Personne ne sait, mais une chose est sûre… Théologie et chiffres dans les médias d‘information

 

Remarquable sur un plan philosophique, cette formulation est tirée d’un article du très sérieux hebdomadaire L’Express [1] que j’ai trouvé par hasard dans un reportage sur le Bangladesh intitulé « Bangladesh. Le pays qui ne veut pas sombrer ». Le début de l’article résume le ton : « ici, on espère seulement repousser l’inéluctable ». Vient ensuite « La fonte des glaciers de l’Himalaya. Personne ne sait à quel rythme elle se produit mais une chose est sûre : elle provoquera des crues de plus en plus fortes ».

Expatrié depuis quelques années loin d’Europe, je lis volontiers la presse de mon pays qui me passe entre les mains au gré du hasard. C’est ainsi que je suis tombé sur ce numéro de l’Express, dont la couverture du numéro est consacrée à « La mystérieuse JULIE GAYET ».

En 2015, je me suis abonné à la Sélection hebdomadaire du quotidien Le Monde, où je peux retrouver « une synthèse des événements majeurs de l’actualité vus par Le Monde ». Le meilleur de l’information, en somme. Or voici que je découvre là encore un article du même tonneau, si je puis me permettre cette expression : « Au Bangladesh, les prisonniers du Brahmapoutre » [2]. D’autres envoyés spéciaux férus de tératologie nous dépeignent ici le fleuve comme un monstre « imprévisible », « capricieux », « vorace », qui « dévore », « dévaste ». J’apprends que « Les crues, gonflées par la fonte des glaciers de l’Himalaya », vont détruire tout ce que possède Shaina, la pauvre paysanne interviewée par nos journalistes. Heureusement pour elle, « Shaina n’en a pas conscience. Elle n’a pas entendu parler du changement climatique ou très vaguement ».

Nous, si. Et pas que vaguement. Et même bien avant la COP21, grâce à notre presse bien informée. Mais informée de quoi ?

Dans l’article du Monde, l’affaire de la fonte des glaciers revenant pas moins de 4 fois en deux pages, elle ne saurait nous échapper.  A renfort de conditionnels, les journalistes du Monde admettent ici encore qu’on ne sait pas. Pas plus que Shaina, en somme. Mais eux, ils en sont sûrs, aussi sûrs que Polyphème ou l’Hydre de Lerne existent chez Homère.

Comme j’ai, moi aussi, parcouru le Bengale en particulier, et que, en tant que scientifique, je n’aime pas en général toute démarche qui déclare ne pas savoir tout en étant sûre de ce qu’elle sait, j’interroge Internet et j’essaie de me documenter.

Je tombe sur un site internet intitulé « zone Himalaya », et même directement sur la page « glaciers de l’Himalaya » [3]. A l’instar d’un article de Wikipedia, le texte cite des sources sérieuses. Et le sous-titre tombe à point : « … EN SAVOIR PLUS ! ». Or, je découvre un texte du même acabit. Ici encore, on me parle de la fonte des glaciers himalayens et on m’annonce l’Apocalypse en Asie du Sud.

Un simple copier-coller me permet ci-dessous de reproduire ce texte afin de pouvoir l’annoter (document 1). Cela m’évite de recopier les longs articles de l’Express et du Monde. Ou d’autres grands médias d’information. Un autre exemple ? L’Obs : « Montée des eaux au nord due à la fonte des glaciers de l’Himalaya, élévation du niveau de la mer au sud qui menace les terres agricoles : le Bangladesh figure parmi les pays qui souffriront le plus du réchauffement climatique. Yann Arthus-Bertrand s’est rendu sur place. Un témoignage saisissant alors que se tient la COP21. » [4].

On ne sait pas, mais on en est sûr : cela s’appelle de la théologie, pas de la science. Mais quand on essaie de savoir, est-ce qu’on devient moins sûr ?

Tentons l’expérience en partant du texte ci-dessous, puis en vérifiant chacune des annotations que j’y ai ajoutées.

 

Document 1 : Extrait in extenso de http://www.zonehimalaya.net/Himalaya/glacier-himal.htm

capture-tableau

 

1) Chiffres faux (1)

 

« Le Gange, l’Indus et le Brahmapoutre fournissent en eau potable près de 40% de la population mondiale »

 

Comment a été effectué ce calcul

Comme il est indiqué dans la phrase précédente, les eaux en provenance des massifs himalayens s’écoulent dans trois bassins, et seulement trois : Gange, Indus et Brahmapoutre.

Ces trois bassins émargent politiquement au territoire de 7 Etats : Inde, Pakistan, Bangladesh, Népal, Bhoutan, Afghanistan et Chine. Selon les projections de la Banque Mondial, mi-2015, la population de ces 7 Etats était estimée à 3,1 milliards d’habitants et celle du monde à 7,35 milliards, ce qui donne 42% de la population mondiale. Arrondi, cela donne bien à peu près les 40% annoncés…

 

Première malhonnêteté

Sauf que la population entière de ces pays ne vit pas dans l’un de ces trois bassins… Dois-je inclure la totalité de la population de l’Espagne dans le bassin de la Garonne, sous prétexte que ce fleuve prend sa source au Val d’Aran, en Catalogne ? Ainsi :

– l’amont des bassins, en particulier celui du Brahmapoutre est certes situé en Chine (Tibet), mais concerne seulement… 0,13% de la population de ce pays, soit à peine 1,8 millions d’habitants. Pas moins de 1 374 millions d’habitants peuvent être déjà enlevés…

– Même erreur avec l’Inde, où seules les populations du Nord vivent dans l’un des trois bassins hydrographiques, soit 41% de la population du pays. Enlevons à nouveau 773 millions d’habitants…

– Seuls deux « petits » Etats sont totalement himalayens : le Bhoutan (800 000 habitants) et le Népal (28,5 millions).

