[Lu dans la presse] « La Chine démasquée », par Sylvie Brunel

Cette tribune de Sylvie Brunel est originellement parue dans l’édition du 02/05/2020 du quotidien Sud Ouest.

 

L’OMS l’a félicitée pour sa prétendue gestion exemplaire de la pandémie, la communauté internationale, pour son aide généreuse. Mais elle révèle au fil des jours son vrai visage de puissance autoritaire, agressive et expansionniste. Et l’Occident, durement touché par le Covid-19, lui demande à présent des éclaircissements sur l’origine réelle du virus, l’apparition des premiers cas, le nombre réel de morts.

Après vingt ans d’expansion continue, appuyée sur la faiblesse et la complaisance des démocraties occidentales, l’Empire du Milieu apparaît aujourd’hui comme une menace pour la paix et la sécurité mondiales.

La fin de la guerre froide née de la disparition de l’URSS en 1991 s’accompagne de l’émergence d’un pays très pauvre, tenaillé par un ardent désir de revanche. L’ère de la refondation s’ouvre pour la Chine, après un siècle d’humiliations, de 1849 à 1949 (colonisation, traités inégaux), et les massacres et le repli sur soi du maoïsme. L’ouverture, les réformes, le socialisme de marché, et surtout la prise de pouvoir en 2012 d’un nouvel empereur rouge, Xi Jinping, dont le sourire bonasse cache une volonté de fer, consacrent l’aspiration chinoise à redevenir en un siècle, pour les cent ans de son indépendance en 2049, la première puissance mondiale.

La stratégie est limpide. D’abord devenir l’usine du monde en désindustrialisant le vieil Occident. C’est le made in China. Puis rattraper le retard à coup de contrefaçons et d’espionnage industriel d’abord, en acquérant son propre savoir-faire ensuite : made by China.

S’appuyer enfin sur le pouvoir d’achat d’une masse démographique enrichie mais soumise pour devenir le moteur et l’aspirateur du monde. Made for China. La stratégie fonctionne. « L’Initiative de la ceinture et de la route », lancée en 2013, permet à la Chine de prendre pied partout, pour sécuriser ses approvisionnements, s’ouvrir des marchés, prendre la place du grand rival américain, qui se désengage depuis qu’il est devenu indépendant énergétiquement. Les nouvelles routes de la soie tissent leur toile sur le monde, y compris en Europe, affaiblie par ses dissensions internes. La Grèce, le Portugal, l’Italie se montrent sensibles à ses sirènes. La France qui veut commercer avec le dragon, lui offre, après la pandémie de SRAS en 2003, le must en matière de biosécurité : un laboratoire P4. La Chine domine la fabrication mondiale des médicaments, des technologies digitales et même la croissance verte, car elle affirme miser sur le développement durable. Elle investit aussi la machine onusienne, joue la fervente alliée des pays pauvres, à coups de prêts qui les transforment en vassaux inféodés.

Mais le soft power dissimule mal un réarmement massif. La Chine colonise les mers qui l’entourent. Sa stratégie dite du « collier de perles » installe des points d’appui stratégiques sur la grande route maritime qui la relie au Moyen-Orient, d’où vient son pétrole. L’isolationnisme de Donald Trump la sert. Elle devient la deuxième puissance mondiale.

Cette trajectoire parfaite va trébucher sur le Covid. Du fameux laboratoire P4 et de ses annexes, à Wuhan, dont les officiels américains soulignent dès janvier 2018 l’opacité et le non-respect des règles de biosécurité, un virus mortel se serait-il échappé ? Fidèle à sa pratique, la Chine se tait, censure, refuse de donner l’alerte. Des milliers de personnes meurent, d’abord en Chine, puis dans le monde entier.

La faute chinoise, l’humanité la paie cash. Le confinement généralisé suscite un désastre économique, la faim, la révolte. Même les régimes démocratiques sont tentés par le « modèle » chinois, fondé sur le contrôle strict de la population et le tracking, dont la lutte contre le terrorisme avait déjà initié les prémisses. La Chine, justement, tend une main secourable au monde. Offre son aide, ses machines, ses conseils… La main qui donne est toujours au-dessus de celle qui reçoit.

Nous ne devons pas oublier l’origine de cette gigantesque crise, une mondialisation faillie par un acteur opaque visant à l’hégémonie mondiale. Puisse cette crise infléchir l’affaiblissement continu de l’Occident démocratique face à l’émergence d’une Asie autoritaire, déboucher non sur des replis nationalistes, mais sur la reconstruction d’une Europe unie, d’une Amérique responsable et généreuse, d’une coopération internationale suffisamment forte et désintéressée pour que même les plus vulnérables puissent surmonter à la fois le virus et la pauvreté. Voeu pieu ?

1 Comment on [Lu dans la presse] « La Chine démasquée », par Sylvie Brunel

  1. kakie roubaud // 5 mai 2020 á 0 h 48 min // Répondre

    C’est très idéologique comme approche… je suis déçue qu’une association de géographes tombe dans ce travers.

Répondre à kakie roubaud Annuler la réponse.

%d blogueurs aiment cette page :