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On a marché sur la Lune !

L’expédition scientifique de la Société de Géographie au Parc d’Ischigualasto, en cette journée du 11 décembre 2016, a été couronnée de succès. Arrivés sur le site de 600 km2 à 11h30,  après 3 h de route, nous débutons par une consciencieuse visite, passionnante, des fossiles du musée,  et après un en-cas expédié, la troupe des quatorze membres prend avec courage le chemin du désert : le désert de la Vallée de la Luna. Notre guide argentin se prénomme Daniel : d’un naturel agréable, érudit, chapeau Indiana Jones à la nuque, lunettes noires façon insecte et barbe de trois jours.

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Après une marche éprouvante à 1300 m d’altitude, le soleil quasiment au zénith ne facilitant pas la progression, nous arrivons à l’un des points-clé pour la compréhension de la géologie locale : une falaise sédimentaire de 8 m de haut, striée comme un millefeuille, présente un chapeau de calcaire très dur, épais,  surmontant des centaines de strates intermédiaires de teintes et d’épaisseurs de 3 à 6 cm environ. Des inclusions de végétaux (fougères) sont visibles.

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Le pendage des couches sédimentaires s’incline en direction de hautes falaises rouges, au lointain. – « Tout ici est  de l’époque du Trias, vieux de 200 à 250 millions d’années »  insiste notre guide, « y compris les rouges falaises ».

  • « Mais comment se fait-il que l’on observe en surface des couches si anciennes, aux contreforts des Andes ? » Telle est la question que se posent tous les membres du groupe.

La réponse est apportée par notre guide, à l’aide de gestes, force mimes et démonstrations avec petits cailloux  plats.

  • « Il y a 65 millions d’années la plaque tectonique de Nazca se glisse sous la plaque continentale, provoquant le soulèvement des Andes et le ripage des couches inférieures, dont celles du Trias, vers le haut et vers l’est. Ensuite un mouvement fait glisser les sept couches du Trias l’une sur l’autre à la façon d’un jeu de cartes » (voir le schéma ci-dessous).

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  • « Fouler un sol vieux de 200 millions d’années est si émouvant ! » dit notre chef d’expédition.

Savoir que ces couches paléontologiques recèlent,  à quelques cm de la surface,  des squelettes fossiles d’animaux non encore fouillés excite l’esprit des membres du groupe.

  • « Trouver sur un seul site l’ensemble des sept couches du Trias est rarissime » dit l’un.

  • « Découvrir sur ce site tout l’échantillonnage fossile de la flore et de la faune du Trias,  ces premiers dinosaures, ces premiers mammifères est unique au monde, c’est exceptionnel !  » dit l’autre.

  • « Oui »,  renchérit  notre  guide,  « le climat ici au Trias était  semi-aride, avec alternance de saisons sèches et de saisons humides.

Les rios coulent épisodiquement. La végétation est clairsemée. Au Trias apparaissent les dinosaures et des espèces primitives. La fin du Trias est marquée par l’extinction massive des espèces : des éruptions volcaniques à l’échelle de la Pangée,  une désertification extrême des savanes et une augmentation du niveau des fleuves des zones humides. »

La paléontologie est ici science récente provoquée par la découverte fortuite de fossiles en cherchant du charbon lors de la première  guerre mondiale. Les paléontologues considèrent Ischigualasto comme un paradis et sont fiers d’y  avoir découvert le plus ancien dinosaure connu : l’Eoraptor Lunensis.

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Les fouilles ont lieu  en mars  et en octobre,  les fossiles sont analysés à San Juan.  L’expédition de la Société de Géographie peut féliciter les équipes de fouilles argentines de la qualité de restitution des fossiles et l’exceptionnelle interprétation des raisons de leur mort : ainsi il a été conclu qu’un dinosaure a été  pris dans les sables  mouvants, que trois bébés scaphonix ont étés bloqués dans leur terrier, ou encore qu’un cinodonte a été surpris par une inondation. Leurs fossiles sont conservés  dans le musée. Un autre abri muséal a été construit sur le site même de la découverte de deux importants fossiles, en l’honneur de William Sill (1937-2008), El Gringo de Los Hueros. L’autre aspect du Parc d’Ischigualasto est son caractère actuel : un désert.

Un désert,  lieu silencieux, un désert où  l’érosion des couches triasique a sculpté des formes étranges qui font le bonheur des visiteurs : un champignon, un sous-marin, un indien couché.  Des boules de pierre ont été rassemblées : chaque boule est un conglomérat formé à partir d’un nodule,  qui peut être parfois un noyau de manganèse. D’autres roches ont été trouées de façon bizarre par le vent d’ouest violent, le zonda.
L’érosion par le Rio Ischigualasto, des couches sédimentaires de teinte blanches et vertes, offre des paysages ondoyants et des ondulations merveilleuses.

Un lieu silencieux plein de merveilles : y vivent des animaux adaptés aux conditions extrêmes dues aux amplitudes de température entre le jour (jusqu’à 50’C) et la nuit  (jusqu’à -2*C). A plusieurs reprises nous avons admiré la noble posture du guanaco guetteur au sommet de sa colline, et les gracieux mouvements de son harem broutant les feuilles salées de zampa  et les touffes de verdolaga gorgées d’eau. Nous avons salué le zorro gris, vrai propriétaire des lieux. Des fourmis rouges (hormigas del deserto) ont aussi été repérées.

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Le soir, l’expédition se retrouve plus au sud, logée  à San Augustin del Valle Fertil, en un lieu inouï dominant l’immensité de la verte vallée, lieu résonnant des cris des martinets,  lieu fourmillant d’hannetons et de scarabées.

La belle nuit permet de retrouver Venus et nos amies les étoiles,  Sirius et un Orion inversé.

Mais un événement géologique inattendu va surprendre les voyageurs…

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