– La population du Pakistan, fortement concentrée dans le bassin de l’Indus est concernée à 90%, et celle du Bangladesh à 74%. Enfin, une partie de l’Afghanistan réside également sur le bassin de l’Indus (tableau 1).

A ce stade, on a déjà soulagé ces pauvres bassins hydrographiques himalayens de quelque 2,15 milliards d’habitants. Beau travail ! Mais ce n’est pas fini…

 

Soyons plus précis…

On doit en effet affiner cette mesure en tenant compte d’une loi de la physique découverte par Isaac Newton en 1684 , appelée « Loi de la gravité ». Cette loi est très utile pour notre question. Nous la résumerons de cette façon :

« Lorsque l’eau s’écoule, c’est vers le bas »

Autre précision : cette loi fonctionne aussi en Asie, car elle est universelle.

Ce constat accessible à un élève de CM2 conduit donc logiquement à éliminer tous les sous-bassins des affluents qui ne dépendent pas de l’alimentation de l’Himalaya, mais de celle d’autres massifs.

Sont concernés, par exemple :

en Inde, les régions de la rive sud du Gange

Remarquons que, une fois parvenues à leur confluence avec le Gange, les eaux himalayennes n’ont aucune chance de remonter en face sur l’autre versant, autrement dit : de menacer les populations vivant sur les hauteurs et les versants du plateau du Dekkan.

le bassin de la Yamuna au Bangladesh et les affluents de la rive sud du Brahmapoutre en Assam

Les eaux de ce bassin sont issues des collines du Meghalaya, massif qui borde la rive sud du Brahmapoutre dans l’extrême nord-est de l’Inde. Elles se mélangent en aval à celles du Brahmapoutre, mais en amont du delta, elles n’ont rien à voir avec l’Himalaya. Notons ici au passage que les stations météorologiques de cette région sont connues pour enregistrer les records mondiaux de précipitation. Bien avant l’ère du réchauffement climatique , à cause de la mousson, il tombe 12,5 mètres d’eau par an à Cherrapundji.

les bassins latéraux de la basse vallée de l’Indus

Ces bassins sont alimentés par des cours d’eaux épisodiques issus du désert de Thar sur la rive gauche, et des montagnes arides du Balouchistan sur la rive droite. L’eau charriée par ces tributaires n’a évidemment aucun rapport avec les précipitations qui tombent sur l’Himalaya, et encore moins avec des glaciers.

Ce constat permet de soustraire encore quelque 144 millions d’habitants en Inde, 46 millions au Pakistan et 39 millions au Bangladesh. Soit 229 millions d’habitants en 2015 (tableau 1).

 

Bilan

Au grand maximum, on peut donc dire que le Gange, l’Indus et le Brahmapoutre fournissent en eau potable 9 % de la population mondiale. 630 millions de personnes, cela fait beaucoup de monde : était-il donc nécessaire d’exagérer la réalité en multipliant les chiffres… par 4 ou 5 ?

 

Tableau 1 : Estimation du nombre d’habitants vivant dans les trois grands bassins hydrographiques himalayens

Population mi-2015 (source : Banque Mondiale)

Dont : bassins Gange, Indus et Brahmapoutre

Bassins totaux

Bassins himalayens

Totale

en % en millions en %

en millions

Inde

1 311.0 41% 537.5 30%

393.3

Pakistan

189.0 86% 162.5 61%

116.2

Bangladesh 161.0 74% 119.9 50%

81.0

Népal

28.5 100% 28.5 100%

28.5

Bhoutan 0.8 100% 0.8 100%

0.8

Afghanistan

27.0 32% 8.6 30% 8.1

Chine

1 376.0 0.1% 1.8 0.1%

1.8

TOTAL 3 093.3 859.7

629.7

Population du Monde 7 350.0 12%

9%

Sources : voire annexe 1

 

2) Intoxication

 

« La fonte rapide des glaciers himalayens va accroître le volume de l’eau dans les fleuves, provoquant d’importantes inondations »

 

Une légende affirme que Newton aurait conçu sa théorie après que, passant sous un pommier, il ait reçu sur la tête une pomme tombée de l’arbre. De même, inventons une légende :

On raconte qu’un jour, un individu renversa accidentellement son verre plein de pastis sur une table de bar. Malgré sa promptitude à se saisir d’une serviette en papier pour circonscrire les dégâts, il constata que l’écoulement se poursuivait sous l’effet de la fonte des glaçons qui, restés sur la table, réapprovisionnaient le désagréable flux d’eau glacée qui s’écoulait sur ses cuisses. De cette expérience, naquit une révélation lumineuse, qu’il transposa immédiatement au cas du Bangladesh : la fonte des glaciers augmente le débit des fleuves.

Certes, c’est évident. Mais dans quelle proportion ?

On va donc ici se livrer à un calcul qui consiste tout simplement à rapporter le volume des glaçons contenus dans le verre à celui du pastis qui s’est écoulé sur les cuisses de notre infortuné individu.

 

Calcul du volume d’eau écoulé

Le débit du Brahmapoutre à son point le plus abondant est relevé à la station de Bahadurabad Railway Ferry Ghat (BRFG) [5]. En effet, si l’on prenait une mesure en aval de ce point, on n’obtiendrait pas l’ensemble du débit du fleuve, à cause des diffluences du cours principal qui dispersent les flux dans le delta. Trivialement parlant, en aval de Bahadurabad, des bras du fleuve divergent pour former le delta du Bengale, se mélangeant avec les eaux du Gange et de la Yamuna.

