« Le Brexit » par Philippe Brillet

Compte-rendu du déjeuner-débat, organisé par la Société de Géographie au Sénat,
le 1er février 2019

 

Les commentateurs, qu’ils soient britanniques ou étrangers, divergent fortement sur le Brexit comme projet politique. Mais ils sont en revanche unanimes pour estimer que l’actuel gouvernement a perdu à la fois l’essentiel de son autorité sur le Royaume et  de son pouvoir de négociation avec l’Europe. S’il n’a pas encore été renversé, c’est tout simplement parce qu’il reste, pour le court terme du moins, le moins mauvais des possibles pour une très large majorité de députés.

C’est cette impuissance même qui rend difficile toute prédiction de l’avenir car, de l’autre côté de la table de négociation, la position de l’Europe repose à la fois sur une base politique et institutionnelle très stable et sur une formulation extrêmement claire, et consensuelle, parmi les 27. Le chaos actuel du Brexit ne reflète donc aucunement la subtilité de négociations complexes, où poker et billard à trois bandes se combineraient potentiellement sans fin, mais bien celui du seul gouvernement britannique.

C’est donc là qu’il faut chercher la réponse à la question qui est posée : où en est le Brexit ? Le spectre est bien large entre son annulation pure et complète, un peu moins inconcevable qu’il y a peu, et une sortie complète de l’Europe sans accord, en passant par de nombreuses versions plus ou moins dures.

Bien entendu, il n’est pas de pays qui n’ait connu des heures sombres marquées par l’impuissance de ses dirigeants, comme nous l’enseigne le temps long de l’histoire, et il pourra paraître surprenant de tout ramener aux seules limites d’un Premier Ministre qui sera peut-être renversé dès demain. Mais le Royaume-Uni est un pays très particulier où la stabilité politique a été érigée en principe absolu depuis des siècles. L’impuissance ne saurait y survenir que de façon exceptionnelle, avant de disparaître aussi vite qu’elle était venue. Le chaos actuel est donc, tout simplement, sans précédent aucun. Cette réalité est, d’abord, totalement insupportable pour ses citoyens, persuadés depuis les années 1860 (cf. John Stuart Mill, Considérations sur le gouvernement représentatif, 1861) d’avoir les meilleures institutions politiques au monde et qui ne peuvent mettre un tel déclassement humiliant qu’au débit de la seule Europe, ce qui renforce leur rage s’ils sont Brexiters… Ensuite et surtout, ce chaos est tout simplement ingérable pour une classe politique qui n’a jamais été confrontée au défi de l’impuissance, fût-ce sur un mode mineur.

C’est donc par cette impuissance inédite qu’il nous faut commencer. Vous la présenter me permettra, d’abord, de répondre le plus précisément possible à la question posée « Où en est le Brexit ? » et, ensuite, de préparer une ébauche de réponse à celle que chacun se pose : « Où va le Brexit ? ».

 

Le Chaos : Où en est le Brexit ?

 

Quelques mots donc, pour commencer, sur l’impuissance de Theresa May et son caractère totalement inédit. Par tradition, la force du Premier Ministre britannique repose sur un triple emboîtement.

  • Le premier est assez inouï vu du reste du monde, puisqu’il ne s’agit de rien de moins que de la souveraineté du parlement. Il est certes banal que la souveraineté du peuple, même dûment inscrite dans une constitution, soit en pratique exercée par le parlement national, mais pas que ce dernier soit très officiellement souverain à la place du peuple, comme c’est le cas au Royaume-Uni. A Londres cette instance ne votera pas, par exemple, la suppression totale des budgets hospitaliers pour financer une glorieuse expédition sur Mars, parce qu’un tel vote irait contre le sens commun et parce que les électeurs ne manqueraient pas de s’en souvenir, mais aucunement parce qu’elle n’en aurait pas le pouvoir ou qu’une quelconque cour constitutionnelle serait en mesure de censurer cette décision. Il en résulte que si le parlement examine avec le plus grand intérêt le résultat de toute consultation populaire, c’est lui qui a -par tradition et sans discussion- le dernier mot.

  • Le deuxième emboîtement réside dans la délégation du pouvoir du parlement, qui est donc souverain, au seul parti majoritaire. Ceci vous paraîtra sans doute bien banal, et l’est de fait dans son principe, mais le système britannique rend cette délégation particulièrement efficace, grâce à plusieurs dispositifs institutionnels.

