Site icon Société de Géographie

La Géographie n°1601 (Ete 2026) – Dossier « Japon »

 

 


Pour commander le numéro de la revue, ça se passe ici :

7,00 Ajouter au panier

 

 

ÉDITORIAL

par Jean-Robert Pitte, de l’Institut

Dans une tribune du magazine L’Histoire, publiée en octobre 1998 et intitulée « N’enterrons pas
trop vite le Japon ! », je tenais quelques propos que l’on me pardonnera de citer. C’était en pleine période
de dénigrement du Japon, quelques années après les mémorables propos d’Édith Cresson, Premier ministre, et la
récession après l’euphorie de la bulle. La presse française titrait : « Fin du miracle », « Illusions
perdues », « Le Japon à terre ». J’écrivais : « Il est possible que la crise actuelle provoque un sursaut.
L’histoire du Japon démontre que ses habitants en sont capables. Peu de peuples ont aussi vigoureusement
surmonté des épreuves telles que les guerres, les catastrophes variées, les révolutions. » Malgré les
Cassandre, le Japon demeure le 4e puissance mondiale, bien que la 12e par sa
population.

Quelques géographes familiers de ce pays exotique ont aidé les Français à le décrypter : Jacques
Pezeu-Massabuau, récemment disparu, Augustin Berque, Philippe Pelletier. Le Japon n’a jamais prétendu
proposer au monde un modèle politique, social, économique, culturel, universel, à la différence des pays
chrétiens et musulmans, voire bouddhistes. Néanmoins, bien des stratégies japonaises, bien de ses solutions
aux grands problèmes du monde actuel peuvent stimuler l’imagination de toutes les sociétés du monde. C’est
ainsi que le Japon a pratiqué tout au long de son histoire, exemple d’invasions et de colonisations
étrangères : étudier et emprunter avec discernement le meilleur de l’ailleurs en l’adaptant et en
l’améliorant. C’est, par exemple, le cas des valeurs du confucianisme chinois que le Japon a su intégrer à
ses antiques traditions animistes ; elles subsistent dans sa relation à l’environnement et avec le rôle
symbolique de son empereur. Peu de peuples possèdent à ce point le goût du savoir et du dépassement de soi,
la recherche du consensus social – idée contestée par un certain nombre de chercheurs occidentaux –, la
recherche incessante de la beauté du cadre de vie, des objets, des gestes. C’est le Japon qui a inspiré à
l’UNESCO de créer une catégorie immatérielle du patrimoine mondial, c’est-à-dire de ce qui définit le mieux
le Japon : l’ineffable. Haruki Murakami l’exprime très bien dans une phrase de son roman 1Q84 (2011)
: « Si tu as besoin qu’on t’explique pour que tu comprennes, ça veut dire qu’aucune explication ne pourra
jamais te faire comprendre. »

Quitter la version mobile