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Dubai et les Emirats Arabes Unis au XXIème siècle : défi urbanistique, modernité arabe et cités écologiques, par Bernard Dezert

Dans un désert brûlant, le Golfe arabo-persique a vu s’édifier un grand aéroport relais international et un port à conteneurs ; mais on assiste aussi aujourd’hui à une volonté d’émancipation écologique en vue du déclin programmé futur des revenus pétroliers. Cette émancipation est l’œuvre exclusive de quelques cheikhs des Emirats, en particulier le cheikh Rachid et surtout son fils Mohammed, qui a  voulu transformer Dubaï en plaque tournante du commerce mondial. Grâce aux puissants revenus pétroliers, sous leur direction sans partage, ces émirs sont partisans d’une remise en cause future de l’énergie pétrolière, par l’adaptation des appartements et des activités à l’énergie solaire bon marché et au dessalement de l’eau de mer pour l’eau courante.

Ces despotes éclairés ont eu l’idée de faire appel aux meilleurs architectes et techniciens du monde occidental pour ériger des cités-modèles fonctionnant grâce à l’utilisation de l’énergie solaire. Fort de leurs puissants capitaux, Dubaï et les Emirats sont certes devenus des chantiers permanents, mais la diminution de la rente pétrolière pose des problèmes d’avenir que les Emirats veulent résoudre par une écologie futuriste. Il s’agit de profiter encore de la rente pétrolière pour attirer autant les banquiers que les touristes fortunés, grâce à des aménagements  de grands ensembles urbanistiques surgis ex-abrupto du désert aride des îles du Golfe. C’est une révolution pleine de conséquences humaines, car elle remet en cause les traditions islamiques, au voisinage aussi bien de l’Arabie  que de l’Iran.

C’est d’abord un défi encore  très mal perçu dans les autres pays riverains du Golfe, surtout l’Arabie saoudite, le Pakistan, l’Afghanistan et les pays turciques de l’ancien Empire russe. Les conditions de développement rapide de Dubaï et des Emirats ont été spectaculaires grâce aux puissants revenus pétroliers, à tel point que vers 2005 le PIB par habitant a été évalué à 24 000 dollars. Les îles du Golfe Persique se sont révélées riches en gisements de pétrole et de gaz et Dubaï est devenu pendant plusieurs décennies l’aéroport-relais entre L’Europe, l’Asie et l’Afrique orientale.

L’originalité des Emirats est dans leur volonté d’organiser dès maintenant l’après-pétrole, grâce à un rôle accru des zones franches, destinées à attirer les flux de capitaux, car la hausse constante jusqu’à 2017 des marchés financiers a permis de constituer d’énormes réserves de capitaux sur la place boursière d’Abu Dhabi, capitale des Emirats. Dès 2006,  les profits liés au pétrole et au gaz naturel ne représentaient plus  qu’un tiers des dividendes et aujourd’hui moins de 15%, avec la baisse mondiale des cours. Les conditions naturelles ont permis de concevoir des projets d’aménagement de très grande envergure : la conquête des îles basses sableuses et des multiples lagunes a  donné lieu à la construction de grands ensembles de gratte-ciel, comme les Palm Islands.

Les conditions économiques ont jusqu’ici été favorables pour permettre un aménagement du territoire des îles de très grande envergure. Ainsi, le littoral massivement urbanisé de l’Emirat d’Abu Dhabi est établi sur de nombreuses îles naturelles et les îles de sable ont pu rapidement se transformer en nouveaux quartiers urbains, grâce aux techniques de construction occidentales sur pilotis les plus modernes. Dubaï est devenue une métropole d’affaires internationales des Emirats avec 2,8 millions d’habitants, en 2017, dont 90% d’expatriés de multiples nationalités. Dubaï et Abu Dhabi se rêvent en villes vertes dans un désert brûlant. Depuis le début des années 2000, on assiste à des excès de croissance folle, grâce à une énergie pétrolière abondante, exploitée sur place à bon marché. Grâce au combustible polluant abondant, Dubaï propose de l’air conditionné dans ses multiples tours de verre. Avec l’eau dessalée, par chauffage, les E.A.U. consomment chaque jour l’équivalent de plusieurs centaines de piscines olympiques. Ils ont enfoui les récifs coralliens sous des îles artificielles géantes. Dubaï utilise des transports haut de gamme comme des métros sans conducteur et la ville recycle maintenant son eau et ses déchets et produit même plus d’énergie qu’elle n’en consomme ? Dubaï  veut se tourner résolument vers l’énergie solaire et elle est en train de bâtir une centrale à énergie solaire permettant des immeubles bien climatisés et capable de produire de la neige artificielle pour un parc de ski disposant de cinq pistes en salle souterraine.

L’objectif n’est pas seulement de retenir les grands capitalistes internationaux, mais aussi d’attirer les touristes fortunés dans des hôtels de luxe. Les villes devraient tirer leurs énergie de sources propres d’ici 2050 pour favoriser un grand développement du tourisme international. Ces réalisations spectaculaires et ses projets se font sous la direction de quelques émirs en rupture avec le Wahhabisme traditionnel de l’Arabie saoudite et de l’Islam radical traditionnel.

Est-ce le début d’une émancipation du monde musulman sunnite ? Les Emirats ont maintenant des émules et des rivaux en Arabie, comme le Prince Héritier Mohamed Ben Salman qui dirige un plan de développement sur le rivage du Golfe face au Qatar et aux Emirats. Devant la baisse artificielle, mais aussi conjoncturelle et politique, des prix du pétrole brut, par suite de la politique rivale de l’Iran, l’Arabie veut revenir à la situation antérieure à 1979. Une situation, selon le prince héritier, ouverte à toutes les religions et au monde des affaires, alors que l’Iran, toujours sous la tutelle des Ayathollas, continue à encourager le Hezbollah terroriste au Liban, en Syrie et en Palestine. Le royaume saoudien tente de séduire les investisseurs étrangers et se vante d’organiser pour les capitalistes occidentaux un « Davos du désert », contre la concurrence iranienne. A proximité de la région d’extraction intensive d’hydrocarbures de Damman, au Nord de l’Arabie, le régime saoudien prépare depuis 2016 une cité industrielle à Jubail et une seconde à Ras al-Khai, qui utilisera dans l’avenir l’énergie solaire. A Neom, ville du futur, l’énergie pétrolière sera progressivement remplacée par celle du soleil et des éoliennes.  Les Emirats seront sans doute associés à ces projets, mais cela risque d’envenimer encore un peu plus les relations déjà tendues avec l’Iran.

 

Bernard Dezert

 


Philippe BOULANGER « L’Aménagement des îles naturelles et artificielles aux Emirats Arabes Unis, reflet de la puissance d’une nouvelle nation », article dans « Comme un parfum d’îles », ouvrage d’hommage à Christian Huetz de Lemps, pp.229 à 238 , édit .PUPS IIII 2010

Robert KUNZIG, « Dubaï se rêve en ville verte,  Comment un émirat brûlant se réveille en cité durable modèle », National Geographic, Octobre 2017,pp.36 à 49,illustrations et plans de ville de Dubaï

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