Tout d’abord le mode de scrutin, uninominal à un seul tour, empêche tout désistement ce qui limite considérablement la capacité des petits partis à survivre en s’agrégeant ponctuellement aux plus grands. Le bipartisme britannique entre Travaillistes et Conservateurs se porte donc fort bien, pour tous les efforts des Libéraux-Démocrates à créer un système tripolaire. Ainsi aux dernières élections (juin 2017), les Conservateurs ont obtenu 42,4% des voix et les travaillistes 40,0%. De plus ce scrutin uninominal à un seul tour amplifie l’écart de voix entre les deux compétiteurs pour le convertir en une majorité plus importante de sièges, respectivement 318 et 262 cette année-là. Les Conservateurs, qui n’eurent que 6% de suffrages exprimés de plus que leurs rivaux, obtinrent ainsi pas moins de 21,4 % de sièges en plus. Au total ce mode de scrutin limite d’abord à deux le nombre de prétendants et fait ensuite en sorte qu’il n’y ait presque jamais de partie nulle, mais bien un vainqueur appelé à dominer le parlement jusqu’aux prochaines élections. Un tel système ne permet pas davantage l’émergence de candidats indépendants et interdit à tout parlementaire -même de premier plan- de quitter son parti, sous peine de mort politique. Il n’est pas possible, comme en France, de se tailler un fief que l’on pourra même éventuellement léguer à son fils. Le parti majoritaire aux Communes est donc bien plus uni qu’ailleurs, et n’y souffre guère de dissidence.

Mais pour éviter tout risque, pourtant bien théorique on l’aura compris, les deux grands partis ont, en sus, mis en place un système assez radical de contrôle de leur base parlementaire : le Fouetteur ! Tel est en effet le nom de celui qui, député lui-même, est chargé de veiller à la bonne obéissance de la quinzaine de ses collègues dont la gestion lui a été attribuée. Il n’y a certes presque aucune chance que certains de ces derniers votent contre le gouvernement, comme nous venons de le voir, mais ils pourraient, à l’occasion, préférer leur circonscription aux séances du parlement, ce qui ferait perdre des voix parfois cruciales. Un message du Fouetteur, souligné d’un trait rouge, indique que leur présence est requise, d’un double trait rouge qu’elle est absolument indispensable et d’un triple trait de la même couleur qu’aucune excuse ne sera admise en cas d’absence, sous peine d’exclusion du parti.

  • Le parlement est donc souverain et délègue sa souveraineté au parti majoritaire. Le troisième et dernier des emboîtements annoncés réside dans la délégation de pouvoir de ce parti, plus exactement des députés de ce parti, en faveur du seul Premier Ministre. Comme le précédent cet emboîtement, assez banal dans son principe, se trouve fort remarquablement structuré au Royaume-Uni.

La Chambre des Communes ayant 650 sièges, sa majorité est de 326 voix. Comme le gouvernement ne se limite pas à une vingtaine ou même une trentaine de personnes, comme en France, mais en comporte un peu plus de 100, tout jeune député fraîchement élu peut espérer, s’il se fait remarquer favorablement, devenir sous-sous-secrétaire d’état lors d’un prochain remaniement. Le sous-sous-secrétaire d’état en place, nécessairement plus aguerri, rêve pour sa part de devenir secrétaire d’état, et ainsi de suite jusqu’aux ministres de second plan dont l’ambition est de rejoindre le saint des saints, à savoir le Cabinet. Il n’y a donc guère de dichotomie, comme en France, entre les responsables du parti, qu’on les appelle caciques, ténors ou éléphants, et les autres mais bien un continuum de fonctions, et surtout d’ambitions. Toute promotion étant entre les mains du seul Premier Ministre, la loyauté à son égard dépasse celle qui est naturellement due au parti mais elle se renforce puissamment de l’ambition personnelle. Votes minoritaires et de défiance sont ainsi des suicides politiques immédiats, confortés à moyen terme par la certitude de ne pas être reconduit comme candidat lors des élections suivantes.

Au total le Premier Ministre règne sans partage sur un gouvernement d’autant plus solide que tous les députés de son parti rêvent d’y entrer ou d’y obtenir une meilleure place, que ces députés forment une majorité solide et stable même dans les cas où elle est numériquement très limitée et, enfin, que cette majorité parlementaire fait tout ce qu’elle veut ou presque puisque le parlement est souverain. Telle est la tradition britannique, et telle aurait due être la force de négociation de Theresa May, au lieu du chaos que l’on observe depuis des mois. Pourquoi ce dernier ? Revenons quelque peu en arrière pour le comprendre.

 

Deux scrutins calamiteux

 

Lors des élections du 6 mai 2010, le parti travailliste au pouvoir depuis treize ans subit une lourde défaite en perdant presque 100 sièges alors que les Conservateurs en gagnaient un peu plus, mais ces derniers partaient de si bas qu’ils n’obtinrent pas la majorité absolue au parlement. Leur leader, David Cameron, dut former une coalition avec le troisième parti, celui des Libéraux-Démocrates (fort de 57 sièges). Cette coalition disposait à la fois d’une large majorité et d’un accord de gouvernement précis, car longuement négocié entre les deux partenaires dont tous savaient qui était le dominant et qui était la force d’appoint. La machine politique fonctionna donc avec l’efficacité traditionnelle, même sous la forme inhabituelle d’une coalition.