La station BRFG collectant une région de 636 000 km2, cette mesure nous permet de maximiser notre mesure des flux d’eaux récoltés par le Brahmapoutre, conformément au scénario catastrophiste proposé par nos médias.

A cette station, on relève officiellement un débit moyen de 21 261 m3/seconde.

Rapporté sur une année, on obtient un flux de 4,63 . 1012 m3 : 4 630 milliards de mètres-cube d’eau transitent annuellement par ce point.

Pour augmenter un tel débit de manière significative, il va nous falloir faire fondre une quantité formidable de glace. Or, situé à des latitudes subtropicales, l’Himalaya a beau être « le Toit du Monde », ce n’est tout de même pas le Groenland ou l’Antarctique.

 

Calcul du stock des glaces

Pour calculer le volume des glaces dont la fonte menace le Bangladesh, il faut :

1/ D’une part, délimiter précisément le bassin en amont de Bahadurabad ;

2/ D’autre part, recenser tous les glaciers présents et connaître le volume de glace de chacun.

Ces deux mesures sont réalisables à partir de plusieurs bases de données scientifiques. Nous avons utilisé deux d’entre elles, accessibles gratuitement et librement sur Internet.

La procédure qui suit est un exercice du niveau d’un TD de première année de Licence en Géographie.

On commence par télécharger :

1) la couche mise à disposition par la NASA [6] sur l’Asie. Elle permet de calculer l’extension des bassins et sous-bassins ;

2/ la base de données World Glacier Inventory Documentation du National Snow & Ice Data Center (NSIDC) [7]. Elle permettra d’estimer le volume des glaces stockées.

Ces deux couches ayant été téléchargées, elles peuvent être traitées dans n’importe quel système d’information géographique :

  1. a) On extrait automatiquement la liste des glaciers du bassin du Brahmapoutre à partir de la couche « bassins » (carte 1).
  2. b) Les données concernant les 11 911 glaciers capturés sont exportées sous forme de table. Chaque glacier est caractérisé avec une cinquantaine d’indicateurs.

c) Les variables mean_depth et total_area permettent d’estimer de manière approximative le volume de chaque glacier. La somme donne le volume total de glaces stocké par les glaciers du bassin, soit 1 422 km3.

Carte 1. Recensement des glaciers du bassin du Brahamapoutre

untitled

Source : carte réalisée d’après NSIDC et OAS (NASA). (voir notes 5 et 6)

 

3) Chiffres faux (2)

 

Avec 1 422 km3 de glace, on obtient – une nouvelle fois – un résultat très éloigné des chiffres annoncés par le site internet zonehimalaya, : « 12 000 km3 d’eau douce ».  Le titre de la page « POUR EN SAVOIR PLUS » est décidément bien mal choisi. Etait-il nécessaire de multiplier la réalité par 8 ?

On objectera ici que tout dépend de l’extension que l’on donne à « Himalaya ».

On peut en effet manipuler les chiffres jusqu’à obtenir un stock beaucoup plus élevé en incluant le versant sud (gangétique) et l’ouest de la chaîne jusqu’au Tadjikistan, voire – pour faire bonne mesure – le Tibet entier avec ses contreforts chinois.

Cependant, nombre de glaciers du Tibet alimentent des zones endoréïques, voire quasi aréïques [8]. Quant à ceux des périphéries chinoises, afghanes et pakistanaises, on voit mal comment l’eau de leur fonte pourrait venir incommoder le Bangladesh. C’est un peu comme si l’on affirmait que la fonte des glaciers alpins contribue à gonfler les crues des rivières d’Angleterre en été.

 

 

4) Obturation des débats

 

Poursuivons notre tentative de calcul du surcroît d’écoulement du Brahmapoutre dû à la fonte des glaciers himalayens. A ce stade, le calcul nécessite une série d’hypothèses relatives aux effets du réchauffement climatique. Ces hypothèses sont classiquement présentées par les spécialistes sous forme de scénarios pour le futur. Or, tous les spécialistes sont loin d’être d’accord sur la vitesse à laquelle risquent de disparaître les glaciers himalayens. Certains affirment même que leur volume ne change pas de manière significative…

 

Les scénarios de la fonte

Commençons donc par la question essentielle : est-ce que les glaciers himalayens fondent vraiment ?

La réponse est claire : oui, bien sûr… dès que la température dépasse son point de fusion, soit environ 0°C. Ce phénomène se produit régulièrement en été. Les glaçons de notre pastis font foi.

En revanche, pour être sûr que la masse des glaciers diminue sur le long terme, il faut disposer de mesures moyennes sur des périodes significativement longues tenant compte de la variabilité intra-annuelle des températures : on ne peut pas comparer l’hiver d’une année à l’été d’une autre année.

C’est ici que les experts se divisent. Et c’est pourquoi, tous nos journalistes restent prudents sur ce point.

Classiquement, la stratégie de l’auteur consiste à ne pas évoquer l’existence de polémiques, préférant les formulations conditionnelles : des « si » et des « pourrait » judicieusement placés entre deux formulations lyriques. La force des chiffres écrase alors la précaution oratoire.

