Hervé Théry : « Le Brésil est un pays anthropophage… »

Pour qui s’intéresse à la géographie du Brésil, le nom d’Hervé Théry fait office de référence. Du jeune étudiant repéré par le géographe Pierre Monbeig à l’infatigable voyageur qu’il est devenu, Hervé Théry a permis aux géographes français d’ouvrir les yeux sur un pays en pleine mutation… et aux géographes brésiliens de découvrir la géographie française. L’interview-portrait que nous publions est l’occasion de retracer le parcours d’un géographe qui n’a cessé de suivre les évolutions de la géographie depuis les années 1980, mais aussi celles du Brésil, pays émergent devenu « émergé ».

 

 Comment avez-vous découvert la géographie ?

 

Tardivement. Au lycée (qui allait alors de la 6e à la Terminale) j’avais consacré l’essentiel de mes efforts à ce que je jugeais être les matières principales, français, latin et allemand, et beaucoup moins aux matières « secondaires » comme l’histoire-géographie et ma seconde langue, l’espagnol. Sans savoir que ma carrière reposerait sur celles-ci puisque je suis devenu géographe et que le portugais est devenu ma langue de travail et de vie quotidienne (avis aux lycéens, les matières « secondaires » peuvent se révéler plus tard être les plus importantes)…

C’est à cette époque du lycée et dans les années immédiatement suivantes que se sont produites plusieurs « bifurcations » qui m’ont progressivement orienté vers la géographie. C’est un des professeurs de lettres classiques du lycée de Cornouaille, à Quimper, Jean Olier, qui m’a le premier suggéré de tenter le concours de l’École Normale Supérieure. Mes parents étaient dans l’enseignement (ma mère institutrice d’école maternelle et mon père intendant de lycée) mais n’aurait jamais eu l’idée de m’orienter vers ce concours difficile. J’ai donc suivi ce conseil et déposé un dossier de candidature en classe préparatoire à Louis-le-Grand, où j’ai été admis à ma grande surprise. Sans doute puisque cette année-là deux mes camarades de terminale présentée au concours général par ce même professeur avait remporté ex aequo le premier prix pour leur dissertation de français.

À l’origine je pensais présenter le concours en lettres classiques (ce professeur m’avait donné deux ans de cours de grec, gratuitement, pour me mettre à niveau) mais au cours de l’hypokhâgne puis de la khâgne j’ai été progressivement attiré par l’histoire, d’abord antique, puis médiévale et finalement contemporaine, jusqu’à ce que le professeur de géographie, Gérard Dacier, me fasse enfin découvrir que ce que je souhaitais vraiment était comprendre le fonctionnement du monde d’aujourd’hui, et donc devenir géographe. C’est donc un parcours très classique de promotion sociale par la voie de l’école, très IIIe République, qui m’a amené à la géographie.

 

Quels sont vos domaines et terrains de recherche ? Pourquoi vous êtes-vous tourné vers eux ?

 

La géographie régionale du Brésil. C’est le résultat d’une autre bifurcation, dans le prolongement des précédentes. Ma relation avec la géographie de ce pays a débuté le 6 février 1974, lorsque j’ai posé pour la première fois le pied sur le sol brésilien, mais en fait, elle a commencé un peu plus tôt, et peut être datée précisément du 12 juillet 1973, lorsque j’ai reçu la lettre de Pierre Monbeig (Fig. 1).

 

                                                             Fig. 1 : La lettre de Pierre Monbeig

 

Imaginez l’effet de cette lettre sur un jeune géographe (21 ans), qui venait d’apprendre – quelques minutes auparavant – son entrée à l’École Normale Supérieure de Paris, grâce en grande partie à un très bonne note en géographie, donnée par un jury formé par Pierre Monbeig et Marcel Roncayolo, deux figures éminentes de la géographie française. En essayant de traiter de mon mieux, à l’oral, un sujet sur les « disparités régionales au Brésil » (les pays qui était au programme cette année-là), j’avais échappé à une question sur les effets de la construction de la route Transamazonienne, disant à peu près que personne n’en connaissait encore les impacts, qu’il faudrait aller sur le terrain pour voir ce qu’ils pourraient être. De toute évidence, Pierre Monbeig a pris note de cette réponse…

Dans sa lettre, Pierre Monbeig me faisait une proposition qu’il était impossible de refuser. Ses mots « j’en ai jadis reçu une semblable que j’ai acceptée » se référaient à l’invitation de l’Universidade de São Paulo (USP) qui l’avait amené à séjourner à São Paulo de 1935 à 1946 et lui avait permis de jouer au cours de cette période un rôle-clé dans la genèse du département de géographie de cette université et de l’Association des Géographes Brésiliens (AGB).

