Samuel Depraz : « L’espace protégé nous renvoie à nos désirs de nature et à notre conception morale de la liberté et de l’altérité »

La question de la protection de l’environnement peut sembler évidente tant les attentes à son égard apparaissent aujourd’hui consensuelles. Cependant, par-delà la lecture empreinte de romantisme dont elle fait souvent l’objet, celle-ci soulève des questionnements complexes qui tiennent à la difficulté même de définir la notion de protection de l’environnement. Maître de conférences en géographie-aménagement à l’Université Jean Moulin Lyon III, Samuel Depraz revient pour nous sur une question chaque jour plus actuelle, à la bascule entre sciences naturelles et sciences humaines.

 

 

Une part importante de vos travaux est consacrée à la question des espaces « naturels » protégés dans le monde. L’attention portée à la protection de l’environnement est-elle unanimement partagée à l’échelle de la planète ? Peut-on proposer une cartographie de ces espaces ?

 

La protection de la nature avec, en son sein, la volonté de création de grands parcs et réserves naturelles, est devenue il est vrai une préoccupation mondiale depuis la fin du XXe siècle et les principaux sommets de la terre qui ont permis de porter cette idée sur la scène politique internationale (Stockholm, 1972 ; Rio, 1992). La Convention sur la Diversité Biologique, qui rassemble aujourd’hui 168 États signataires représentatifs de tous les continents, est sans doute l’outil le plus marquant dans ce domaine pour soutenir l’effort international de protection de la nature. Les objectifs d’Aichi (2011-2020), qui en découlent, fixent ainsi un agenda, un rythme de création d’espaces protégés, et ont contribué à promouvoir l’extension de la couverture en espaces protégés aux étendues maritimes.

D’un strict point de vue quantitatif et spatial, le suivi cartographique des espaces naturels protégés est relativement bien fait depuis que l’UICN [1] a mis en place, dans les années 1960, un inventaire mondial des espaces protégés qui recense et situe les quelque 230 000 espaces protégés existant de par le monde, lesquels couvrent environ 17% des terres émergées – soit l’équivalent de l’Afrique. On retrouve aujourd’hui cet inventaire en ligne, sous une forme participative et géoréférencée, sur le site www.protected-planet.org. Cependant ce travail est parfois hétérogène, compte-tenu de la qualité très diverse des informations délivrées par chaque pays. Il faut aussi souligner l’existence de nombreux « parcs de papier », qui ne figurent que dans les textes de loi de leur pays et n’ont en réalité aucune existence concrète sur le terrain, faute de financement, de personnel et donc d’actions effectives de protection de la nature.

L’interprétation de la diffusion des politiques de protection a été menée par plusieurs géographes dont on peut trouver une synthèse efficace dans l’Atlas mondial des espaces protégés (éditions Autrement, 2012). L’idée de protection de la nature est essentiellement d’origine européenne et nord-américaine, inspirée certes par l’écologie scientifique, mais aussi par le mouvement romantique et les intérêts nationaux en faveur d’une promotion touristique et culturelle des lieux de nature les plus emblématiques de chaque pays. Les parcs nationaux en sont l’objet le plus visible, mais on compte plus d’une centaine de statuts différents d’espaces protégés de par le monde. On observe ensuite leur diffusion précoce dans les pays « neufs » dominés par la culture anglo-saxonne, à la fin du XIXe siècle (Australie, Afrique du Sud, Nouvelle-Zélande), ou bien dans le cône sud-américain. La période coloniale les porte en Afrique ou en Inde, sous la forme de réserves de chasse ou de réserves forestières principalement, puis, avec les indépendances, sous la forme de parcs nationaux. La péninsule arabique ou l’Asie du Sud-Est se sont converties bien plus tardivement à cette politique internationale.

