Le Monde daté des 1er– 2 décembre 2024 a publié un article largement erroné et diffamatoire consacré à la Société de géographie pour lequel nous demandons à exercer notre droit de réponse.
Cet article à charge s’appuie sur le réquisitoire de deux personnes que nous ne connaissons pas, alors que notre association, la plus ancienne société de géographie du monde, fondée en 1821 et reconnue d’utilité publique en 1827, compte près d’un millier de membres…
Le Monde relaie leurs accusations de « climatoscepticisme » au sujet de Sylvie Brunel, lauréate du Grand prix 2024 comme du Président de la Société de Géographie. Il donne ensuite la parole à une géographe « qui requiert l’anonymat » pour reprocher à « la génération de Jean-Robert Pitte et Sylvie Brunel d’avoir réintroduit l’homme au centre de la géographie, ce discours humaniste débouchant sur des tendances « rassuristes ». L’accusation purement déclaratoire interroge par son absence de solidité et d’arguments. Nous y répondons pourtant sans détour.
Notre Grand Prix couronne chaque année des personnalités aux profils très variés, qui ont toutes rendu des services à la science géographique et à sa promotion auprès de l’opinion publique, tels Jérôme Fourquet, Erik Orsenna, Jean-Christophe Ruffin, Bertrand Piccard, Philippe Pelletier ou Jean-Paul Kauffmann. Le choix de Sylvie Brunel comme lauréate du Grand Prix 2024 a été décidé à l’unanimité du conseil d’administration pour l’ensemble d’une œuvre reconnue par ailleurs et consacrée aux problématiques de la faim dans le monde, du développement durable et de l’agriculture de demain.
Que les choses soient claires : nous constatons sans la moindre réserve que le climat se réchauffe et change. Il n’y a aucune ambiguïté sur ce point comme sur les menaces qui accompagnent ce processus. En scientifiques, nous pensons que l’influence humaine sur le changement climatique doit continuer à être étudiée afin de le limiter, mais aussi de s’y adapter. Cela n’implique pas que l’on nous impose une étiquette caricaturale. La science suppose le débat, le dialogue et la confrontation des idées, pas les attaques ni les accusations péremptoires et infondées par voie de presse.
Nous pensons que c’est par un approfondissement de la recherche, par le progrès technique, l’aménagement des territoires, une mobilisation collective et une réflexion poussée sur les ressources que l’on pourra continuer à penser le destin de l’humanité et à l’améliorer. Le catastrophisme et le pessimisme n’ont jamais rien produit de bon au cours de l’histoire. L’espérance et l’optimisme ne sont pas des attitudes naïves et béates, mais des sources d’énergie créatrice.
La Société de Géographie s’illustre ainsi par son engagement, la diversité de ses publications et par les nombreuses manifestations qu’elle organise sur tous les rameaux de la géographie. Elle appartient à l’école géographique française qui, depuis Vidal de La Blache, a combattu le déterminisme, démontrant que toutes les civilisations depuis la Préhistoire se sont ingéniées à trouver des solutions pour réussir à vivre même dans les milieux extrêmes, glaciaux, insulaires, montagnards, marécageux ou désertiques…
Que Le Monde puisse relayer des anathèmes contre la maison de toutes les géographies et de tous les géographes est indigne de son histoire et de sa respectabilité. Que ceux qui critiquent la Société de Géographie acceptent plutôt de venir débattre en ses murs !
Jean-Robert Pitte
Président de la Société de Géographie, Membre de l’Institut

