En face de la Terre promise, par Jean-Louis Tissier


 

« Seigneur envoie ton esprit pour qu’il renouvelle la face de la terre »

Psaume 103

 

Google Earth (entre Khirbat Ikhza’a et Nir Oz, le 9 mai 2021, altitude 5 500m)

 

Le 24 novembre 2023 la libération de quelques otages du kibboutz de Nir Oz est une incitation à observer le contexte territorial, à prendre de la hauteur. Non pour distancier l’événement mais pour poser, situer quelques points de compréhension. Ce rectangle de 24 km2 environ est partagé par une ligne, celle de l’accord d’armistice de 1950 ou ligne verte. Une même plaine vers 60m d’altitude, une même teinte de fond rose pâle, avec des inclusions vertes, plus étendues à l’est qu’à l’ouest. Sur cette plaine deux parcellaires, deux types de mailles divisent le sol agricole : à l’ouest une mosaïque de parcelles de très petites tailles, à l’est une composition de larges rectangles et quelques figures circulaires.
Depuis six décennies l’organisation de l’espace a suivi deux évolutions de part et d’autre de ce tracé.

La ligne tracée en 1950 a été un déterminant de l’évolution des décennies suivantes. Côté Israël tout commence par l’installation du kibboutz Nir Oz, une colonie de Nahal, c’est-à-dire un établissement militaire et agricole, à la fois gardien du territoire et siège d’une expérience agronomique modèle. On remembre les terres annexées par l’établissement d’un parcellaire taillé, ajusté, pour maximiser les choix agronomiques, qui impliquent l’irrigation, à partir des ressources de la nappe phréatique souterraine. C’est rendre productif le Néguev ( désert en hébreu). C’est le renouvellement de la face de la terre, le style sioniste.

Côté Gaza aux populations locales s’ajoutent les réfugiés de la Naqba, leur priorité est d’assurer leur subsistance par une agriculture vivrière , sèche, avec des techniques traditionnelles, qui disposent d’un espace réduit. Le renouvellement est sans doute ici le passage d’un élevage extensif, le monde bédouin, à celui du fellah paysan. L’inégale pression démographique de part et d’autre de la ligne va accentuer le contraste entre ces deux « côtés ».

Géographie…..La terre est différemment écrite…..L’esprit du seigneur aurait vu large coté terre promise, à l’est, plus menu, voire mesquin, côté terre de refuge à l’ouest. Plutôt que cet esprit, très hypothétique, ce sont des sociétés inégalement, dotées, qui ont écrit cette terre. Si l’est ressemble à un terroir de Californie , bénéficiant d’investissements extérieurs, l’ouest rappelle celui des sociétés rurales méditerranéennes, musulmanes ou non, sans réforme agraire et sans investissement technique. Le peuplement a suivi une évolution très différente. A l’est Nir Oz compte en 2021 moins de 1000 habitants, soit un total peu différent de celui de l’origine. A l’ouest Khirbat Iztha , proche de Khan Younès, bastion du Hamas, est dans le secteur le moins densément peuplée de la Bande de Gaza . Ce qui est relatif, ici comme ailleurs à Gaza la croissance démographique « naturelle » a été forte.

Au printemps 2018 le Hamas lance la marche du retour pour répondre à la décision des EU de transférer leur ambassade en Israël à Jérusalem. La ligne de 1950, qui est le symbole de la partition sans retour est mise en tension : elle est le siège côté Gaza de manifestations permanentes. Attroupements, feux de pneus, cerfs-volants armés, tir de roquettes, tentatives de franchissements. Tsahal élargit le no-man’s land, la vue aérienne permet de distinguer dans ce trait épaissi, de gauche à droite, la mince ligne de la clôture-barrière, une bande de terre ocre et un remblai. Ces traces matérielles sont complétées par des dispositifs électroniques sensibles aux mouvements suspects. Un rempart composite et réputé infranchissable…

 

 

C’est la transgression de ce dispositif renforcé, au matin du 7 octobre, qui permet aux terroristes du Hamas de se diriger vers le kibboutz de Nir Oz, où résident 400 habitants, par le chemin le plus court, la piste qui à travers champs, irrigués ou non, mène au kibboutz-village….

D’après Le Monde 38 morts, 75 otages à Nir Oz…Le 27 novembre 13 de ces otages ont été libérés.( Le Monde du 29 novembre signale que l’un de ces otages  de Nir Oz a été « accueilli » le 7 octobre dans un tunnel à Khan Younès par Yahya Sinouar , le leader du Hamas à Gaza.) Parmi ces victimes y a-t-il des travailleurs agricoles thaïlandais venus, après 2012 ( cf Latinos dans l’agribusiness californien), remplacer les Palestiniens engagés pour valoriser les terres du kibboutz, et que le renforcement du blocus avaient interdits d’emplois.Dans les assaillants y-avait-t-il des éléments originaires de Khirbat Ikhza’a (anciens ouvriers agricoles éconduits) , connaissant les lieux et susceptibles de guider un commando?

Ce face à face peut-il être, après cet automne de feu, de fer et de sang, un échantillon local de la « solution » à deux états ?  Etats de lieux et lieux  des états…..Question de l’autre et question de l’eau…..L’issue est au bout d’un très long tunnel, ventilé enfin par l’esprit pacifique du Seigneur !
 

Jean-Louis Tissier

 

2 Comments on En face de la Terre promise, par Jean-Louis Tissier

  1. Je fais partie de la société de géographie depuis plusieurs années . Grâce aux bons soins d’un ami de longue date Jacques Barrat, hélas disparu brutalement
    J’en viens au commentaire de Monsieur Tissier. D’abord, il faudrait laisser de côté D.ieu qui n’a jamais rien fait pour l’homme. Tout ce qui figure dans les écritures est un mythe et je défie quiconque de me prouver son existence , à part la Foi qui est propre à chacun . Si l’on ne comprend pas qu’il s’agit d’une guerre de religion , alors il faut bien relire la genèse et surtout la VIE du Prophète Mahomet. Et non pas les Sourates . Voilà un lopin de terre de 225.000 km2 qui a été attribué légalement aux Juifs. Pas un des pays arabes qui l’entourent ne veulent accueillir leurs frères.
    Je ne peux ni ne veux être plus long. Mais, je douterai que l’on veuille m’inviter à la Société pour en discuter en tête à tête.
    J’avais assisté à la conférence sur les Chamanes. Ayant pris la parole j’ai indisposé par mes questions la conférencière et un chercheur du CRNS qui l’accompagnait et essayait d’élucider le mystère au delà de la mort ( entre nous sujet mille fois abordé, même par l’Homo Erectus. On m’a demandé de rendre le micro!
    Merci d’avoir pris la patience de me lire.
    Docteur ACHOR Robert

  2. J’attends toujours les réponses aux questions posées, il y a deux jours!!
    A propos de l’article de Jean Louis Tessier.
    Dr ACHOR Robert
    Adhérant à la Société de Géographie

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