Par exemple, le sous-titre de l’article du Monde est « Avec le réchauffement climatique, le pays pourrait perdre 13% de son territoire d’ici à 2050 et compter entre 13 millions et 40 millions de déplacés climatiques. » La force des chiffres fait oublier le « pourrait ». De plus, l’auteur peut le cas échéant se défendre d’affirmer des inepties. La preuve : il a employé le conditionnel. Et puis 2050, ce n’est pas 2035…

Sauf que ces choses sont écrites et diffusées à des centaines de milliers d’exemplaires par une presse d’information présumée sérieuse.

Franchissant un pas de plus dans la rhétorique – « l’art de l’action du discours sur les esprits » – pseudo-scientifique des chiffres, de nombreuses revues usent aujourd’hui de la stratégie du petit encadré, généralement frappant par sa couleur ou sa police de caractère, et dont la formulation place systématiquement le chiffre en tête. : « 250 millions, c’est le nombre de réfugiés climatiques qui… ; 3 centimètres par an, c’est la montée du niveau des océans attendue… Analogue à la traque de la « petite phrase » des hommes politiques, à la « pépite » de la communication managériale, cette formulation présente l’avantage de mieux frapper les esprits.

Ainsi, Libération formule : « 76 : c’est le nombre d’îles disparues en quarante ans selon l’Organisation des déplacés environnementaux »[9]. Ici, le présent est employé car il s’agit déjà… d’une fiction : « Cet article d’actualité-fiction a été publié dans notre édition spéciale «Libération en 2053», à l’occasion des 40 ans du journal ».

Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait les glaçons…

 

Astuces

Pour escamoter le débat, le texte de zonehimalaya utilise de son côté trois autres astuces.

Première astuce : le texte (2015) évoque un rapport vieux de 8 ans présenté par le GIEC qui, « avec 2 500 chercheurs venus de 130 pays fait autorité pour les questions d’évolution du climat ». Encore des chiffres… et ils sont faux. En effet, d’une part, le GIEC ne compte pas, loin s’en faut, autant de chercheurs, car son système de comptage ne retient que les entrants sans éliminer les sortants de la liste. Pour le coup « personne ne sait », et on en est sûr. Le nombre de 2 500 est en réalité celui des spécialistes qui ont signé ou cosigné un jour une étude qui a plu au GIEC. D’autre part, tous les experts du GIEC ne sont pas d’accord sur les scénarios de la fonte des glaciers himalayens, dont très peu sont spécialistes…

Ainsi, les effectifs du régiment sont amalgamés avec ceux du bataillon, lui-même amalgamé à une compagnie. Mais ces chiffres suggèrent que le GIEC est une puissante armée qui parle d’une seule voix. Enfin, depuis 2007, les recherches ont beaucoup progressé et les polémiques n’ont cessé de s’amplifier.

Deuxième astuce : dans un souci apparent d’objectivité – références scientifiques obligent – le texte nous apprend que « ces conclusions [sur les glaciers himalayens] font toutefois l’objet d’une importante polémique qui secoue le monde scientifique ».

Malheureusement, le lien intitulé « Polémique concernant la fonte des glaciers de l’Himalaya » est rompu (a-t-il jamais fonctionné ?), tandis que le VIDEOCLIP « L’impact des changements climatiques sur les glaciers himalayens », pour sa part, fonctionne parfaitement (document 2). Le site promet d’en savoir plus ? En tout cas, pas sur les polémiques. Deux poids, deux mesures…

 

Document 2 – Deux poids, deux mesures : copie d’écran de la page http://www.zonehimalaya.net/Himalaya/glacier-himal.htm

A :  Lien concernant l’impact du changement climatique sur les glaciers himalayens B : Lien concernant la polémique sur le sujet
sdqsfqf sfgdfdf

 

Consulté pour la dernière fois le 01/12/2016

 

Troisième astuce, la brève évocation de cette polémique s’achève sur une note d’humour – si j’ose dire – rafraîchissante :  « Voilà de quoi refroidir le débat pour un certain temps! ».

Que dois-je comprendre ? Lecteur, on évoque les polémiques : c’est le moment de faire de l’humour !

Conclusion : les polémiques sur la fonte des glaciers, ce n’est pas sérieux.

 

Calcul du surcroît d’écoulement dû à la fonte des glaciers : première approximation

Revenons à nos glaçons. Force m’est donc d’utiliser le seul scénario mis à ma disposition, le pire pour Shaina, la paysanne du Bangladesh qui ne se doute de rien :

« Si le réchauffement se maintient à son rythme actuel, les glaciers de l’Himalaya pourraient reculer à une vitesse très élevée pour ne recouvrir en 2035 que 20% de la surface qu’ils occupent actuellement, estime le GIEC ».

Cela signifie donc que 80% des surfaces des glaciers vont disparaître en 20 ans.

Malheureusement, on m’a parlé de crues, donc de volumes. Or, voici qu’on me donne ici des surfaces de glaciers. D’un point de vue scientifique, quitte à me donner encore des chiffres, j’aurais préféré que ce soit des volumes. Les surfaces des glaciers, c’est beau, ça parle. Cela évoque la randonnée, mais pas pour Shaina, qui a peu de chance d’aller les admirer un jour, car j’imagine qu’elle a rarement l’opportunité d’aller faire du tourisme dans l’Himalaya.

Pour mon calcul, c’est embêtant car, mon verre de pastis à l’appui, je peux en effet expérimenter clairement un phénomène : les glaçons les plus minces disparaissent plus vite que les plus épais.  En devant me contenter de chiffres renvoyant à des surfaces, mon calcul va donc être fortement surévalué.

Tant pis, cette exagération va aller dans le « bon » sens, celui dont on est sûr bien qu’on ne puisse pas savoir : celui de la catastrophe qui arrive. Enfin… entendons-nous : ce sens est « bon » pour notre presse d’information. Pas pour Shaina laquelle, de toute façon, sur le terrain, ne se doute de rien.