Aux élections suivantes, le 7 mai 2015, la combinaison d’un programme politique globalement soutenu par les électeurs et d’une fort habile mise à l’écart progressive des Libéraux-Démocrates permit à David Cameron de donner enfin à son parti la majorité absolue à lui seul. Ainsi puissamment renforcé, il se sentit assez fort pour mettre un terme, qu’il espérait définitif, aux querelles sur l’Europe qui déchiraient les Conservateurs depuis la chute de Margaret Thatcher en 1990, en organisant un referendum sur ce sujet. Les anti-Européens, pour la plupart situés à l’aile droite du parti, allaient être réduits au silence par cette consultation comme les Libéraux-Démocrates, à l’aile gauche de feu la Coalition, venaient de l’être par les élections législatives. Ces Eurosceptiques seraient pris à leur propre piège, et le refus attendu du peuple de les suivre devait les rendre silencieux à tout jamais, car les Britanniques ne pouvaient manquer de suivre le Premier Ministre, détenteur par délégation de la souveraineté nationale comme nous venons de le voir. Son prédécesseur Harold Wilson n’avait-il pas réussi, en 1975, lors du referendum qui avait demandé au peuple de ratifier a posteriori une adhésion européenne réalisée deux ans plus tôt, à convertir un faible enthousiasme (les sondages ne donnant initialement que 43% de oui) en un net assentiment : 67% !

L’échec de David Cameron dépassa de loin le seul cadre des relations anglo-européennes et constitua un véritable choc pour les institutions britanniques : d’abord on pouvait défendre l’idée que le peuple avait été appelé, non seulement à donner une opinion mais véritablement à trancher, puisqu’il était de notoriété publique que le parti majoritaire et le parlement dans son ensemble étaient divisés. Contrairement à la tradition, le résultat d’une telle consultation semblait s’imposer au parlement, pour toute la souveraineté de ce dernier. Telle fut du moins l’opinion de ceux que cette façon de voir arrangeaient, les autres défendant la tradition, chose essentielle pour un Britannique, mais dans ce cas précis d’abord parce qu’elle légitimait leur position.

Ensuite un Premier Ministre peut certes perdre des élections législatives, cela est même très normal, notamment après une longue période de pouvoir, mais ne peut pas être désavoué lors d’un referendum qu’il a provoqué et dans lequel il s’est fortement engagé personnellement : la perte inouïe de prestige obligea David Cameron à démissionner immédiatement. Theresa May fut certes désignée rapidement par ses pairs comme candidate du parti à sa succession, après une campagne interne où elle brilla avec une redoutable efficacité, et elle fut bien sûr agréée par la Reine, mais elle n’avait précisément pas la légitimité de ceux qui étaient devenus Premier Ministre au soir de leur victoire électorale. Son autorité fut d’emblée bien moindre, sur le parlement dans son ensemble comme sur les députés conservateurs.

Dans ce contexte inédit de moindre hégémonie de leur chef, les partisans du Brexit demandèrent, plus haut et plus fort que jamais, le respect de la volonté populaire qu’ils avaient su percevoir avant le reste du parti et de la classe politique, et ils le firent avec d’autant plus de vigueur qu’ils pouvaient accuser les autres députés de refuser le choix du peuple au nom d’une tradition à leurs yeux dévoyée ! Les autres élus conservateurs souhaitaient avant tout, comme David Cameron avant son referendum malheureux, sortir de l’obsession de l’Europe et retrouver l’unité du parti. Il en résulta, logiquement et à l’inverse, un net renforcement de la fracture entre les deux factions du parti conservateur.

Souveraineté du parlement, domination du parti majoritaire et autorité sans conteste du Premier Ministre se trouvèrent ainsi toutes les trois simultanément amoindries.

Theresa May, ralliée à la cause du Brexit au lendemain du referendum au nom du respect de la volonté populaire, souhaitait, comme David Cameron, guérir son parti de sa fracture et elle souhaitait également, comme lui au cours de son premier mandat, retrouver la haute stature qui est traditionnellement celle du Premier Ministre. Elle souhaitait enfin, mais ceci était plus marginal, une position renforcée pour négocier avec Bruxelles. Forte de sondages extrêmement favorables, elle demanda à la Reine de nouvelles élections. Mais elle ne remporta, contrairement à David Cameron deux ans plus tôt, qu’un succès très relatif et dut composer avec un petit parti unioniste d’Irlande du Nord et ses dix élus, le DUP (Democratic Unionist Party), pour obtenir la courte majorité arithmétique qui est toujours la sienne aujourd’hui, aucune des deux seules élections partielles organisées depuis n’ayant modifié la composition de la Chambre.