Cependant, cette cartographie de la diffusion de l’idée de protection de la nature ne doit pas masquer non plus le fait que l’attention à la nature reste une production culturelle de l’Occident s’appuyant sur le dualisme nature/culture caractéristique de la modernité. Les espaces naturels protégés sont un moment culturel de l’histoire de la protection, lequel n’était pas nécessairement unanimement partagé auparavant. En effet, protéger la nature, c’est déjà penser cette dernière en-dehors des sociétés humaines ; or de nombreuses autres ontologies, telles l’animisme ou le totémisme, ne fonctionnent pas sur ce « grand partage », selon les termes de Philippe Descola. De nombreuses sociétés traditionnelles fonctionnent avec ou dans la nature, selon des modes de valorisation relativement peu prédateurs envers les ressources.

Et il faut aussi s’interroger sur l’outil que constituent les espaces naturels protégés : sont-ils les plus adaptés et les plus efficaces pour protéger la nature ? D’autres démarches, plus axées sur une écologie de la réconciliation, prônent en effet une protection de la nature totalement intégrée à toutes les actions humaines – ainsi, les politiques de connexité écologique, de trames et de réseaux ou de promotion de la « nature ordinaire », jouent tout autant leur rôle dans l’idée de protection de la nature. La protection de la nature ne se résume donc pas aux seuls espaces protégés, tandis que d’autres représentations culturelles du naturel sont à prendre en considération.

 

Par-delà leur dimension écologique, comment les politiques aboutissant à la création et à la gestion d’espaces « naturels » protégés nous renseignent-elles sur les relations que les sociétés entretiennent avec la nature ?

 

Les espaces naturels protégés sont avant tout des objets sociaux. Ils sont tout à fait assimilables à une mesure d’aménagement du territoire. Certes, leur existence est justifiée par des critères relevant de l’écologie scientifique ; mais leur statut concret est d’abord établi par un texte réglementaire qui ajoute une intervention sociale sur une portion d’espace et fixe des modalités d’usage (ou de non-usage) de ce périmètre. Ce texte réglementaire trahit alors, comme toute mesure de droit, un choix de société.

Certains espaces naturels protégés sont très stricts (réserves intégrales, d’accès contrôlé ; cœurs de parcs nationaux, interdits d’activité et de séjour permanents), et montrent l’influence d’une écologie très radicale, ou préservationniste. Parfois cependant, l’argument écologiste peut être doublé par une volonté de contrôle centralisée, par l’État, sur ses territoires ; certains parcs ont ainsi été établis précisément pour mieux asseoir la légitimité du contrôle politique d’un État sur des marges frontalières encore mal stabilisées, comme le long de la frontière australe Argentine-Chili après les années 1930 ou en Afrique, lors de la décolonisation. D’autres espaces protégés, plus souples, reposent sur des mesures contractuelles intégrant une aide au développement rural, et visent à associer les acteurs locaux aux politiques de protection, selon le paradigme du développement endogène. Ce sont donc des mesures conservationnistes, où la protection repose plus sur l’incitation que sur la contrainte. D’autres outils encore sont totalement dévolus aux peuples autochtones (Australie, Brésil par exemple) et promeuvent ainsi une protection par le maintien d’une propriété collective des terres et l’application des règles d’usage communautaires du territoire. Enfin, l’espace protégé peut être aussi essentiellement voué au développement touristique et économique, selon une approche très ressourciste de la nature.

Comme pour bien d’autres décisions d’aménagement, la création d’un espace naturel protégé, sur le terrain, est source de conflits : opposition aux restrictions d’usage de l’espace, associations de riverains de type NIMBY, manifestations pro/contre la régulation de la grande faune sauvage, etc. L’ensemble de ces tensions trahit, fondamentalement, les divergences de représentation sociale quant au rôle que l’on assigne à la nature dans le territoire, qu’elle soit nature « sauvage », nature-paysage touristique ou nature entretenue par et pour les sociétés rurales. L’espace protégé nous parle ainsi de nos propres représentations du monde. Il nous renvoie à nos désirs de nature et, à travers elle, à notre conception morale de la liberté et de l’altérité.

 

Vos travaux récents convoquent la notion de « capital environnemental ». Comment la définissez-vous et en quoi permet-elle de mieux comprendre les enjeux environnementaux d’aujourd’hui ?