Bref, passons tout de même au calcul.

Ayant estimé précédemment mon volume de glaces stockées dans le bassin à 1 422 km3, je vais donc prendre 80% de cette valeur.

Je divise ensuite le nombre obtenu par 20, afin d’estimer le volume annuel.

Le résultat donne 5,69 . 1010 m3 d’eau, qui représente donc une estimation très exagérée – faute de mieux – du surcroît annuel de l’écoulement des eaux du Brahmapoutre dû à la fonte des glaciers himalayens recensés sur son bassin.

Comparons maintenant ce résultat au volume d’eau qui passe annuellement à Bahadurabad, pour mémoire : 4,63 . 1012 m3 d’eau.

Rappelons ici aux non-matheux qu’entre n10 et n12, la différence est de 1 à 100.

Le résultat de nos mesures signifie donc que chaque fois qu’il s’écoulera 1 litre dans le Brahmapoutre, la fonte des glaciers rajoutera 11 millilitres par an.

L’équivalent d’une demi-dose de pastis [10].  Mais attention ! Pas dans un verre : dans un litre d’eau.

Résumons. Suivant le scénario le pire, le seul que l’on m’a proposé, à moi, internaute non spécialiste des « scénarios extrêmement complexes » du changement climatique, j’ai calculé que la fonte des glaciers himalayens est responsable d’une augmentation annuelle de 1,1 % du volume d’eau charrié par le Brahmapoutre.

De son côté, l’article du Monde m’a appris que « Shaina n’en a pas conscience » [de cette menace]. Cela n’est donc pas très surprenant, car sur les bords du fleuve « imprévisible et sans cesse en mouvement » selon ses propres dires, parvenir à repérer une augmentation de 1% demanderait une sacrée acuité. Et ce n’est pas tout…

 

5) Indicateurs mal choisis

 

Pour estimer ce résultat, nous avons provisoirement substitué une mesure de « surface » à une mesure de « volume ». On peut maintenant tenter d’évaluer l’importance de la surestimation qui en résulte, tout en conservant le scénario le plus pessimiste du GIEC, « l’inéluctable » de l’Express. Ceci est assez simple à comprendre, bien que d’un niveau un peu plus élevé : disons de 2ème année de TD de Licence.

 

Affinement du calcul

Pour une forme donnée, le rapport surface volume diminue avec une augmentation de la taille. L’évolution de la fonte des glaçons renversés sur la table peut confirmer ces hypothèses. Normal : plus l’interface des surfaces glace/air chaud est étendue, plus la fonte est rapide.

En exploitant un peu plus loin les données du NSIDC, on peut vérifier qu’il existe une forte corrélation entre la surface et l’épaisseur des glaciers de l’échantillon (graphique 1).

Graphique 1 – Corrélation entre surface et profondeur médiane des glaciers du bassin hydrographique réel du Brahmapoutre

capture

Source : NSIDC, op.cit.. Echantillon : 11 911 glaciers

En théorie, une disparition de 80% la surface englacée, répartie de façon homogène sur l’ensemble du bassin, se traduirait donc d’abord par une disparition des plus petits glaciers, qui sont les plus minces et sont les plus nombreux. Les glaciers les plus gros, plus épais, disposant d’une inertie thermique plus grande, vont au contraire disparaître moins vite.

Suivant le scénario général de « disparition de la surface » des glaciers, la disparition de vastes de surfaces aura donc des conséquences beaucoup plus faibles sur la diminution du volume.  Après quelques itérations, je constate qu’il reste très peu de glaciers, mais la disparition des surfaces entraine proportionnellement des volumes de plus en plus importants. Sauf qu’à ce moment, on a dépassé 2035 : on est déjà dans la science-fiction.

Ce modèle est bien sûr très approximatif car on ne connaît pas la forme de chaque glacier. Il est cependant beaucoup plus réaliste qu’une simple substitution de surfaces par des volumes.

En définitive, cette simulation montre qu’une réduction de 80% des surfaces englacées correspond au grand maximum à un pourcentage de l’ordre de 25 % seulement des volumes de glaces.

Rapporté à nouveau au débit du Brahmapoutre, ce résultat final se traduit par une augmentation du débit, non plus de 1%, mais plutôt, au grand maximum, de l’ordre de 0,25% soit de 2,5 millilitres par litre.  5 centilitre par litre en… 20 ans. Une dose homéopathique de pastis, pour le coup.

On remarquera ici encore que les indicateurs cités – lorsqu’ils ne sont pas faux – sont bien mal choisis : pourquoi avoir choisi de nous parler de surface, alors que le problème de la crue est celui d’un volume ? Est-ce une fois de plus pour maximiser les chiffres ?

 

Notons enfin que, dans le but d’éviter toute polémique, ces résultats sont conformes au scénario de réchauffement le plus pessimiste. Je me suis contenté ici d’appliquer les chiffres donnés par le site internet. Or, comme on l’a vu à maintes reprises, ce dernier a une fâcheuse tendance à exagérer, et il ne fait pas dans la dentelle : chiffres multipliés par 5, voire par 8, substitutions de volumes par des surfaces, etc. Autant dire que si, comme on peut le soupçonner, il existait des scénarios moins catastrophiques, l’impact de la fonte des glaciers sur le débit du Brahmapoutre serait totalement négligeable.  Le Monde, me dit, lui : « une augmentation de 10% de la crue » et « de 20% de l’érosion ». L’Express : « Le Bangladesh perdrait un tiers de sa surface ». Au conditionnel, bien sûr.