Les trois délégations de pouvoir, du peuple au parlement, du parlement à sa majorité et de cette majorité au Premier Ministre, déjà ébranlées par l’échec de David Cameron, se virent alors remises en cause de façon plus radicale encore :

  • quelle autorité pour un chef qui avait sacrifié une confortable majorité et conduit à une demi-défaite, n’évitant que de justesse la déroute ?

  • quelle autorité pour un parti plus vraiment majoritaire et peut-être davantage clivé en deux factions hostiles que globalement différent des Travaillistes, au moins sur la question de l’Europe ?

  • quelle autorité enfin pour un parlement hésitant entre mise en œuvre de la volonté populaire et respect de la tradition ?

Deux mécanismes délétères, et qui se potentialisèrent mutuellement, s’enclenchèrent alors : un effet cumulatif, l’erreur d’appréciation de Theresa May reproduisant presque exactement celle de David Cameron, et un effet de miroir, puisque leur parti venait de perdre un pouvoir sans partage pour revenir à cet état douteux de simple coalisé que nul, du simple militant au député, n’avait imaginé devoir subir à nouveau.

Ces élections législatives de juin 2017, au-delà de la question du Brexit qui les avaient motivées, portèrent donc un coup encore plus violent aux institutions que le referendum qui les avaient déjà ébranlées et elles limitèrent considérablement la marge de manœuvre de Theresa May, à Westminster comme à Bruxelles.

Mais contrairement à David Cameron, Theresa May refusa de démissionner. Elle savait bien que les travaillistes étaient trop heureux de la laisser négocier durement avec les 27 et de voir se concentrer sur sa tête la colère de tous les électeurs insatisfaits trouvant, selon les cas, qu’elle en faisait sur ce sujet trop ou pas assez, colère dont ils récolteraient les fruits lors des élections à venir. Elle savait également que les députés conservateurs pro-européens, trop peu nombreux pour peser, allaient la suivre au nom de l’unité du parti, et qu’elle serait également suivie par leurs collègues ‘Brexiters’ tant qu’elle serait, à leurs yeux, suffisamment ferme envers Bruxelles.

Vingt mois plus tard, rien n’a changé ou presque. Theresa May est toujours Premier Ministre car son maintien en fonction reste la moins mauvaise des solutions pour une très large majorité de députés, mais son pouvoir n’a cessé de se déliter et son gouvernement, hors le Brexit qui lui prend toute son énergie, ne gère plus guère que les affaires courantes. Son dernier projet d’accord avec Bruxelles a été massivement rejeté par les parlementaires le 15 janvier et elle essaye désespérément de trouver une solution magique avant le 29 mars… ou bien un délai de grâce… ou bien les deux à la fois. Mais pour faire quoi ?

Le chaos politique ne cesse de s’approfondir et le Brexit d’apparaître complètement enlisé, comme le reproche au gouvernement le puissant magnat australien de la presse, Rupert Murdoch, auteur du néologisme Brextinct pour extinction du Brexit. Tel est le motto de sa virulente campagne actuelle, qui est véhiculée par ses journaux dits populaires et leurs trois millions d’exemplaires quotidiens.

 

Le « Brextinct » ? Où va le Brexit ?

 

Nous quittons désormais le monde de la certitude pour entrer dans celui, bien plus incertain, des probabilités. Mais entre bilan raisonnablement assuré de la situation présente et hypothèses toujours périlleuses sur l’avenir, il est possible d’avancer la réflexion en commençant par examiner, tour à tour, les difficultés de la négociation anglo-européenne et le jeu des acteurs britanniques.

 

Une négociation délicate

 

Les discussions portent sur les cinq points principaux suivants, présentés par ordre croissant de priorité pour Londres :

  • La question de la facture du divorce

Son importance jugée mineure à ce jour est d’autant plus savoureuse, vu du continent du moins, que cette facture sera conséquente et que les Brexiters avaient dépeint l’Europe comme un gouffre financier pour convaincre les sujets de la Reine de voter pour le Brexit.

  • La question écossaise

Lors du referendum, 62% des Écossais avaient voté contre la sortie de l’Union Européenne, et un Brexit même très doux serait difficilement admis dans ce septentrion britannique. De plus l’incorporation de cette nation, en 1707, dans ce qui était alors le nouveau Royaume-Uni de Grande-Bretagne, n’avait été acceptée qu’au prix du maintien des systèmes traditionnels en matière de justice, d’éducation et de religion, couronné par cet accès au marché colonial anglais qui avait été jusque-là si opiniâtrement refusé. La perte des liens commerciaux avec l’Europe, imposée par Londres dans le cadre du Brexit, est considérée par beaucoup, en Écosse, comme une violation éclatante du traité de 1707, violation qui devrait logiquement imposer la tenue d’un nouveau referendum d’indépendance. Cette lecture est bien entendu défendue par les nationalistes du SNP (Scottish National Party), au pouvoir à Édimbourg.

