La carte est à vous ! Présentation du concours de cartographie Carte Blanche

Construire sa propre géographie de la France par la carte ? C’est le défi que se sont lancés les organisateurs du concours de cartographie Carte Blanche qui se prolonge jusqu’au 23 décembre 2016. Nous avons demandé à Karine Hurel, responsable de la cellule cartographie au Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), de nous faire découvrir cette initiative novatrice.

 

 Le Premier ministre, le Commissariat général à l’égalité des territoires (CGET), l’Insee et l’IGN ont lancé un concours de cartographie intitulé Carte Blanche. Pouvez-vous nous présenter cette initiative d’un genre nouveau, ainsi que son fonctionnement ?

 

Le concours Carte blanche invite à imaginer et concevoir de nouvelles cartes de la géographie administrative de la France. Celle-ci devra mettre en scène le territoire français avec ses 13 nouvelles régions métropolitaines, ses territoires ultramarins ; ses départements et ses métropoles. Pour le reste, les participants ont carte blanche pour nous étonner : langage cartographique, design, autres données représentées, choix du support utilisé (vidéos, papier, numérique, etc.), techniques (sculptures, photo, dessin, peinture, collage, serious game, etc.), matériaux utilisés, sont propices à toutes les variantes.

 

Qui peut participer et comment s’inscrire ?

 

Le concours est ouvert à tous. La participation se fait exclusivement par Internet sur le site concours-cartographie.gouv.fr au moyen d’un formulaire de participation. Il y a trois catégories et un prix spécial. Les candidats peuvent proposer une ou plusieurs cartes et concourir dans la ou les catégories de leur choix.

  • La catégorie « professionnel » : elle s’adresse plus spécifiquement aux chercheurs, aux consultants, aux cartographes professionnels, aux start-uppers ou aux étudiants.
  • La catégorie « jeunesse » : elle vise le monde scolaire, notamment les collégiens et les lycéens.
  • La catégorie « artiste »
  • Et le prix spécial de « la carte administrative la plus réussie ». La carte primée sera imprimée et diffusée par l’IGN.

 

L’organisation de Carte Blanche fait suite à la réforme territoriale largement débattue de 2015. Comment la cartographie peut-elle aider les citoyens à mieux la connaître et se l’approprier ?

 

Longtemps limitée à une élite, la carte s’est largement démocratisée. Grace à la diffusion des logiciels informatiques d’une part, mais aussi par la place importante que la carte occupe dans les outils de géolocalisation grâce au GPS ou à Google et ses API. Le citoyen contribue de plus en plus à l’élaboration de représentations cartographiques en mettant à disposition de la donnée et en la représentant sur un fond de carte. A côté des cartes « légitimes » faite par les spécialistes, de plus en plus d’images du territoire sont produites et utilisées par les citoyens.

En même temps, la réforme territoriale reste encore mal connue et relativement abstraite pour les Français. Nous n’en percevons pas toujours les tenants et les aboutissants, ni la manière dont cela va changer notre quotidien. Par l’acte de représenter, le citoyen-cartographe est amener à se questionner sur l’objet de sa représentation, à l’analyser et, par là, à se l’approprier. Connaître, c’est représenter.

 

Le projet s’adresse autant aux géographes-cartographes de métier qu’aux artistes. Selon vous, comment ces derniers peuvent-ils enrichir l’approche cartographique « traditionnelle » ?

 

Le monde est dit-on « indéchiffrable » tant les « réalités » qui le composent s’entremêlent et  les façons de le percevoir différentes. Pourtant les géographes et les artistes ont depuis toujours relevé le défi de traduire en signes dans des représentations. Avant le XXe siècle, la peinture et la cartographie se sont parfois mêlés mais chaque « art » a conservé ses propres méthodes : la peinture de paysage du point de vue de l’individu d’un côté, une représentation en plan combinant symbole et toponymie de l’autre.

Alors que le réalisme dans la peinture domine jusqu’au début du XXe siècle, des artistes comme Mondrian, Klee ou Kandinsky bouleversent les codes de la représentation en introduisant l’abstraction géométrique. Au milieu du XXe siècle, les cartographes, eux, choisissent de rationaliser leurs codes en s’appuyant sur les analyses diffusées par Jacques Bertin et sur un système de signes et de conventions de lecture normés.

Les codes de l’art pictural et de la cartographie, un temps opposés, sont aujourd’hui devenus combinables entre eux. Les porosités sont nombreuses et sources créatives. L’art pictural et plus généralement l’art contemporain sont de formidables ressources et sources d’inspiration pour les cartographes. Aujourd’hui, plus proches du langage cartographique, les artistes, par leurs pratiques et leurs méthodes de travail peuvent apporter de nombreuses innovations à un métier parfois trop contraint par ses propres codes comme : un apport par l’esthétisme ; l’évolution de sa grammaire visuelle ; une autre manière d’utiliser les couleurs ; ou de nouvelles manières de sortir la carte de son cadre, comme l’art de la peinture est sorti du sien.

 

Carte Blanche se veut aussi la caisse de résonance de nouvelles méthodes cartographiques et de courants émergents de la cartographie et de la géographie (cartographie des sens, des émotions, etc.). Comment comptez-vous, à terme, faire connaître ces travaux innovants aux spécialistes, mais aussi au grand public ?

 

La remise des prix aura lieu au 1er trimestre 2017. Les membres du jury sont issus des mondes institutionnel, académique et artistique.  Cette pluralité de profil permettra de juger la diversité possible des œuvres participantes. Elle permettra également de diffuser les images intéressantes, au sein de métiers aux profils et aux attentes différents.

L’ensemble des œuvres proposées dans le cadre du concours sera largement diffusé sur les sites des organisateurs, notamment celui du CGET, de l’IGN et de l’Insee. Par ailleurs, plusieurs opérations de valorisation sont envisagées pour le courant de l’année 2017, comme des publications et une exposition.

 

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