Dans la discussion qui a suivi mon acceptation, à la rentrée de septembre, il a répété son offre et m’a proposé de passer quelques mois en Amazonie pour un séjour de recherche. Mais dans la même conversation, il m’avait honnêtement averti que « ce pays est anthropophage », et qu’il me dévorerait probablement. Même prévenu, j’ai accepté ce sort (qu’heureusement, il entendait au sens métaphorique) et je lui suis encore reconnaissant de m’avoir poussé dans cette direction car moi non plus « je ne m’en suis pas trouvé mal dans la suite des ans ».

 

Pour vous, comment « fait-on » de la géographie ?

 

En faisant feu de tout bois ou, comme le disait Guy Di Méo dans cette même rubrique, par un « travail de bricolage » qui associe diverses approches pour comprendre en profondeur le fonctionnement de l’objet géographique que l’on étudie et en rendre compte de la façon la plus claire possible.

En ce qui me concerne, j’ai choisi d’associer deux méthodes principales : la cartographie thématique réalisée à partir des excellentes statistiques brésiliennes, très largement disponibles, gratuitement, sur Internet, et le travail de terrain sans lequel on ne peut pas donner sens aux cartes que l’on produit. La vision des paysages, des conversations prolongées avec les habitants, les responsables de la gestion des territoires (et leurs opposants), sont indispensables pour comprendre les réalités régionales, surtout dans un pays qui se transforme aussi vite que le Brésil.

Pour illustrer la rencontre des deux méthodes je reproduis ci-dessous (Fig. 2) une carte qui recense les endroits que j’ai visités et les villes où j’ai enseigné au cours de ces 43 ans. Les collègues qui m’ont invité à donner ces cours savent que je préfère toujours au paiement qu’ils me proposent une excursion avec eux dans une région que je ne connais pas encore. C’est ainsi que j’ai visité, observé, photographié (pour utilisation dans de futurs cours et publications) des endroits aussi divers que le Pontal do Paranapanema, le «coin du Brésil» dans le Rio Grande do Norte, le sertão de la Paraiba, les vignobles du Rio Grande do Sul, la Serra de Baturité et ses plantations de café décadentes [1]. Il est clair, sur la carte, qu’il y a encore quelques points notables du territoire brésilien que je ne connais pas …

 

                                                  Fig. 2 : Missions et voyages au Brésil

 

Pour qui voudrait en savoir plus je signale deux sources complémentaires. L’une est le témoignage que j’ai rédigé, à la demande des collègues brésiliens pour la revue de l’ANPEGE, l’Association Nationale des Programmes de Master et Doctorat en Géographie [2]. L’autre est mon CV complet déposé sur la base Lattes du CNPq (le centre national – brésilien – de la recherche scientifique) [3], base où il est obligatoire de déposer et de tenir à jour la liste de ses activités et publications (Fig. 3). Sans équivalent en France, il compte à ce jour, en libre accès, 134 420 CVs de titulaires de doctorats (63 853 femmes et 70 567 hommes), et 83 321 de titulaires de masters (44 337 femmes et 38 084 hommes).

 

                                                                                   Fig. 3 : CV Lattes

 

Quels textes, auteurs, ont influencé vos travaux et comment ?

 

Ma filiation intellectuelle a été (indirectement) mise sous forme graphique dans l’un des panneaux de l’exposition « Espaces-temps du Brésil », conçue en 2005 par l’atelier cartographique de Sciences Po à l’occasion de l’Année de la France au Brésil (Fig. 4) : mon nom apparaît dans une séquence prestigieuse qui va, via Pierre Monbeig, de Vidal de la Blache à mes jeunes collègues Emmanuel Lézy et François-Michel Le Tourneau, qui continuent la tradition des « brésilianistes ». On notera que pour ce qui est de Vidal de la Blache je lui suis également associé dans une autre séquence, celle des professeurs de géographie à l’École Normale Supérieure, telle qu’elle apparaît dans l’annuaire publié à l’occasion du bicentenaire de l’ENS, où son nom ouvre une liste qui se termine alors sur le mien.