  • La question de la circulation des personnes

Si le Brexit signifie la fin du principe de libre-circulation et de libre installation des citoyens communautaires, tous les intermédiaires sont possibles entre des régimes assez inclusifs, comme ceux en vigueur avec la Norvège et la Suisse par exemple, et l’absence totale d’accord.

  • La question de la circulation des marchandises

L’ambition britannique est, après avoir quitté le Marché Unique, de participer à une zone de libre-échange non-exclusive, permettant de passer des accords commerciaux avec d’autres régions du monde.

  • La question irlandaise

Le souvenir encore très récent du conflit nord-irlandais (les Troubles), qui est d’ailleurs loin d’être vraiment terminé malgré les accords de paix de Belfast (1998) et de St Andrews (2006), impose à tous les acteurs une grande prudence, d’autant que la perte des importantes subventions communautaires actuellement versées soit au titre de l’accompagnement du processus de paix, soit au nom de l’aide aux régions défavorisées va durement toucher l’économie du territoire. Si l’on ajoute que l’Ouest catholique a voté pour le maintien dans l’Union et l’Est protestant pour le Brexit, et que les dix députés de ce dernier sont indispensables à Theresa May pour conserver sa courte majorité, on conçoit que les tensions se cristallisent autour de ce territoire, d’où l’idée d’un « Backstop » permettant de ne de pas réintroduire de contrôle frontalier entre les deux Irlandes, pour les citoyens comme pour les marchandises.

Malheureusement pour Theresa May, tel est également l’ordre des priorités pour Bruxelles. Londres a annoncé vouloir payer son dû sans rechigner, l’Écosse est une question intérieure britannique et la fin de la libre-circulation des citoyens et des marchandises pénaliserait bien davantage les acteurs économiques britanniques que ceux du continent, même si certains d’eux seraient également touchés, notamment dans les pays voisins, comme la France. La frontière inter-irlandaise est donc également le point crucial, ce qui ne facilite guère les compromis. Il n’est tout simplement pas possible aux négociateurs de céder sur un point jugé mineur pour en obtenir un autre considéré comme essentiel !

On pourrait penser que cette dernière focalisation permettrait au moins à Theresa May de ne pas trop se préoccuper des quatre autres questions. Malheureusement pour elle ces quatre champs, même s’ils ne sont donc pas au premier plan des négociations avec l’Union, génèrent de très fortes tensions internes qui pèsent sur son gouvernement :

  • Les questions de la facture du divorce et de la zone de libre-échange sont inlassablement relancées par le patronat, qu’un gouvernement conservateur peut difficilement ignorer.

  • Dans l’ensemble des pays celtes, la question de l’avenir de l’Écosse est jugée tout aussi cruciale que celle de l’Irlande, pour elle-même et pour leur impact réciproque.

  • Enfin et surtout sans doute, il existe dans la population un fort segment radicalisé en faveur du Brexit, pour qui bloquer l’arrivée des étrangers est la motivation principale.

 

Un jeu d’acteur complexe

 

Le parti conservateur au pouvoir est complètement éclaté en quatre tendances principales :

  • quelques rares députés favorables au maintien dans l’Union (Remain),

  • un groupe d’élus, sans doute conséquent mais difficile à estimer, pensant que la position médiane de Theresa May, entre Brexit dur et Brexit doux, est globalement correcte mais que certains points des projets successifs d’accord avec Bruxelles n’étaient pas acceptables,

  • ceux qui suivent globalement Theresa May, fut-ce avec des réserves. Rappelons qu’elle même était initialement en faveur du Remain mais elle considère que le vote populaire doit être honoré,

  • les Brexiters durs qui crient à la trahison devant l’accord signé avec Bruxelles et qui ont obtenu son rejet par les Communes. Ce sont eux qui relaient le néologisme « Brextinct ».

La base du parti travailliste est largement favorable au Remain, le groupe parlementaire est un plus partagé et le leader, Jeremy Corbyn, favorable à un Brexit doux, au nom du respect du vote populaire exprimé lors du referendum et de la tradition du parti. On remarque que sa position ne diverge donc guère sur le fond de celle de Theresa May, ce qui montre que le bipartisme fondateur ne fonctionne plus. Ce leader ayant été élu par la base avec une très large majorité, contre l’avis du groupe parlementaire qui le trouvait bien trop radical, il ne saurait être menacé par ce dernier et il apparaît que cette base lui fait toujours largement confiance, même si elle regrette précisément son soutien au Brexit. Jeremy Corbyn laisse donc Theresa May avancer sous les coups du parlement et les rebuffades de Bruxelles, sans indiquer de façon très claire ce qu’il compte faire à l’issue des prochaines élections qui sont prévues, sauf dissolution anticipée, pour 2022.