A ce stade, on a au moins compris une chose : si Shaina ne se rend compte de rien, ce n’est pas qu’elle est plus stupide que nous. C’est juste que l’effet de la fonte des glaciers est vraiment indétectable sur le terrain.

Et puis il y a une autre question.

 

Retour vers le futur

D’un côté, on me dit que « les crues vont augmenter », mais dans les mêmes articles – les trois – on me dit aussi que le désastre « a déjà commencé ». En somme, le futur c’est déjà le présent, et le présent c’est le passé. Comment vais-je pouvoir observer un changement, si cela a déjà changé ? Les calculs ci-dessus ont apporté un début de réponse : c’est que, précisément, il n’y a rien à observer., hormis des chiffres gonflés aux stéroïdes.

Les chiffres, ce sont les muscles de la presse d’information. C’est objectif. C’est du solide, du fiable, du mathématique. C’est beaucoup plus scientifique, par exemple, qu’une photographie. Une photographie, on le sait, ça se trafique. Et puis, à la base, c’est subjectif : c’est la vision d’un artiste.

Prenons la photo de l’Express. Elle est légendée : « CALAMITÉ. Dans la mangrove, les inondations provoquées par la montée de la mer et la fonte des glaciers himalayens laissent des terres couvertes de sel, infertiles ». Elle nous montre une étendue de croûtes de limons desséchés par le soleil, mais elle ne prouve absolument rien.

En effet, le débit du Brahmapoutre varie de 3 500 à 46 000 m3 par seconde selon les saisons : dans le corps de l’article, les paysans eux-mêmes disent qu’il est extrêmement irrégulier, imprévisible. Depuis des siècles, chaque année, les eaux se retirent sur de vastes étendues, abandonnant des limons qui se craquellent sous l’action du soleil de la saison sèche. Puis, la mousson arrivant, le niveau des eaux remonte et le fleuve se transforme en un immense lac en mouvement. Un souvenir personnel me reste de ce spectacle : celui de nappes de jacinthes d’eau vastes comme des îles dérivant sur le fleuve. La photographie de l’Express est certes poignante, mais elle aurait pu être prise il y a un siècle, et on pourra en refaire une identique dans un siècle.

Alors, si chiffres et photographies ne prouvent rien, il nous reste le texte. Qu’est-ce que la Presse d’information veut me montrer ? Qu’est-ce que j’apprends ?

On évoque la « surpopulation ». D’un côté y aurait des gens qui peuplent la Terre, civilement : des gens normaux, comme nous. D’un autre côté, des gens qui auraient le mauvais goût de la surpeupler, comme les Bengalais. J’emploie le conditionnel, car personne ne sait.

Pourtant, lors de mes calculs précédents (tableau 1), j’ai repéré qu’en 2015, le Bangladesh comptait 161 millions d’habitants, auxquels on peut ajouter les 95 millions de l’Etat indien du Bengale Occidental en Inde Au Bengale, en 2015, vivent donc 256 millions de personnes sur moins de la moitié de la superficie de la France. On n’est donc pas au Groenland, au Sahara ou en Sibérie, régions authentiquement infertiles, et où les densités de population sont logiquement quasi nulles.

C’est vraisemblablement que les habitants du Bengale ont dû trouver des solutions pour s’adapter à ce milieu. Aussi, je préférerais que les articles m’expliquent comment un milieu prétendument aussi hostile à l’espèce humaine est parvenu à porter autant d’habitants.

L’article de l’Express me livre peut-être un début explication grâce à ce témoignage d’une paysanne, imprimé en caractères gras et en rouge :

« La mousson ne va pas tarder. Que ferons-nous si l’eau monte jusqu’à nous ? Nous devrons grimper aux arbres ».

A la lumière de cette explication, le mystère s’éclaircit. Je me représente bien la scène. Le secret de l’adaptation : quand survient la mousson, le Bengalais monte aux arbres. En même temps, 256 millions d’arbres au Bengale, c’est une bonne nouvelle pour la Planète.

Mais en poursuivant ma lecture de L’Express, je constate qu’on atteint tout de même des limites. La coupe déborde. Le Bengale doit manquer d’arbres, car une nouvelle manchette martèle cette fois encore en caractères gras et rouges :

« Ils seraient déjà plus de 500 000 à avoir rejoint la capitale et ses bidonvilles ».

Fort de mon expérience précédente, j’ai déjà bien repéré la technique du journaliste :

– encore des chiffres atténués par un conditionnel : « seraient » indique qu’on ne sait pas ;

– encore du présent mêlé au futur. Le « déjà » nous indique que ce n’est qu’un début et que le pire est à venir ;

– encore un amalgame souligné par la conjonction de coordination « et », cette fois entre la ville, Dacca, et ses bidonvilles, En condensé, Dacca, c’est un bidonville.

– encore un « ils » : « eux », les autres, les grimpeurs d’arbres.

Dans la presse, on me parle d’explosion démographique. Alors, tout comme pour la question des crues, je me demande si la forte densité du delta du Bengale est vraiment un phénomène récent.  En un clic, je trouve sur internet un article qui m’explique que, en 1872, un recensement de la population du Lieutenant-Governorship of Bengal effectué par les Anglais avait dénombré 62 705 718 personnes [11]. Je compare avec la France à cette époque au prix de deux autres clics : l’INSEE m’apprend que le recensement français tenu la même année (1872) donnait 37 673 000 habitants. Donc, si l’on peut dire, au Bengale, le futur est déjà bien ancien.