 

                                                                Fig. 4 : Filiations intellectuelles

 

L’épisode déterminant qui m’a amené à ma façon actuelle de faire de la géographie est que j’ai activement participé au changement profond que la géographie régionale française a vécu à la fin des années 1980 et 1990, à travers le renouvellement des concepts, des méthodes et des outils, facilité par l’accessibilité croissante de la géomatique. Ce renouvellement a été notamment visible dans le travail du Groupement d’intérêt public (GIP) Reclus, basé à la Maison de la Géographie de Montpellier, qui a publié l’Atlas de France, la Géographie Universelle et effectué diverses évaluations de territoires à la demande de leurs gestionnaires. Au cas où l’on soupçonnerait une partialité de ma part, parce que j’ai fait partie de ce mouvement, je cite ici un extrait du livre de José Borzacchiello da Silva, França e Escola Brasileira de Geografia: verso e reverso (Editora UFC 2012):

« La géographie française des dernières décennies a changé son orientation, en passant à un débat plus large, capable de l’insérer avec une plus grande cohérence dans les milieux universitaires. […] L’ancien Groupe RECLUS de Montpellier, basé à la MGM (Maison de la Géographie de Montpellier), a été une source d’innovation dans la géographie française et un référence pour le monde, son analyse change totalement d’axe, elle s’ajuste aux nouvelles langues de l’information, devenant une innovation dans la représentation cartographique et dans une analyse géographique d’une plus grande complexité ».

Ma participation à cette grande aventure intellectuelle s’est concrétisée dans plusieurs publications du GIP, la principale étant la Géographie Universelle, où j’ai été responsable de la rédaction de la partie sur le Brésil et co-directeur du volume Amérique latine (publié en 1991), avant de succéder à Roger Brunet à la tête du GIP jusqu’en 1994.

 

La géographie n’est guère aimée du grand public. Que suggérez-vous pour changer cette situation ?

 

Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec la première affirmation. Guy Di Méo, dans ses réponses à la même question, avait déjà montré que diverses formes de géographie sont appréciées par le grand public (par exemple celle des revues comme National Geographic), celle qui le rebute et plutôt sa version scolaire, dont il garde le plus souvent un assez mauvais souvenir. Je ne voudrais surtout pas jeter la pierre à nos collègues historiens (je continue à être très attiré par l’histoire et me rappelle que ma première licence, avant celle de géographie, avait été une licence d’histoire) mais le fait que plus de 80 % des professeurs d’histoire-géographie soient des historiens ne favorise certainement pas le rayonnement de notre discipline. Bien des fois dans ma carrière il m’est arrivé, comme à beaucoup de mes collègues, de m’entendre dire « Ah bon, c’est ça la géographie, finalement c’est assez intéressant ». Quand nous arrivons à faire comprendre à nos interlocuteurs ce que nous faisons vraiment, cela change fréquemment leur image de la géographie.

Ma suggestion est donc que nous fassions le maximum pour faire connaître à des publics divers ce que fait la géographie, notamment en utilisant l’un de nos atouts majeurs, qui est la force des images. Dans un monde où elles occupent une place toujours plus importantes, nous avons la chance de pouvoir en produire, que ce soit des cartes ou des photos, les unes grâce aux progrès de la cartographie sur ordinateur personnel, les autres prises au cours de nos travaux de terrain. Grâce à elles, nous pouvons capter l’attention de publics variés (scolaires mais aussi décideurs, militants et citoyens) et « faire passer » l’ensemble du raisonnement géographique, qui s’appuie sur elles mais ne s’y résume pas.

 

Quels efforts accomplissez-vous personnellement dans cette direction ?

 

D’abord en faisant connaître au Brésil les approches et les méthodes de la géographie française. Un pas important a été pour moi la traduction au Brésil de notre Atlas du Brésil, écrit avec Neli Aparecida de Mello, et publié en 2003 dans la collection Dynamiques du territoire, co-publié avec La Documentation française. Il a ensuite été traduit en portugais, en 2005, sous le titre Atlas do Brasil, Disparidades e dinâmicas do território, à l’initiative de Wanderley Messias da Costa, qui a écrit dans la préface de l’édition brésilienne :

« Avec cette authentique étude de géographie humaine et régionale, publiée aujourd’hui par la Maison d’édition de l’USP, les auteurs prolongent, renouvellent et rendent hommage à la bonne tradition de recherche léguée par nos maîtres pionniers qui ont fondé et ont donné le souffle initial essentiel au cours de géographie de la Faculté de Philosophie, Sciences et Lettres de l’Université de São Paulo. […] C’était à Hervé Théry, avec ses études sur la colonisation (maintenant en Amazonie), de poursuivre l’héritage de Pierre Monbeig. Il a également le mérite de relancer dans son pays la flamme de la coopération franco-brésilienne avec l’USP dans notre domaine. C’est pour tout cela que cette synthèse originale de notre pays, si bien élaborée sous la forme d’un ‘livre-atlas’, publiée d’abord en France et maintenant au Brésil, est pleine de symbolisme ».