Le parti Libéral-Démocrate est totalement pour le Remain, mais ses 12 députés pèsent bien peu. Il demande un second referendum.

A l’inverse Le parti indépendantiste (UKIP) soutient bien sûr le Brexit le plus radical possible. Il n’est plus aujourd’hui qu’un groupuscule, sans représentation à Westminster, mais l’unique endroit où il pèse encore de façon significative est précisément le parlement européen où ses 24 élus font campagne contre le Brextinct.

Les dix Unionistes nord-irlandais sont globalement en faveur du Brexit, pas nécessairement très dur, mais ils sont totalement hostiles à tout dispositif traitant leur territoire de façon distincte du Royaume-Uni. Or leur appoint reste indispensable à Theresa May ! On se souvient qu’en décembre 2017 un simple appel téléphonique de leur leader l’avait obligée au dernier moment à renoncer à finaliser un accord annoncé encore la veille comme imminent. Cette force des Unionistes est d’autant plus délicate pour le Premier Ministre qu’elle a tout autant besoin des treize Conservateurs écossais qui sont, à l’inverse, favorables à un Brexit doux. Il lui est tout simplement impossible de satisfaire simultanément ces deux groupes.

Le Parti Nationaliste Écossais (SNP) considère que l’altération substantielle des relations euro-britanniques sera telle qu’elle imposera de redéfinir les relations entre les nations dites fondatrices à l’intérieur du Royaume-Uni et réclame, comme nous l’avons vu, un second referendum pour l’indépendance de l’Écosse.

Il n’y a donc aucune majorité parlementaire pour quelque scénario que ce soit. La situation est d’autant plus confuse que les deux principaux partis, fort divisés comme on l’a vu, combattent à fronts renversés : les Travaillistes ont longtemps été plutôt opposés au projet européen, suspect de promouvoir le libéralisme, mais la base du parti est aujourd’hui très largement hostile à l’idée même du Brexit, même doux, comme le défend son chef. Symétriquement, les Conservateurs ont été les moteurs de l’adhésion et même Margaret Thatcher a été bien moins anti-européenne que l’on a bien voulu le faire croire. Mais le parti abrite depuis l’origine un élément nationaliste très virulent, déjà actif en 1975 et qui n’a fait que croître en nombre et en détermination.

On peut également parler de fronts renversés pour caractériser la position sur ce sujet en fonction de la classe sociale : le grand patronat est totalement hostile au Brexit, alors qu’une majorité des ouvriers et des plus modestes le soutient.

Bien sûr, éclatement partisans et fronts renversés nourrissent encore un climat délétère qui les complique en retour et rend toujours plus difficile la tâche de l’actuelle Premier Ministre, comme celle de ceux qui tendent de rendre compte de la vie politique britannique…

 

Que peut-il advenir in fine ?

 

Theresa May a obtenu la confiance de son groupe parlementaire le 12 décembre 2018 (par 200 voix contre 117) et son rôle de leader ne peut pas être remis en cause avant un an, selon les statuts du parti conservateur.

Ses opposants au sein de son propre gouvernement peuvent théoriquement voter une motion de défiance, qui serait adoptée à la majorité simple. Dans ce cas le parti aurait 14 jours pour présenter un nouveau leader, son gouvernement et obtenir la confiance du parlement. Sinon ce dernier serait dissous et de nouvelles élections organisées. Un tel vote de défiance est assez improbable, à court terme du moins. D’abord parce que le groupe parlementaire vient précisément de renouveler sa confiance à Theresa May, ensuite parce que les ministres insatisfaits sont partis d’eux-mêmes les uns après les autres, et continuent à partir…

Le parlement pourrait encore voter, non la défiance à son égard, mais une motion demandant de nouvelles élections. Mais cela nécessite une majorité des deux-tiers. Les mécontents sont certes probablement déjà bien assez nombreux pour cela, mais ils le sont pour des raisons opposées. Par ailleurs de nombreux députés, quelle que soit leur affiliation partisane, ne souhaitent pas risquer leur siège…

Il reste bien sûr une quatrième et dernière possibilité de départ pour Theresa May : démissionner. Mais tant son caractère que sa conduite des opérations jusqu’à aujourd’hui rendent cette option extrêmement peu vraisemblable, hors une situation d’humiliation qui pourrait survenir. Elle a par ailleurs indiqué qu’elle ne conduirait pas les Conservateurs à la bataille lors des prochaines élections générales, et peut donc se concentrer sur le court et le moyen termes.

Une première chose est donc, sinon sûre du moins très probable, dans ce chaos. C’est bien Theresa May qui va continuer à conduire les négociations avec l’Europe et avec sa classe politique, pendant les prochains mois. Elle le fera avec d’autant plus d’assurance que le parlement a rejeté un texte visant à donner aux députés la liberté de vote en matière de Brexit (l’amendement Grieve) le 29 janvier.

