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Hommage à Yves Lacoste, le géographe qui a remis le monde sur la carte

Hommage — Yves Lacoste (1929-2026)

Yves Lacoste (2007). Source : Wikipedia.

Yves Lacoste (2007). Source : Wikipedia.

Yves Lacoste s’est éteint le 20 juin 2026, à 96 ans, dans sa maison de Bourg-la-Reine. Avec lui disparaît le penseur qui, plus que tout autre, aura appris aux Français à lire le monde à travers les rapports de force qui se jouent sur les territoires.

Né à Fès en 1929, fils d’un géologue, il garde de son enfance marocaine et de ses années d’enseignement à Alger une conscience aiguë des réalités coloniales et de la violence des dominations. Reçu premier à l’agrégation de géographie en 1952, il refuse pourtant la géographie sage et descriptive de son époque.

En 1976, le scandale éclate : La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre. Le titre — virgules comprises, auxquelles il tenait — fait l’effet d’une déflagration dans une discipline qui se voulait neutre. Lacoste y oppose la « géographie des professeurs », anesthésiante, à la « géographie des états-majors », savoir stratégique au service du pouvoir. La même année naît Hérodote, la revue qui structurera durablement la pensée géopolitique française.

Car c’est bien là son geste fondateur : réhabiliter un mot devenu tabou, la géopolitique, longtemps suspectée pour sa filiation avec les théories allemandes des années 1930. Il la redéfinit avec une simplicité limpide — des rivalités de pouvoir sur des territoires, à toutes les échelles, du quartier au monde. Cette définition reste, aujourd’hui encore, la référence.

Homme de terrain autant que de pensée, il revendiquait jusqu’au bout son attachement au concret. Dans un entretien à Conflits, il rappelait combien ses débuts en géographie physique l’avaient « aidé à garder le contact avec la terre », attentif à ces formes de relief modestes — un ravin, un bombement dans une plaine alluviale — qui peuvent receler « une grande importance stratégique »1.

À l’heure où la guerre est revenue en Europe et où les puissances se disputent ressources et frontières, sa grille de lecture n’a jamais paru aussi nécessaire. Membre à vie de la Société de Géographie, il en avait reçu le Grand Prix en 2014, conjointement avec Béatrice Giblin, pour la revue Hérodote. Yves Lacoste laisse derrière lui une école, une revue, des générations d’étudiants — et cette idée tenace que comprendre l’espace, c’est déjà comprendre le pouvoir.

  1. Entretien avec Yves Lacoste, « Yves Lacoste, une géopolitique virile ! », Conflits : Revue de GéopolitiqueLire l’entretien 

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