 

La notion de capital environnemental est en réalité une proposition de recherche élaborée par une équipe du laboratoire Géolab de l’Université de Limoges, sous le pilotage de Frédéric Richard. Le terme a été développé et débattu lors d’un important colloque en 2015, lequel a donné lieu à plusieurs séries de publications dans des revues scientifiques (Développement durable et territoires, Norois, VertigO). J’ai eu le plaisir d’être associé à la direction de l’une d’elles, aux côtés de Sylvain Guyot (Université Bordeaux Montaigne).

Le capital environnemental n’a que peu à voir avec un actif financier, ni avec l’idée du « capital naturel » que constituent les ressources du sol et du sous-sol. Il s’agit avant tout d’une notion sociologique qui dérive de l’analyse bourdieusienne du capital social. Le capital environnemental permet de mettre en avant la valeur socio-économique contemporaine de l’environnement.

Il désigne, selon ses auteurs, « l’ensemble des investissements dans l’environnement effectués par des acteurs selon des représentations, intérêts et systèmes de valeur propres ». Ce qu’il faut entendre par là, c’est que l’environnement doit être reconsidéré aujourd’hui bien au-delà de sa stricte dimension écologique ou émotionnelle. Il s’agit d’un véritable levier d’action sur les territoires, dont le poids économique et politique est devenu incontournable. En spécialisant leurs discours et leurs actions dans le champ environnemental, de nombreux acteurs – qu’ils soient par exemple agriculteurs spécialisés dans les circuits courts et/ou la production biologique, artisans dans l’écoconstruction, entrepreneurs touristiques versés dans le tourisme de nature, ou encore militants associatifs en écologie – font plus qu’adopter un nouvel habitus. Ils convertissent tout ou partie de leurs capitaux financiers, culturels et symboliques en une nouvelle forme d’investissement qui impacte directement l’organisation des territoires et les systèmes de valeur locaux : achat de foncier, rénovation rurale, établissement de réseaux commerciaux et associatifs, acquisition de responsabilités politiques locales, etc.

Ce capital social, multiforme, s’accumule en général dans certains lieux jugés à forte valeur naturelle, notamment les espaces naturels protégés ou les terroirs agricoles de qualité. Cependant, il influe aussi plus largement sur l’écologisation des pratiques dans d’autres espaces plus ordinaires a priori, comme les jardins partagés ou les actions de renaturation en milieu urbain. Il impacte aussi les actions locales en termes de régulation environnementale en imposant les normes de ses porteurs : qualité de l’eau, gestion différenciée des espaces verts, compostage urbain, etc. Enfin, tout en s’inscrivant dans une attente sociétale largement partagée en faveur de la protection de l’environnement, le capital environnemental peut aussi devenir un moteur de sélection sociale et territoriale, comme le montrent les analyses de situations de gentrification rurale que porte également l’université de Limoges.

Penser l’environnement comme un capital social, c’est ainsi montrer comment les formes classiques du capital social de Bourdieu peuvent s’actualiser dans le champ environnemental, se concentrer aux mains de certains groupes sociaux plutôt que d’autres et générer, par conséquent, des rivalités voire des luttes de pouvoir.

 

Développement rural et protection de l’environnement sont aujourd’hui omniprésents dans les discours des acteurs territoriaux, publics comme privés. A première vue antinomiques, ces deux objectifs peuvent-ils toutefois être conciliés ?

 

À dire vrai, la conciliation est une nécessité dans la mesure où les périmètres de protection de la nature sont désormais omniprésents dans la réglementation des territoires ruraux telle qu’elle figure dans les Codes de l’urbanisme et de l’environnement. L’extension des zones Natura 2000 impose la participation des acteurs locaux aux comités de pilotage pour l’élaboration d’un document d’objectifs en commun ; les documents d’urbanisme locaux doivent faire mention des ZNIEFF, des Arrêtés de protection du biotope et appliquer toute autre servitude d’utilité publique à portée environnementale. Plus encore, la constitution de continuités écologiques, décidée depuis les lois Grenelle de 2010, et élaborée dans les SRCE (Schémas régionaux de cohérence écologique), doit être prise en compte dans l’élaboration du Projet d’aménagement et de développement durable dans les documents d’urbanisme, tout comme la maîtrise de la consommation du foncier dans les SCOT. Et on n’oubliera pas que la première mesure réglementaire de protection de la nature sont encore les zones N (dites « naturelles ») ou les Espaces boisés classés des PLU !