Un autre épisode important a été l’honneur qui m’a été fait – et pour lequel je leur suis très reconnaissant – par les collègues de l’Université fédérale de Rondônia, qui ont publié (38 ans après sa soutenance) ma thèse sur leur État. Je suis bien conscient que le texte a pour mérite principal d’être un document historique, le portrait d’une situation qui a été transformée par l’afflux de migrants dans cette région amazonienne au long de la nouvelle route BR364, et non pour la valeur intrinsèque de ce travail de jeunesse. Mais en revenant tant d’années plus tard sur les lieux de mes premières recherches, j’ai été très ému (voir la note «Rondônia quarante ans après, images d’hier et d’aujourd’hui» dans mon blog de recherche Braises, http://braises.hypotheses.org/285 ).

Un dernier exemple de mes efforts dans le domaine universitaire a été d’avoir fondé avec Neli Aparecida de Mello-Théry (l’ajout de mon nom au sien après le tiret indique que mes relations avec la co-auteure de l’Atlas do Brasil ont changé de nature) la revue franco-brésilienne Confins (http://confins.revues.org/) pour essayer de transmettre aux lecteurs français une meilleure connaissance du pays fascinant auquel j’ai consacré ma carrière scientifique. Et vice versa puisque la page d’accueil de la revue indique que « La revue diffuse dans les deux sens les acquis de la recherche en géographie, dans toutes ses composantes, avec toutefois une priorité à la géographie régionale. Sur les approches, aucune exclusive mais toute l’exigence d’une revue scientifique, et donc la validation des articles par des comités internationaux »

Par ailleurs je m’efforce constamment depuis le début de ma carrière d’atteindre des publics plus larges. Mon premier livre, Le pillage de l’Amazonie (avec Jean Églin, Maspero, 1982) visait déjà à porter le débat sur la place publique. Avec cette publication, je craignais de m´être fermé les portes du Brésil pour toujours, mais heureusement pour moi, la dictature militaire était proche de sa fin, et avec elle la vigilance du Sistema Nacional de Informação, le très redouté SNI sur les « gringos trop curieux ».

Mon dernier effort dans cette direction (pour le moment) a été la publication en avril 2014 du livre Le Brésil, pays émergé, un titre choisi pour indiquer que – à mon avis – le Brésil n’est plus un pays « émergent » car, malgré toutes ses difficultés, il a « émergé » depuis longtemps. Commandé par les éditions Armand Colin à l’occasion de la coupe du monde de football de 2014, qui avait attiré l’attention sur le Brésil, il est d’un ton plus libre que mes ouvrages universitaires et comprend notamment un chapitre sur l’image du Brésil dans la chanson française (et les emprunts, avoués ou non, par celle-ci à la chanson brésilienne). Une deuxième édition a été publiée en 2016, à l’occasion des Jeux Olympiques de Rio de Janeiro.

 

                                                                                             Fig. 5 : Livres d’Hervé Théry

 

Par ailleurs j’ai toujours considéré qu’il était de mon devoir, étant payé par la République pour connaître et faire connaître le pays que j’avais choisi comme objet d’étude, de partager mes connaissances avec les professeurs de collège et lycée qui ont à enseigner sur lui (en 5e, Seconde et Terminale). J’ai donc à mon actif une trentaine de publications pédagogiques, les premières ayant été des chapitres de manuels, puis au fil des progrès technologiques et pédagogiques, des diapositives commentées et plus récemment des dossiers documentaires sur la plate-forme pédagogique Géoconfluences.

Cela m’a parfois valu d’être critiqué, on m’a rapporté que certains chers collègues disaient dans mon dos « Théry fait de la géographie pour professeurs », ce qui dans leur bouche étaient probablement péjoratif mais que, pour ma part, je prends pour un éloge. En donnant des matériaux aux professeurs de collège et lycée, j’ai la chance de pouvoir mettre le résultat de mes recherches à la portée de centaines de milliers d’élèves.

Dans le même ordre d’idées j’ai toujours accepté des demandes d’articles sur le Brésil provenant d’horizons très divers, c’est ainsi que je me suis trouvé à écrire dans des revues publiées respectivement par le Parti Communiste Français (La revue du Projet), l’Armée de l’air (Carnets du temps) et les francs-maçons de la Grande Loge de France (Points de Vue Initiatiques). Je laisse tout un chacun juger si je dois être accusé de manger à tous râteliers (bien qu’aucun des articles n’ait été rétribué) ou si je m’efforce de faire connaître la géographie dans des cercles inhabituels.

