« A chacun son déconfinement ? », par Jacques Gonzales

Le confinement a ses effets positifs, c’est prouvé. Actualisons les courbes du 5 avril (Covid-19 Regards sur le Monde) provenant du même site Worldometer. Celles-ci indiquent le jour où précisément le taux de guérison a dépassé celui des décès, le jour où il y a eu croisement des courbes, la verte passant au-dessus de la courbe orange. Que s’est-il passé du mois de mars jusqu’au 26e jour d’avril ?

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Les courbes ont croisé le 26 février pour l’Italie. La situation ne cesse de s’améliorer avec un taux de guérison actuel à 71,1 %.

 

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Pour l’Espagne, le croisement s’est produit le 7 mars. Il y avait autour de 60 % de guérisons, à partir du 23 mars. Le 26 avril, ce taux de guérison est égal à 83,5 %.

 

Pour la France et la Belgique, le croisement date du même jour, le 17 mars.

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En France, après une tendance à la baisse du taux de guérisons à la fin du mois de mars, la courbe se redresse favorablement avec un taux de guérison égal à 66,3 % le 26 avril.

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En Belgique, le profil de la courbe semble moins favorable et le taux de guérison a été chiffré à 60,3 % le 26 avril.

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Pendant tout ce temps la courbe de l’Allemagne a continué à faire l’objet de commentaires admiratifs avec un taux de guérison stable à 94,9 %.

A l’heure où il n’est plus question que de déconfinement avec la crainte d’une 2e vague, ces différences selon les pays alimentent les conversations et rendent sceptiques. Les mesures à prendre oscillent entre les risques pour la santé, les dangers pour l’économie et les incertitudes quant à l’équilibre psychologique des uns, des autres, à l’issue de semaines de privation de liberté. Il est encore beaucoup question de la Chine, de Wuhan, et des mesures qui ont été prises pour arrêter l’épidémie.

 

À Wuhan

 

Une publication parue dans le JAMA (Journal of the American Medical Association) le 10 avril montre quel y a été l’effet du confinement sur la propagation de l’épidémie du 8 décembre au 8 mars. Entre le 10 et le 22 janvier, il y a eu un flux massif de population pour le nouvel An.  Le 20 janvier, il est annoncé que la transmission est interhumaine, le 23, la vie dans la ville s’arrête, chacun doit rester chez lui. Le nombre de cas quotidiens continue à progresser avec un maximum le 2 février. Il est alors décidé de prendre des mesures beaucoup plus coercitives vis-à-vis des patients, même s’ils ne sont que présumés contaminés ; les personnes contact sont mises en quarantaine dans des centres. A partir du 17 février, en raison d’une forte baisse du nombre de cas, le mode de surveillance change, il y a un dépistage systématique des symptômes dans la population. L’épidémie semble s’éteindre le 8 mars.

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L’effet favorable du confinement semble démontré et pourtant les décisions prises dans les différents Etats du monde ont été et vont être variées pour l’avenir. Se servir des statistiques et des courbes pour faire un choix doit en effet inciter à la prudence. En France par exemple, le taux de mortalité a longtemps exclu la situation des Ehpad. En Belgique actuellement, l’ensemble des décès, y compris au domicile sont pris en compte. Les chiffres et les courbes ne traduisent que des tendances et non des chiffres exacts.

 

Des différences d’un pays à un autre

 

Pour expliquer ces différences, il faut certes tenir compte des niveaux sanitaires mais aussi de la densité de population, des caractéristiques de la population, de son âge et du taux de comorbidité. A Mayotte où le confinement est impossible pour 270 000 habitants, il y a eu 354 cas et 4 décès. En Islande, pour 364 000 habitants, 1792 cas ont été recensés et 10 islandais sont décédés. Faut-il prendre en compte aussi l’influence des conditions climatiques, l’importance des flux humains liés au tourisme ? La répartition de la pandémie renferme bien d’autres mystères encore, touchant au Covid-19 lui-même. Il y en a en effet plusieurs. Il s’agit d’une vraie famille.

 

La famille du Covid-19

 

Les études génétiques sont de nos jours très fines. Elles sont extrêmement nombreuses pour identifier précisément le type de virus qui est en cause chez chaque patient, quel que soit le site. Des comparaisons de sa structure sont faites et ce à l’échelle mondiale. La puissance des calculs s’ajoute à cette technologie pour interpréter les données.

Pour schématiser, il y a trois variantes principales du Covid-19. Le « type » A, le plus proche de la chauve-souris, est celui qui a été trouvé souvent à Wuhan mais il a été décelé aussi chez les Australiens et des Américains, sous forme mutée. Ils avaient pour certains séjourné à Wuhan.

Le « Type » B est le plus répandu à Wuhan et chez tous les patients d’Asie de l’Est sans gagner pendant assez longtemps d’autres régions du Monde.

Le « Type C » est celui qui sévit en Europe mais aussi à Singapour, à Hong Kong et en Corée du sud.

