Beaucoup ont saisi l’occasion pour rattacher l’événement à des lectures déjà faites et, au fond, n’ont pas apporté grand chose de plus que ce qui avait été déjà dit, écrasant au passage le caractère de nouveauté d’une telle pandémie. D’autres, – parfois les mêmes – ont prolongé le geste en annonçant les temps à venir. Souvent sur un mode pas très heureux du reste : on allait voir ce qu’on allait voir !

De mon côté, je ne me sens pas une âme de prophète et reste adepte de Karl Popper en la matière : on ne peut prévoir les effets de ce qu’on ne connaît pas encore. Et je resterai aussi du côté de Jacques Derrida, en vous disant qu’il me semble essentiel de faire une différence entre le futur – prolongement de ce qui est déjà-là – et l’avenir – comme avènement de ce qui ne peut être anticipé, puisque non-existant au moment où l’on parle.

Je ne sais pas si nous vivons un changement de civilisation, de période ou de je ne sais quoi d’autres. Mais je suis profondément frappé par ceci : en décembre 1969, la France a connu une importante épidémie de grippe. Des trains étaient arrêtés, faute de conducteurs ; des classes étaient fermées faute d’enseignants. J’avais moi-même 10 ans et me souviens encore assez bien des événements de l’année 1968. Tous les gens avec qui j’en parle, y compris ceux qui sont plus âgés, ont élaboré leur souvenir de la même manière que moi. La mémoire fixe 1968, mais passe sur décembre 1969. Cette expérience est purement personnelle et n’a peut-être aucune valeur au-delà de celui qui la fait. Mais elle me suggère une hypothèse : quelque-chose a profondément changé depuis 50 ans. Non, pas tant dans les faits, plus frappants à l’époque puisque l’épidémie fit 30 000 morts dans une France bien moins nombreuse et plus jeune. Mais dans leur lecture, dans les représentations qui en sont faites et celles conservées par les mémoires.

J’en conclus ceci : le pays, et probablement une partie des pays occidentaux, ne traversent pas une « crise » économique, sociale, et même dans une certaine mesure, écologique. Mais les difficultés de l’économie, celles de la société et les lectures dominantes qui sont faites de l’écologie relèvent d’une crise existentielle. Car comment interpréter autrement cette hantise contemporaine de la mort qui fait que le Monde s’arrête plutôt que de supporter les effets politiques d’une surmortalité qui, en outre, reste à comptabiliser précisément. L’enrichissement général des populations – la chinoise en tête – ces longues et heureuses années sans guerres impliquant des millions de morts en fournissent peut-être quelques raisons.

Ce trouble existentiel trouve sa manifestation dans la dimension géographique. Elle est précisément celle du passage de sociétés marquées par la sédentarité aux sociétés à habitants mobiles et son corollaire, le Monde. Habiter un tel Monde passe par des apprentissages, mais a aussi des implications disons « psychologiques ». Habiter plusieurs lieux et le faire différemment ne va pas de soi. C’est la question de la « place » de chacun et de tous qui est en cause avec, à la clé, ce puissant dilemme existentiel de l’habiter : où et comment être soi-même dans le Monde, c’est-à-dire parmi les autres ? C’est que la résolution du questionnement varie en régime d’immobilité dominant, celui d’où nous venons – et de mobilités dominantes, dans lequel nous vivons. Et qui fait que même les immobiles sont déplacés par les mobiles, dans des formes de « mobilités passives », qui sont les pires, comme tout ce qui est subi.

Pour arriver à ma conclusion et répondre à votre demande, je ne sais pas ce que sera le Monde de demain. Et je le sais d’autant moins que cela dépend de chacun de ses habitants. De ce point de vue, la pandémie l’a clairement signifié. Chacun et chacune est sanitairement responsable de soi, certes, mais aussi de tous. Porter un masque abrite celui qui le met, mais protège aussi tous les autres. La question n’est donc pas de savoir de quel Monde sera fait demain, mais comment chacun et chacune, à sa place et pour sa part, le fera !

Dans cette logique, je ne crois pas que le meilleur rôle des intellectuels soit de multiplier les prédictions, à l’occasion auto-réalisatrices, qui relèvent, à mon avis, d’une posture d’abus de pouvoir. Je ne crois pas qu’il soit de distiller les peurs, quitte à reprendre des schèmes narratifs issus de récits religieux, par exemple quand il s’agit d’annoncer toutes sortes d’apocalypses. Mais le but est clair : frapper les esprits pour les convertir – ici aux convictions des prédicateurs – plutôt que de les éclairer.

En ce qui me concerne, mon travail de géographe, de chercheur et d’enseignant, est de produire les outils aidant chacun et chacune à mieux habiter le Monde, à être au mieux lui-même parmi les autres, et de les diffuser le plus largement possible pour faire en sorte que tous puissent, dans la conscience de sa propre autonomie, définir les termes de ce « mieux ».

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