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AAF, séance publique du 15 avril La forêt en mouvement

La forêt en mouvement : quatre histoires d’hommes, quatre histoires d’arbres La forêt en mouvement : quatre histoires d’hommes, quatre histoires d’arbres

La forêt en mouvement :

quatre histoires d’hommes, quatre histoires d’arbres

Séance publique du mercredi 15 avril 2026

L‘accès est libre et gratuit et ne nécessite pas une inscription préalable.

A partir de 14h30 – 18 rue de Bellechasse, 75007 Paris

En direct sur Youtube : Académie d’agriculture de France – YouTube

Le grand public voit la forêt comme un paysage stable, immobile, un paysage immuable et qui est, de toute éternité, dans l’état où les gens le voient et l’aiment. Cette conviction nourrit le sentiment que tout est bien ainsi, et que le mieux que l’on puisse faire pour les forêts, c’est de les laisser tranquilles : inutile d’engager des travaux, des coupes ou des plantations qui ne font rien d’autre que mettre du désordre dans l’ordre parfait de la nature, du trouble et de la laideur dans une nature belle et équilibrée …

La forêt est-elle ce paysage stable et immuable ? Que voyons-nous si nous ne regardons plus les forêts comme une photographie de l’instant mais comme un film qui se déroule dans la durée ? On voit alors que, sur le temps long, la forêt est en perpétuel changement et que, en localisation, en surface, en composition et en structure, elle n’est aucunement stable, elle change de visage. On comprend que l’histoire de la forêt est intimement liée à l’histoire des hommes. On réalise que la forêt, c’est une affaire de nature, évidemment, mais c’est aussi une affaire d’hommes. Les paysages forestiers que nous prenons plaisir à parcourir et à admirer, sont des paysages naturels, mais ils sont aussi des paysages culturels. La forêt est donc bien en mouvement !

Notre séance fait le choix d’illustrer cette réalité, qui est loin d’être intuitive, à travers quatre histoires, « quatre histoires d’hommes, quatre histoires d’arbres ».

Introduction (Charles Dereix, section 2 « Forêts et filière bois ») :

La frise historique « 15 000 ans d’histoire forestière » nous permettra de positionner la question en croisant, de la dernière glaciation à nos jours, la courbe d’évolution des surfaces des forêts avec celle d’évolution de la population de notre pays ; elle nous permettra de repérer aussi les temps forts, les moments clés, les décisions politiques, et de placer les quatre histoires que nous avons choisi de raconter.

1 – Sous la forêt, l’agriculture : l’exemple de la forêt domaniale de Compiègne (Cécile Dardignac, chef de projet archéologie à l’Office national des forêts)

Cette première histoire commence avec la révolution néolithique, la fixation des chasseurs-cueilleurs, l’invention de l’agriculture et de l’élevage, la création de villages, les premiers défrichements… Difficile de le croire lorsqu’on parcourt la forêt de Compiègne (Oise) et ses 15 000 ha de peuplements forestiers mais l’étude Lidar, menée par l’Office national des forêts, a révélé l’existence, sous les arbres et souvent sous les sols, 413 sites archéologiques, traces de villas ou d’activités agricoles : dans les premiers siècles de notre ère, de forêt il n’y avait pas ou presque pas.

2 – La forêt du Moyen Âge (Fabrice Guizard, professeur d’histoire médiévale, Université du Littoral Côte d’Opale)

Les forêts médiévales n’ont pas grand-chose à voir avec les massifs impénétrables et mystérieux des romans de chevalerie. Ces derniers, d’ailleurs, reconstituent une forêt littéraire dans la deuxième moitié du Moyen Âge, au moment où la France a perdu une grande partie de ses massifs sous la cognée des bûcherons professionnels et des paysans coupeurs de bois. La forêt est totalement travaillée par les communautés riveraines pour les usages quotidiens, la pâture du bétail et la proto-industrie gourmande en énergie. Le paysage sylvestre est ouvert, lumineux, peuplé.

3 – La forêt, source d’énergie (Patricia Guyard, directrice des Archives départementales du Jura)

La forêt des XV-XIXème siècles est exploitée voire surexploitée pour le chauffage des villes et, surtout, pour fournir à la proto-industrie puis aux industries, l’énergie que nécessitaient leurs process de production. Les historiens le disent : le verre ou l’acier, c’est d’abord… le bois ! L’histoire que nous avons choisie ici est celle des salines du Jura qui avaient besoin d’une grande quantité de bois pour faire évaporer l’eau des saumures remontées du sous-sol. L’histoire ne s’arrête pas là : quand le charbon de terre a remplacé le chauffage au bois, les forestiers ont choisi de favoriser la futaie, résineuse ou feuillue. Dans de vastes forêts du Second Plateau du Jura, à la place de taillis sous futaie feuillus mêlés de résineux, s’étendent d’admirables futaies de sapin dont on pense qu’elles ont toujours existé !

4 – L’épopée RTM : la Restauration des terrains en montagne (Olivier Marco, expert RTM, ex-chef du département des risques naturels à l’Office national des forêts)

La RTM, une politique publique de longue haleine, débutée en 1860, pour réinstaller une couverture forestière sur les pentes des montagnes, retenir les sols, lutter contre l’érosion et contre les crues dévastatrices. Ici, l’homme a donné la main à la nature, et a reconstitué de larges surfaces de forêt et traité de nombreux torrents : la confrontation de photos avant/après est magnifiquement parlante !

Conclusion (Guy Fradin, section 7 « Environnement et territoires »)

La forêt est donc en mouvement, dans le temps et dans l’espace, en écho aux demandes et aux besoins des hommes. Andrée Corvol, historienne des forêts, le résume ainsi : « La forêt révèle la société. » Aujourd’hui, qu’est-ce que notre société demande à la forêt, et que décidons-nous de faire ?

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