Peter Forster et son équipe ont ainsi donné l’état de leurs connaissances dans les Actes de l’Académie des Sciences américaine le 15 avril. Ces analyses ont montré que les mutations du virus sont rapides et nombreuses. De très nombreux laboratoires travaillent actuellement avec ardeur et ils partagent tous leurs résultats.

La situation est très évolutive. A la mi-avril, en Europe, le type C était devenu bien plus fréquent que le B. Les spécialistes de Cambridge ont découvert que les deux tiers des 310 échantillons de virus séquencés aux États-Unis étaient de type A, et tous les cas américains liés aux navires de croisière étaient victimes, eux, de souches de type B. On ne sait où ces passagers ont pu être contaminés. Quant aux prélèvements effectués sur des Britanniques, ils ont mis en évidence des Covid-19 de type C, d’après la même équipe de recherche de Cambridge. Ces virus proviendraient de l’Asie de l’Est.

 

Pourquoi ces analyses ?

 

Elles visent à remonter le temps en étudiant l’arbre généalogique des virus qui sévissent actuellement, à établir leur phylogénèse pour connaître l’origine même de cette pandémie. Sur le site Nexstrain, il est possible de suivre, presque jour par jour, l’avancée de ces travaux infiniment complexes. Chaque variant viral est suivi à la trace pour essayer de comprendre les chemins qu’il a suivis, transporté par des humains.

Ce travail n’est pas uniquement celui de classificateurs. Il y a certainement des variants plus virulents les uns par rapport aux autres. Ce facteur pourrait venir encore s’ajouter aux différences de gravité de la pandémie selon les pays ou même pour des régions à l’intérieur d’une même contrée.

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Quel sera l’avenir ? Il dépendra beaucoup de l’évolution naturelle de ces virus, les mutations se faisant entre hasard et nécessité.

 

Il faudra malgré tout en venir au déconfinement. Comment ?

 

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D’après le Figaro du 24 avril

Il y a en France des disparité régionales dans la gravité de l’épidémie qui sont constatées depuis son début. Pour autant, chacun doit contribuer, là où il se trouve, à abaisser encore le taux de contamination par des mesures personnelles.

Tout le monde craint le risque d’une deuxième vague au cours de la deuxième quinzaine de mai et la première semaine de juin.

Au-delà de directives qui vont être données, reste que le déconfinement est aussi l’affaire de chacun, de notre libre arbitre, de notre responsabilité, surtout pour les seniors.

Comment avancer en ce sens la réflexion ? Autoévaluer sa propre situation peut constituer un outil.

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Rappel

Calcul de l’Indice de Masse Corporelle
IMC = poids kg/ taille en mètre x taille en mètre
Exemple : 65 kg pour 1,65 mètre
65 divisé par 1,65×1,65 = 65 : 2,722 = 23,8
Pas de problème d’IMC dans ce cas.
Ne pas cocher le carré.

 


Finalement, cette pandémie doit être perçue dans un sens positif : elle nous force à mieux nous connaître. Elle nous oblige aussi à réfléchir sur la signification de la devise française : Liberté, Égalité, Fraternité. Avec le déconfinement, il restera à passer à l’action, en tenant compte de ces nouveaux acquis.

 

Jacques Gonzales

Secrétaire général de la Société de Géographie
Professeur en médecine (er)
Enseignant à l’IPAG Business School

2 Comments on « A chacun son déconfinement ? », par Jacques Gonzales

  1. Christophe PHILIBERT // 29 avril 2020 á 22 h 12 min // Répondre

    Cette analyse du Professeur de médecine Jacques Gonzales, notre Secrétaire général, est très intéressante. Qu’il en soit remercié. Je souhaiterais lui poser une question pour laquelle je n’ai trouvé aucune réponse : est-il possible et médicalement pertinent, pour se protéger du virus, et éventuellement protéger autrui, d’utiliser un masque africain ? De mon séjour en Guinée, j’ai en effet rapporté un petit masque en bois d’ébène qui couvre très bien le nez et la bouche, et qu’on peut maintenir sur le visage avec un élastique. Il y a peu d’ouvertures, deux très fines fentes horizontales figurant les yeux ( à la hauteur de ma bouche quand je me mets le masque ). Qu’en pensez-vous, monsieur le Professeur de médecine ?

    Christophe Philibert, membre à vie de la Société de Géographie, peintre, ancien diplomate et ambassadeur

  2. Jacques DIEU GONZALES // 30 avril 2020 á 15 h 09 min // Répondre

    Monsieur l’Ambassadeur, cher ami,
    Tout masque constitue un rempart aux gouttelettes vectrices de virus : je ne connais pas précisément celui que vous possédez mais d’après ce que vous décrivez, il se rapproche de la fonctionnalité de visière, s’il protège les yeux. L’important est de pouvoir le « stériliser » après chaque usage.
    Ne croyons surtout pas à des masques qui seraient des repoussoirs de virus !
    Bien cordialement.

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