Finalement je citerai une activité qui occupe une proportion croissante de mon temps depuis que j’ai pris ma retraite du CNRS (mais pas de mes activités au Brésil comme Professeur invité à l’université de São Paulo), le carnet de recherche Braises (https://braises.hypotheses.org/ ). Publié sur la plate-forme hypothèses.org, ouverte par le portail (public et gratuit) OpenEdition, en complément des revues scientifiques revues.org, il m’a permis de faire part de façon très libre de mes curiosités et découvertes sur le Brésil, en publiant au total 65 billets (jusqu’à cette date) depuis 2011. Comme le dit son texte de présentation :

« Braises vise à rendre compte par le texte et par l’image des transformations que vit, jour après jour, un grand pays émergent, le Brésil. Grâce aux données précises et accessibles qui y sont constamment publiées (gratuitement, la plupart du temps), on peut produire rapidement des cartes qui cadrent les tendances générales, démographiques, politiques, économiques, etc. Un éclairage complémentaire vient d’images produites au cours de séjours de recherche sur le terrain (en Amazonie notamment), ou au fil de la vie dans la plus grande ville du pays, son cœur économique, São Paulo. La veille sur les publications brésiliennes et la fréquentation assidue des habitants de ce pays en plein changement permettent en outre de tenter de faire comprendre comment ces dynamiques sont vécues, la culture brésilienne étant juste assez différente de la nôtre pour être fascinante, tout en restant accessible à un observateur européen ». On ne s’étonnera donc pas d’y trouver des billets très divers, par exemple, pour m’en tenir aux années 2016 et 2017, « Histoire d’un lieu mythique, Copacabana », « Les Indiens manifestent à Brasília : images et enjeux », « Deux fois mieux que la Longue Marche, la Colonne Prestes », « La conquête de São Paulo vu par des cartes anciennes », « L’Antiquité survit dans les prénoms brésiliens », « Fromages de France et du Brésil » et « Le Brésil, pays carnivore ».

Avec ce dernier titre, je boucle donc ainsi la boucle ouverte quand Pierre Monbeig m’avait alerté – en vain – sur le fait qu’il me proposait de partir vers un pays anthophage, qui allait me dévorer. Et je ne lui reproche pas d’avoir été englouti par le pays, comme il l’avait prédit.

 

Hervé Théry

Directeur de recherche émérite au CNRS-Creda

Professor no Programa de pós-graduação em geografia humana,

Departamento de Geografia Universidade de São Paulo (USP)

hthery@aol.com

 


[1] J’en remercie, respectivement, Bernardo Mançano Fernandes, Aldo Aloisio Dantas da Silva, Emilia de Rodat Fernandes Moreira, Ivanira Facalde e Aldomar Arnaldo Rückert, Maria Clélia Lustosa Costa e Eustógio Wanderley Correia Dantas.

[2] “Quarenta anos de geografia do Brasil”, Revista da ANPEGE, v. 9, n. 12, p. 107-112, jul./dez. 2013, http://ojs.ufgd.edu.br/index.php/anpege/article/view/6834/3823

[3] http://lattes.cnpq.br/7931074433827497

 

2 Comments on Hervé Théry : « Le Brésil est un pays anthropophage… »

  1. et en plus, Hervé Théry (comme Jacques Bertin et quelques autres trop rares) a su apporter ses conseils et son aide au développement des logiciels comme Cartes & Données d’ARTICQUE qui font aujourd’hui que les logiciels francophones sont les outils numériques de référence au niveau mondial qui disputent la première place à ESRI dans les outils du parfait géographe 😉

  2. Eduardo de Oliveira Leite // 11 septembre 2017 á 18 h 36 min // Répondre

    Cher Hervé

    Quel grand plaisir de voir reconnu ton travail de toute une vie dediée à la géographie et, spéciallement, a la géographie brésilienne. Dans une époque où le mérite paraît disparaìtre de la vie moderne, ou mieux, semble être oublié – comme une vertue sans valeur, dans un monde dominé par le matériel et les succès du moment, il fait du bien savoir que dans l’ ambiance intelectuelle, les vrais valeurs sont encore reconnues par les gens sérieux.
    Sincères félicitations,
    Eduardo de Oliveira Leite

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