Face à cette réalité l’Europe, même si elle va sans doute persister dans son refus de toute renégociation globale (sauf si les élections de mai devaient changer la donne politique de façon majeure, ce qui apparait peu probable), ne peut désormais plus se contenter d’attendre que May s’affaiblisse toujours davantage ou qu’un nouvel interlocuteur la remplace. Par ailleurs, même s’il est clair que le Royaume-Uni a bien plus à perdre que les 27 d’une sortie sans accord, un tel scénario ne serait pas sans effet économique sur l’Europe et se doit d’être évité. Ceci ouvre une petite fenêtre d’opportunité, d’autant que les élections européennes approchent, fenêtre que Theresa May a bien l’intention d’exploiter au mieux.

Le temps des allers-retours réguliers sur le continent pour tenter d’arracher des micro-concessions vouées à être ensuite rejetées par les Communes est donc passé. Elle a obtenu le 29 janvier de cette Chambre le mandat de rouvrir les négociations, mandat dont elle n’avait nul besoin, mais assorti de l’engagement des députés d’accepter tout nouvel accord qui les satisferaient sur la seule question de la frontière inter-irlandaise. Elle a donc su recréer une ébauche de cette délégation de pouvoir qui faisait traditionnellement la force des Premiers Ministres de Sa Majesté, et ses interlocuteurs européens savent qu’une avancée significative sur la seule dimension irlandaise du Brexit mettrait enfin un terme à un processus volontiers qualifié d’« histoire sans fin ».

De plus cette dimension a l’immense avantage de pouvoir être discutée directement avec le seul gouvernement de l’Irlande du Sud. L’Europe ayant constamment affirmé qu’elle refuserait tout projet n’ayant pas l’assentiment de la République, on peut supposer qu’elle accepterait un texte co-négocié par Dublin et Londres, comme elle avait validé sans difficulté le pré-accord bilatéral anglo-hispanique sur l’avenir de Gibraltar après le Brexit.

Négocier avec l’Irlande est toutefois particulièrement délicat, même si les deux Etats en ont une très longue expérience, d’abord parce que l’histoire croisée des deux îles est fort douloureuse et ensuite en raison de la personnalité des deux Premiers Ministres, même s’ils sont assez proches sur le plan économique. L’inflexibilité de Theresa May, fondée explicitement sur le fait qu’elle se revendique « fille de l’Église d’Angleterre », est très mal perçue en Irlande, sans même parler de sa dépendance envers le DUP honni. Symétriquement, ce dernier et de nombreux Conservateurs britanniques, par principe méfiants envers la République, ne tiennent pas en haute estime ce Leo Varadkar qui cumule extrême jeunesse (40 ans), naissance d’un père indien et homosexualité déclarée !

Au-delà de ces questions d’image, l’habileté de son homologue irlandais est une autre source de difficulté pour Theresa May. D’un côté, il s’inquiète publiquement et itérativement d’un éventuel « lâchage » partiel du reste de l’Europe, ce qui entraine à chaque fois des protestations immédiates de loyauté venant de Bruxelles, de l’autre, il se déclare ouvert à toute discussion avec Londres et même avec le DUP, qu’il a rencontré le 8 février. Il apparaît ainsi ouvert à l’idée de compromis, à condition d’apparaître comme celui par qui le drame a été, au dernier moment, et de justesse, évité.

Ce contexte récent de focalisation extrême sur la question inter-irlandaise et d’un léger éclaircissement de l’horizon pour Theresa May stimule également la réflexion des députés britanniques qui, de façon très discrète, multiplient les contacts trans-partisans entre tenants des multiples variations potentielles du Brexit. D’où, par exemple, le compromis dit Malthouse, certes interne au seul parti conservateur mais élaboré par un groupe de députés de premier plan, Brexiters et Remainders associés, compromis qu’ils rendirent public le 28 janvier après son acceptation par le DUP. Ce projet se fonde sur trois points :

  • Pas de contrôle à la frontière nord-irlandaise,

  • Garantie réciproque des droits des citoyens,

  • Extension jusqu’à la fin de 2021 de la période dite de transition, pendant laquelle le Royaume continuerait à suivre les directives communautaires et à contribuer au budget.

Ce compromis, voté par le parlement le 29 janvier sous le nom d’amendement Brady, a le grand avantage de paraitre, a priori, très recevable à Dublin et à Bruxelles ; mais il ressemble à un étrange abandon de positions de principe et est donc très surprenant. On peut en avancer deux interprétations non exclusives :

  • la résistance frontale de l’Europe a fini par payer, et de nombreux députés britanniques favorables au Brexit ont compris qu’ils n’avaient qu’un choix binaire entre deux options : sortir sans accord ou accepter un accord peu satisfaisant. Le coût économique et politique d’une sortie « sèche » étant mieux estimée avec le temps et son caractère massif évident, la seconde option – longtemps vouée aux gémonies – leur serait apparue in fine comme un moindre mal. Pour qu’elle soit acceptable sur le continent, toute nouvelle proposition d’accord devait prendre frontalement en compte les deux points les plus sensibles du point de vue de l’Europe : la frontière inter-irlandaise et la circulation des personnes.