Les acteurs ruraux travaillent cependant de plus en plus dans cet esprit. Les exploitants agricoles, par l’intermédiaire des MAEC (Mesures agro-environnementales et climatiques) de la Politique agricole commune, ou des classements en « zone défavorisée » de l’Union européenne, dont certains critères relèvent de zonages de protection de la nature, peuvent bénéficier de soutiens renforcés à leur activité en cas de mise en œuvre de mesures de protection de la nature sur leurs parcelles. Les SAFER ont aussi en partie réorienté leur action en faveur de la constitution de réserves foncières à valeur environnementale. L’ONCFS, acteur de la chasse et de la faune sauvage, participe à la gestion des grandes Réserves nationales de chasse et de faune sauvage. L’Office national des forêts lui-même intègre des séries à usage récréatif et écologique dans les forêts publiques dont il a la charge ; il porte la création de Réserves biologiques intégrales ou dirigées en forêt, et d’îlots de sénescence, pour permettre la libre évolution des forêts âgées et la constitution de bois mort favorable aux saproxylophages. L’espace rural est, ainsi, déjà devenu un lieu essentiel de gestion de la nature protégée.

Certes, il existe encore des réticences politiques à l’intégration des mesures de protection de la nature dans les stratégies de développement rural. C’est généralement le fait de groupes de pression locaux, parfois chasseurs, parfois cultivateurs, ou encore d’usagers de l’espace rural bien particuliers, comme les adeptes des sports motorisés ou les gestionnaires de domaines skiables, pour ne citer que les cas les plus fréquents d’opposition. Cela peut bloquer l’adhésion d’une commune à un projet de Parc naturel régional, à une charte de Parc national, ou retarder la mise en œuvre de mesures réglementaires en fonction des réponses aux dossiers d’enquête publique ou de l’existence de recours administratifs. Mais c’est aussi une question de temps et d’habituation à l’écologisation croissante des discours au sein des espaces ruraux. En effet, plus que l’innovation environnementale en elle-même, l’irruption d’une nouvelle décision de protection vient d’abord déstabiliser les équilibres politiques et territoriaux locaux, voire réveiller de vieilles rivalités que l’on croyait éteintes : il faut donc un temps d’adaptation, un cycle social pour rendre le nouveau contexte légitime. C’est ce que je nomme dans mes recherches « le temps de l’acceptance », ce concept désignant le passage d’une acceptation de façade, contrainte et encore sujette à réticences, à un mode d’acceptation sociale plus profond, où les valeurs ont eu le temps de converger entre les acteurs locaux.

Il faut donc bien insister sur ce point : on présente trop souvent les tensions autour des espaces naturels protégés comme un conflit homme/nature, ou écologie/économie, dans une dichotomie apparemment indépassable ; or il s’agit bien avant tout d’un conflit interne à la société, c’est-à-dire d’une opposition entre deux groupes sociaux ayant deux options d’aménagement du territoire concurrentes. Si l’on pose bien cette idée comme préalable, alors la conflictualité environnementale devient soluble dans un travail collectif sur la convergence entre représentations sociales du territoire.

 

Vous montrez que la  question de la protection de l’environnement est éminemment géopolitique. A partir de quand et pourquoi la « nature » est-elle devenue un enjeu politique central ?

 

Il faut sans doute d’abord s’entendre sur le terme de géopolitique. Si l’on veut bien suivre l’approche proposée par Yves Lacoste, on entend par géopolitique une étude des rivalités de pouvoir entre groupes d’acteurs qui se mobilisent pour le contrôle d’un territoire, et ceci à toutes les échelles – donc pas uniquement entre États et à l’échelle internationale. Le conflit entre éleveurs et écologistes autour de la réintroduction d’ours slovènes dans le Val d’Aran (Pyrénées catalanes) est géopolitique, tout comme l’est le partage de l’eau au Proche-Orient.