Qu’en conclure ? Soit qu’il y avait moins d’arbres pour s’abriter des crues au Bengale il y a 150 ans, soit que la presse d’information me raconte des fadaises.

 

6) Absurdité

 

J’ai gardé le pire pour la fin avec l’extrait suivant :

« Dans un premier temps, la fonte rapide des glaciers himalayens va accroître le volume de l’eau dans les fleuves, provoquant d’importantes inondations. Mais dans quelques décennies, cette situation va évoluer et le niveau de l’eau va décliner, provoquant des problèmes économiques et environnementaux importants pour les peuples […]. Certains ont même évoqué la possibilité d’une « guerres de l’eau ». »

Le pire, parce que le site internet zonehimalaya attribue explicitement cette perle à une sommité de la question du changement climatique : Jennifer Morgan, directrice du programme sur le changement climatique mondial du World Wide Fund for Nature (WWFN). Excusez du peu. Un tel avis ne peut faire qu’autorité.

Face à notre verre de pastis avec ses glaçons qui fondent, réfléchissons un instant à cette prédiction.  Jennifer Morgan, nous explique ici un prodige : lorsque les glaçons auront fini de fondre dans mon verre, l’eau aura également disparu, et mon pastis avec ! Evaporés ? Ou faut-il qu’un fieffé félon ait sifflé mon verre pendant que j’avais le dos tourné ?

Je suis épaté : c’est du Gérard Majax ! David Copperfield à Las Vegas !

Certes, on a lu partout que les « scénarios du réchauffement sont extrêmement complexes », mais il y a tout de même des limites. Ainsi, tentons de reconstruire la chaîne du raisonnement de Jennifer Morgan :

Fonte des glaciers => disparition des chutes de neige et de la pluie

D’où :

=> disparition de l’eau => tarissement de l’écoulement => guerre de l’eau 

A ce stade, un doute m’assaille : la directrice du WWFN, cette sommité du changement climatique, confondrait-elle « glaciers » et « chutes de neiges » ? Ou faut-il envisager de folles hypothèses ? Par exemple : comme il n’y aura plus de glaciers dans l’Himalaya, il n’y tombera plus de neige non plus, la glace appelant la neige comme le Mal appelle le Mal, ou le Bien appelle le Bien… Ici, on est dans Harry Potter.

Toujours est-il que la neige hivernale qui ne sera pas tombée ne fondant plus au printemps, les cours d’eau ne seront donc plus alimentés par la fonte des neiges : c’est logique. Mais quid des pluies ? Ces dernières sont apportées par les Moussons venues de l’Océan Indien, situé à des milliers de kilomètres au sud. Pourquoi diminueraient-elles ? Pour modéliser un scénario aussi absurde, a-t-on divisé la longueur moyenne des fleuves d’Asie par l’âge moyen des chercheurs du GIEC élevé à la racine carrée de COP21 ?

Dès lors, les scénarios qui sont présentés par la suite ne sont guère crédibles. « Au moins 500 millions de personne [verront] leurs conditions de vie gravement menacées ». Seront touchés, « les peuples du Népal et du nord de l’Inde », et même de « Chine occidentale ».

Pourquoi 500 millions ? Et que viennent faire ici les Chinois. « Et moi, et moi, et moi ? ».

A ce point de mes recherches, je n’ai pas osé vérifier si la directrice du programme sur le changement climatique mondial du World Wide Fund for Nature s’est vraiment commise dans une telle prédiction. Je préfère l’hypothèse d’une erreur d’un rédacteur du site internet ayant abusé de Games of Thrones au cours du week-end précédent.

Et de son côté l’Express qui me dit : « Affamés, les tigres s’en prennent de plus en plus aux hommes »… Et Le Monde, et l’Obs … C’est l’Apocalypse, Ezéchiel : on a définitivement basculé du domaine de l’information à celui de la théologie.

 

 

Conclusion : pour en savoir plus…

 

A ce stade on ne sait pas si le Bangladesh va sombrer inéluctablement. En revanche, ce dont on est sûr, c’est que, à l’instar du Titanic, la presse d’information a fait naufrage dans les glaces de l’Himalaya flottant sur le Brahmapoutre. Que reste-t-il à retenir de ces lectures ?

Le style

La plume des journalistes est plaisante, mais trop timide, que diable ! Il faudrait aller plus loin et faire décoller le lecteur avec des envolées lyriques telles que :

« Lecteur, le Brahmapoutre, c’est le Styx,

Polyphème et Cronos réunis !

Ses bras ? Ceux de la perfide Gorgone… »

Un titre comme « Les prisonniers du Brahmapoutre », évoque trop Le Club des Cinq, Spirou, ou Trolls de Troy [12]. Osons « La Phèdre du Bengale », sous lequel on lirait :

« Shaina subit l’ire d’Antiope et d’Orithyie

Reines des Amazones travesties en Brahma »

 

Le grand spectacle

Dans le domaine de la prestidigitation, quitte à me détendre en lisant des stupidités, je préférerais que la page internet « Glaciers de l’Himalaya » me narre la scène suivante :

« Soudain, Jennifer Morgan, passablement éméchée, empoigna sa guitare et entonna d’une voix éraillée :

« Cinq cents millions de petits Chinois 

Et moi, et moi, et moi

J’y pense et puis j’oublie »

Alors, dans un élan fusionnel, saisissant le message de la Directrice, la foule hilare des 2 500 membres du GIEC attablés devant leur verre de pastis entonna d’une seule et même voix :

« On nous cache tout, on nous dit rien

On nous informe vraiment sur rien

Plus on apprend, plus on ne sait rien »

 

La dérision

Quitte à amuser le lecteur avec un piètre « Voilà de quoi refroidir les débats » (zonehimalaya), pourquoi ne pas oser le style de la Farce ?  Pour Le Monde, je suggère :

« Shaina voit arriver la crue : elle sait qu’elle est cuite »

Ou encore :

« Décidément, ce Brahmapoutre porte bien mal son nom,

car c’est sur la paille qu’il va mettre Shaina »

Pour L’Express, je propose :

« La crue arrive au Bengale : pas de quoi grimper au cocotier ? Et bien si, justement !