  • seconde interprétation : la conjonction d’un retour de la frontière, demande centrale des Brexiters et des unionistes nord-irlandais, et d’absence de contrôle, impératif de Dublin et de Bruxelles, serait en fait rendu possible par un seuil technologique prometteur, le « max fac » pour « maximum facilitation ». Il n’existe certes que partiellement seulement à ce jour, d’où l’intérêt d’un délai supplémentaire pour la période transitoire, mais la technologie progresse si vite…

Chacun aura compris qu’aucune de ces deux interprétations n’est vraiment crédible. Le réalisme est sans doute plus présent qu’il y a quelques mois au sein du parlement britannique, mais sans doute pas au point qu’une majorité de députés accepte des sacrifices majeurs. Quant au « max fac », si l’on comprend le contrôle automatique des plaques d’immatriculation, comme dans les péages autoroutiers, on conçoit mal comment les humains pourraient être contrôlés sans avoir à s’arrêter… L’adjointe de Michel Barnier, Sabine Weyand, a immédiatement réagi en déclarant que la technologie ad hoc n’existait tout simplement pas.

Alors, et ce sera mon dernier point, que va-t-il se passer ? L’Europe peut faire semblant de croire en ce projet, et accorder du temps pour le mettre en œuvre, temps qui prolongera le statu quo autant que nécessaire. Aucune des parties ne perdraient ainsi la face et chacune pourrait affirmer ne pas avoir cédé.

Ce scénario se heurte toutefois à un obstacle majeur, les élections européennes du mois de mai. Si le Royaume-Uni est encore membre à cette date, il faudra bien y organiser ce scrutin, ce qui entrainerait une réaction très virulente des partisans du Brexit, qu’ils soient simples citoyens ou députés. Mais si un seul des 28 états membres n’envoie pas de représentants au parlement de Strasbourg, ce dernier ne peut se réunir.

Donner du temps au temps est donc une option séduisante mais qui nécessiterait de trouver un artifice juridique pour contourner l’obstacle de ces élections, ce qui semble difficile mais qui, après tout, ne l’est pas plus que croire au « max fac »…

L’Europe peut aussi, presque symétriquement, laisser la sortie sans accord se matérialiser. Cette issue n’est certes pas impossible, dans la mesure où chacun des deux camps affirme haut et fort qu’il saurait la gérer s’il devait y être conduit par l’intransigeance de l’autre, mais il s’agit sans doute là d’abord de rhétorique, car chacun d’eux y perdrait beaucoup. Ces déclarations d’intention fermes et répétées permettent surtout de multiplier les rencontres et les négociations discrètes, comme de préparer la population à leur éventuel échec.

Léo Varadkar et le DUP sont maintenant au cœur de ce jeu de dupes, pratiqué depuis bien longtemps en Irlande. S’ils arrivent à trouver un compromis, il est très probable que Londres et Bruxelles les suivent. Mais vont-ils y parvenir ? Les déclarations récentes du Premier Ministre irlandais le laissent entendre, mais il a reconnu avoir été totalement surpris en décembre 2017 par le veto du DUP …

Pour compliquer les choses, le parlement britannique a certes adopté le 29 janvier un texte réaffirmant son opposition à une sortie sans accord, fût-ce d’extrême justesse seulement, mais ce texte n’est pas contraignant et, surtout, il fut présenté par Jérémy Corbyn dont l’ambition principale était sans doute de limiter la marge de manœuvre de Theresa May.

Reste enfin la possibilité d’un second referendum. Il ne saurait porter à nouveau sur la question « rester ou partir », qui a déjà été posée, mais pourrait consister à demander au peuple s’il est satisfait des modalités du Brexit, ce qui semble de fait assez raisonnable. Mais de telles modalités n’existent pas, puisque les députés ont rejeté l’accord de sortie, et tous les autres plans (dont le Malthouse devenu Brady) sont soumis à un accord de Bruxelles qui reste plus que douteux. De plus il est désormais tout simplement impossible d’organiser une telle consultation avant le 29 mars.

Le chaos, et le suspense, vont donc continuer.

1 Comment on « Le Brexit » par Philippe Brillet

  1. Merci de ce texte qui vient éclairer tous les enjeux actuels de la question du brexit, car il est devenu vraiment compliqué d’en saisir toutes les dimensions ! Et j’ai passé un petit bout de temps à pouvoir trouver un article comme le votre qui aborde en profondeur tous ces aspects!

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