Dès lors que la question de la protection de l’environnement est territorialisée, elle est automatiquement génératrice de rivalités géostratégiques, et ceci de plusieurs manières. Dans le cas des espaces naturels protégés, la création d’un parc ou d’une réserve peut servir de prétexte pour prendre le contrôle d’un territoire ou pour affaiblir des minorités ethniques, comme on a pu le constater lors de la création des premiers parcs nationaux contre les populations indiennes aux États-Unis, au Canada, ou contre les aborigènes en Australie. Il en a été de même lors de l’Apartheid en Afrique du Sud, avec l’éviction des Zoulous et autres groupes autochtones lors de la création des grands parcs nationaux. On soupçonne de telles visées dans l’histoire récente d’autres territoires (résistants du Chiapas mexicain, Adivasis indiens, Miao du Guizhou chinois). D’une manière générale, les situations de déguerpissement de populations riveraines lors de la création de grands espaces protégés posent la question de la légitimité morale des actions de conservation lorsqu’elles portent atteinte à des groupes sociaux déjà fragilisés. On estime ainsi qu’il existe plus de 10 millions de « réfugiés de la conservation » à travers le monde : bien moins que d’autres types de réfugiés, politiques ou climatiques, mais le motif de leur éviction reste ici surprenant.

Plus indirectement, la protection de la nature peut véhiculer les intérêts des grandes ONG de protection de la nature, essentiellement issues des pays les plus riches, et qui étendent ainsi leur action sur le territoire d’États moins avancés. Les plus grandes d’entre elles, à la tête d’actifs financiers et fonciers de plusieurs milliards de dollars de valeur, et fortes d’un réseau d’expertise et de membres à portée internationale, interviennent dans le refinancement de la dette des États les moins avancés contre l’établissement de servitudes environnementales ; elles peuvent aussi co-financer et co-gérer des parcs et des réserves, participer à la création d’agences environnementales pour le développement d’espaces protégés (ex : Gabon, Bhoutan) et développer des programmes de paiement pour services écosystémiques, avec le soutien de gouvernements et d’institutions internationales dans le domaine du développement. Se pose alors la question de « l’ingérence écologique » de ces acteurs sur les pays des Suds, pour citer Georges Rossi, mais aussi la question de l’accaparement des terres, en cas d’achat de foncier pour les besoins de la protection de la nature. On se souvient par exemple de l’action de Douglas Tompkins, riche propriétaire des marques Esprit et The North Face, qui a créé au Chili le parc de Pumalín sur 3250 km², uniquement par maîtrise foncière. L’emprise pouvait porter atteinte à l’extension de la Route australe, reliant le pays du nord au sud, et a nécessité une expropriation partielle, avant que le parc ne devienne propriété de l’État à la mort de l’investisseur.

Plus rarement, les politiques de protection de la nature peuvent œuvrer au contraire à l’effacement symbolique de rivalités transfrontalières, à l’image des Parcs pour la paix d’Afrique du Sud, créés à partir de 1990 pour surmonter les barrières entre nations d’Afrique australe. Et si la frontière entre les deux Corées reste très vive, elle est déjà identifiée par les écologistes comme le lieu d’une haute biodiversité, faute d’usage. Ceci pourrait en faire symboliquement aussi un espace de réconciliation par la nature en cas d’hypothétique réunion, suivant en cela l’exemple de l’ancienne frontière interallemande, déjà valorisée comme telle.

Dès lors qu’on veut bien admettre que la notion de « nature » est tout sauf naturelle, mais bien le produit d’un construit social, culturellement situé – et sans la confondre avec les objets physiques qui la composent – on découvre alors toute la profondeur de ses significations culturelles et symboliques. C’est cela qui fait de la nature une source de conflits d’usage et de tensions géopolitiques à toutes les échelles.

 


[1] Union internationale pour la conservation de la nature, organisme para-onusien notamment en charge du suivi des espaces protégés et de la liste des espèces menacées.

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