En effet, comme nous l’expliquent les paysans que nous avons interviewés (…) ».

La référence théologique

Mais on ne trouvera pas de telles fautes de goût dans nos grands médias d’information, car il ne faut pas rigoler avec ce qu’on ne sait pas mais dont on est sûr : la théologie, c’est sérieux. Alors, voici ce que je recommande.

Ami lecteur, vas sans détour à l’essentiel ! N’encombre plus ta pensée de fallacieux chiffres et d’hypocrites conditionnels. Ne gaspille ni ton précieux temps ni ton argent à chercher ce que tu crois naïvement être de l’information. Ne retiens que l’épure, l’essentiel de cette constellation d’inepties. Condense le message de tes médias. Reviens aux sources : lis Ezechiel 7:5.

Ce n’est certes pas vraiment un discours nouveau, mais il raconte la même chose. Et au moins, là, ça ne plaisante pas :

 « Ainsi parle le Seigneur, l’Eternel : Un malheur, un malheur unique ! Voici, il vient ! La fin vient, la fin vient, elle se réveille contre toi ! Voici, elle vient ! Ton tour arrive, habitant du pays ! Le temps vient, le jour approche, jour de trouble, Et plus de cris de joie dans les montagnes ! Maintenant je vais bientôt répandre ma fureur sur toi, Assouvir sur toi ma colère ; Je te jugerai selon tes voies, Je te chargerai de toutes tes abominations. Mon œil sera sans pitié, Et je n’aurai point de miséricorde ; Je te chargerai de tes voies, Et tes abominations seront au milieu de toi. Et vous saurez que je suis l’Eternel, celui qui frappe.

Voici le jour ! Voici, il vient ! Le tour arrive ! La violence s’élève, pour servir de verge à la méchanceté : Plus rien d’eux, de leur foule bruyante, de leur multitude ! On ne se lamente pas sur eux ! Le temps vient, le jour approche… » (La suite dans : Ezechiel, 7:10)

 

Annexe : sources documentaires utilisées pour l’estimation de la population résidant dans les bassins hydrographiques

Pays Cartographie (SIG) Population
Chine CDC “China 2010 Township Population Census Data with GIS Map” (University of Michigan Ref. CDC-A-2013-004) Census 12/2010*
Inde Tahsil/Talukh shapefile (Census of India, Delhi) Census 03/2011*
Bangladesh Upazila shapefile (BBS, Dacca) Census 03/2011*
Népal Village/communities shapefile (CBS, Kathmandu) Census 06/2011*
Pakistan Tahsil shapefile, PBS 2010 projections based on census 1998*
Afghanistan District shapefile, CSO, Kabul Population estimates from 2015-2016 (=SH year :1394)
Bhutan (pays entier) Census 2005*

*NB : Le taux d’accroissement de la population nationale utilisé par la Banque Mondiale a été appliqué pour aligner les estimations de chaque pays à la mi-2015

 

François Moriconi-Ebrard, chercheur au CNRS

UMR ESPACE (Avignon) / UNESP (Presidente Prudente)

 


En conclusion de cette étude, pour en savoir plus, je propose une synthèse de ces publications qui permettra au lecteur de gagner beaucoup de temps, tout en économisant son budget dédié à l’information.

[1] L’Express n°3332 du 13 au 19 mai 2015, p.49

[2] Le Monde, sélection hebdomadaire, samedi 24 octobre 2015, pp.10-11

[3] http://www.zonehimalaya.net/Himalaya/glacier-himal.htm

[4] http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/planete/cop21/20151204.OBS0759/grand-format-le-bangladesh-vu-par-yann-arthus-bertrand.html

[5] UNH/GRDC – University of New hampshire / Global Runoff Data Centre

[6] http://oas.gsfc.nasa.gov/arcgis/rest/services/WABAT/WorldMap/MapServer/6 (également accessible via ftp).

[7] https://nsidc.org/data/docs/noaa/g01130_glacier_inventory/

[8] Endoréïque : écoulement vers un bassin fermé (concerne la majeure partie du plateau tibétain). Aréïque : sans écoulement (cas des régions gelées en permanence ou des déserts).

[9] http://www.liberation.fr/terre/2013/11/29/reperes_963028

[10] En France, la dose usuelle dans les cafés et brasseries est de 2 cl de pastis.

[11] Census of Bengal, 1881 Journal of the Statistical Society of London Vol. 46, No. 4 (Dec., 1883), Wiley for the Royal Statistical Society, p.680. Lien : http://www.jstor.org/stable/2979312?seq=1#page_scan_tab_contents

[12] Trolls de Troy No 09 : les prisionniers du Darshan, ARLESTON / MOURIER
 

1 Comment on Personne ne sait, mais une chose est sûre… Théologie et chiffres dans les médias d‘information

  1. Vous êtes un marrant vous ! Mais à la fin, on ne sait toujours pas si les glaciers de l’Himalaya fondent ou pas (il me semble quand même que oui)

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :